11e Journées Spirale : « Je et nous » Comment apprendre aux tout-petits à vivre ensemble ?, 15-16 octobre 2020 à Marseille

 » Nous avons tous vécu ces derniers mois les chroniques extraordinaires d’une pandémie. Le monde entier s’est arrêté, le temps s’est suspendu. Nous avons tous souffert, chacun à notre mesure. Nous avons été éloignés de nos proches, de nos vies d’avant, confinés, déconfinés, masqués, testés. Nous avons essayé de cohabiter, ensemble, les uns avec les autres, mais souvent isolés. Et puis la vie a repris, timidement, son cours. Mais quelle vie ? Sous surveillance ? En sursis ? Réinventée ? Comment les enfants du Covid-19 ont-ils vécu cette période inouïe ? Qu’avons-nous appris ? Qu’allons-nous apprendre à nos enfants ?

Alors, parce qu’à Spirale, nous croyons à la vie, à l’élan, à la pensée, à la culture, à la musique, à l’art, aux autres, au commun, nous avons voulu vous proposer de grandes retrouvailles… à Marseille, vous savez, cette ville qui s’est trouvé, pendant la pandémie de Covid-19, un nouvel héros pour remplacer l’OM !

Nous vous y attendons, nombreux, pour penser ensemble, les uns contre les autres comme dit la chanson, l’humanité de demain que nous espérons poétique et passionnée plutôt que prosaïque, utilitaire et sanitarisée.

Bien cordialement

Patrick Ben Soussan  »

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Vient de paraître. « De vous à moi. Une psychanalyste répond au courrier du coeur »

 » Longtemps sollicitée par la grande presse brésilienne pour répondre au « courrier du cœur », l’auteure en a tiré ici une nouvelle forme d’éducation sentimentale. » 

Aux éditions érès

À PROPOS DE L’AUTEUR

Psychiatre et psychanalyste formée auprès de Jacques Lacan, Betty Milan partage son temps entre São Paulo et Paris. Elle est l’auteur de nombreux romans, essais, chroniques, pièces de théâtre dont certains sont traduits en français, en espagnol et en chinois..

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RÉSUMÉ

Sollicitée par la grande presse brésilienne, Betty Milan a tenu pendant longtemps la rubrique du Courrier du cœur. En répondant en écrivain qui a une formation analytique aux lettres des lecteurs, elle s’est attachée à développer une nouvelle
forme d’éducation sentimentale en phase avec les interrogations de notre époque.

De Vous à Moi est la traduction en français par Danielle Birck, du livre Quem ama escuta, bestseller au Brésil.

EXTRAIT

L’AMI NE NOUS VOLE PAS NOTRE TEMPS
Je suis mariée depuis plus de quarante ans et je ne me rappelle pas m’être sentie, à aucun moment, en adéquation avec mon mariage. J’ai eu quatre enfants, mais j’ai toujours rêvé à mes jours de liberté. J’ai l’habitude de dire qu’on devrait être mère avec un contrat à durée déterminée.

PERSONNE NE CHOISIT SA PRÉFÉRENCE SEXUELLE
J’ai toujours su que j’étais gay, mais je ne l’ai jamais accepté et j’ai lutté contre moi-même. C’est seulement mainte-nant, à trente et un ans, que j’ai découvert que dans cette lutte il n’y a pas de vainqueur. Je suis déjà sorti avec des garçons, mais quand la relation pouvait devenir amoureuse, je fichais le camp et c’était fini.

LE RESPECT EST INDISSOCIABLE DE L’AMOUR
J’ai vingt-neuf ans et je n’ai jamais eu de véritable relation. Je suis handicapée physique, ce qui fait que je me sens inférieure. Il y a eu quelques hommes, mais de peur de ne pas correspondre à leurs attentes, je ne me suis jamais engagée. Au contraire, je les ai toujours écartés…

CE QUI COMPTE, C’EST LA QUALITÉ DE LA RENCONTRE
J’ai quarante ans. J’ai été marié pendant quinze ans et je suis séparé depuis trois ans. Je me suis marié tôt pour échapper à mon père. Il me retenait à la maison et ça n’allait pas entre nous. Je suis père de deux enfants, une fille de seize ans et un garçon de neuf.

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Infolettre « Le mot d’Esprit : L’imagination du réel »

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Infolettre revue Esprit – Vendredi 17 juillet 2020

L’imagination du réel

« Le temps viendra où celui que nous vivons trouvera à se dire », écrivait Patrick Boucheron dans notre numéro de mai, « Le virus dans la cité ». Dans le temps suspendu du confinement, nous étions trop proches de l’événement pour en discerner les contours. En attendant les mots, c’est vers une image que se tourna l’historien : celle du frontispice du Léviathan de Hobbes, dont la contemplation suscita d’autres images, d’autres réminiscences, et mit la pensée en mouvement.

Alors que des événements récents tels que le 11-Septembre, la crise financière de 2008 ou la guerre en Syrie se sont très vite cristallisés sur quelques images revenant en boucle, la pandémie actuelle s’est plutôt montrée difficile à représenter. Dans cette relative absence d’images, plus ou moins conscients que ce moment représente une rupture, l’entrée dans un nouveau cycle historique que nous ne savons pas encore caractériser, nous avons eu le réflexe de nous tourner vers le passé : en convoquant les trames de récits déjà constitués (celui de la catastrophe, par exemple) ou en recourant massivement à l’analogie historique, avec la Grande Guerre en particulier. On peut y voir une tentation de rabattre l’inédit sur du déjà-connu. Mais ce va-et-vient entre passé et avenir fait aussi partie du travail de l’imagination, en tant que faculté d’intelligibilité du réel.

Dans un article publié en 1980 dans Esprit, Hannah Arendt s’interrogeait sur la difficile mais nécessaire entreprise de compréhension du phénomène totalitaire. Elle concluait son propos sur le nécessaire recours à l’imagination : « Cette “distanciation” de certaines choses, ce pont jeté jusqu’à d’autres, fait partie du dialogue instauré par la compréhension sur des objets que la seule expérience serre de trop près, et dont la simple connaissance nous coupe par des barrières artificielles. » À défaut de pouvoir déjà fixer en mots le sens de ce qui nous arrive, laissons travailler l’imagination, qui « discernera du moins quelque chose de la lumière toujours inquiétante de la vérité ».

La rédaction

D’un monde à l’autre. Récits de transition

Hugo Boursier, Benjamin Tainturier > Lire

Dans les discours sur la pandémie de Covid-19, l’idée que le monde d’après devrait être radicalement différent du monde d’avant a prévalu. Quatre canevas anciens qui soutiennent les récits de transition d’un monde à l’autre ont été convoqués : l’eschatologie, la zone d’autonomie, le techno-progressisme et le Grand Soir.

C’était au temps du grand confinement

Patrick Boucheron > Lire

Le sombre temps du confinement convoque le souvenir des solitudes craintives au frontispice du Léviathan de Hobbes, ainsi qu’une ancienne légende japonaise de catastrophe.

Déconfinement des analogies

Pierre Grosser > Lire

Durant la crise de la Covid-19, des analogies historiques ont été convoquées, avec les deux guerres mondiales, la guerre froide ou encore le 11 Septembre. Ces correspondances, forcément imparfaites, constituent autant d’outils de questionnement.

Compréhension et politique

Hannah Harendt > Lire

« Seule l’imagination nous permet de voir les choses sous leur vrai jour, de prendre du champ face à ce qui est trop proche afin de le comprendre sans partialité ni préjugés, de combler l’abîme qui nous sépare de ce qui est trop lointain afin de le comprendre comme s’il s’agissait d’une réalité familière. »

Stage « Professionnaliser sa posture d’animateur de groupe », EPG

Un superbe stage co-animé par Bernard Elyn et moi-même, proposé au sein de l’EPG. Tous deux nous nous intéressons depuis de nombreuses années aux collectifs, groupes, organisations et leurs (dys)fonctionnements et en faisons un de nos objets de recherche et publications ; tous deux avons des années d’expérience en animation de groupes et collectifs. Nous co-animons ensemble depuis 10 ans.

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PROFESSIONNALISER SA POSTURE D’ANIMATEUR DE GROUPE

Stage d’approfondissement destiné aux stagiaires en C3 et thérapeutes,
du 14 au 16 septembre à l’EPG !

Le stage “Professionnaliser sa posture d’animateur de groupe vise à fonder la sécurité des animateurs de groupe, grâce à une exploration intense des phénomènes de groupe, de la violence (souvent subtile) et du processus de contact en situation groupale.

Les aspects historiques et théoriques de la pratique de la Gestalt-thérapie en groupe sont abordés à partir d’exposés et repris à la faveur d’expérimentations et de practicums :

  • Groupes ponctuels ou continus, de thérapie ou de formation : diversité des objectifs, formulation des consignes, définition du cadre,
  • Aspects du fonctionnement d’un groupe (ce qui émerge du groupe, multiplicité des interactions et leur utilisation),
  • Différences et complémentarités entre le travail individuel en situation de groupe, le travail sur les interactions dans le groupe, le travail centré sur le groupe et les phénomènes de groupe,
  • Animation solitaire et co-animation.

IFGT, Lettre d’information Juin 2020

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‘Réflexions…’ – le bulletin de liaison du CIG, printemps 2020

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Être psy quand soi-même on a mal, quand soi-même on a peur

« Je crois qu’un artiste, c’est quelqu’un qui a mal aux autres. » (Jacques Brel)

Mars, avril, mai, juin. Quatre mois d’une vie, c’est peu. Et pourtant, certains jours, c’est presque tout. Nous avons été nombreux à vivre ce printemps comme une sorte de séquestration, une oppression, le vol d’une libération tant attendue après nos longs mois d’hiver. La perte d’une insouciance fondamentale. Et, pendant que nous avions mal, à l’âme, au corps, au coeur, alors que nous avions peur, pour nous et pour nos proches, nous avons continué à recevoir, à entendre l’Autre. Au coude-à-coude avec nos soeurs et nos frères d’âmes, les préposé(e)s, les infirmières et les médecins, nous avons tenu notre modeste bout du fort, dans l’univers de la santé. Rien d’héroïque, juste cette petite décision de chaque jour : rester là, être présent, entendre, recevoir, quoi qu’il arrive, quoi qu’il nous arrive. Ou presque…

Dans les mois à venir, et plus encore à l’automne, nous serons beaucoup sollicités. Alors que s’en va ce printemps 2020, nous cherchons nos repères dans un monde qui espère sa normalité d’antan et soupçonne qu’il devra en construire une autre.

Les psys ont l’habitude de cette recherche. Elle est l’essence même de leur métier.

Gilles Delisle

Gilles Delisle, Ph.D. a fondé le CIG en 1981. il est professeur associé à l’Université de Sherbrooke et membre du Special Interest Section on Training and Development de la Society for Psychotherapy Research. il est formateur invité de plusieurs instituts étrangers et il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur la psychopathologie et sur la psychothérapie. il a dirigé la traduction des ouvrages de neurosciences appliquées à la psychothérapie : La régulation affective et la réparation du Soi (Schore, 2008) et La neuroscience de la psychothérapie, guérir le cerveau social (Cozolino, 2012). l’Ordre des psychologues lui a remis le prix Noël-Mailloux de 2010 et il a été le premier président du Conseil consultatif interdisciplinaire sur l’exercice de la psychothérapie, de 2010 à 2015..

La suite de ce bulletin de liaison peut être consultée

sur le site du CIG Centre d’Intégration Gestaliste.

 

 

EPG Infos Juillet 2020

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Claude Lelouch dans « L’heure des Pros »

Claude Lelouch, invité exceptionnel de Pascal Praud dans « L’heure des Pros » sur CNews, jeudi 18 juin 2020. Une heure et demie poétique et vivante, ponctuée au gré de son cinéma. Magnifique.

 

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« Le confinement – et ses suites : traumatisme ou opportunité ? » par Daniel Coum

 

Un excellent article de mon collègue Daniel Coum. Le regard que nous portons sur les situations, sur les personnes, les « configurent ». Les semaines du confinement ont fait surgir discours prophétiques versant catastrophe du côté « psy ». Et si nous faisions un pas de côté?

 

Contribution : Le confinement – et ses suites :

traumatisme ou opportunité ?

Original paru dans Espace Ethique Bretagne. , Juin 2020

Parce que la crise sanitaire fut de l’ordre de l’inédit, nous n’avons cessé d’essayer de saisir quelque chose du sens qui pouvait s’en dégager pour ne pas rester collé ni à une appréhension réduite aux protocoles sanitaires de protection contre la contamination par le virus ni aux généralisations abusives et simplificatrices d’une complexité dont nous n’avons pas encore fini de dénouer les fils ni de tirer les enseignements.

La pandémie nous a renvoyé en plein visage l’inéluctable de notre vulnérabilité et la vanité de notre déni de la maladie et de la mort. Et l’injustice qu’il, cet inéluctable, suppose. Le mythe d’une puissance indexée sur notre maitrise du monde et des objets ou d’une possible satisfaction de notre insatiabilité par l’hyperconsommation de tout choit. Et nous avons été contraints, pour nous sauver, de renoncer à la jouissance sans limite et, en premier lieu à celle de se déplacer et de se toucher.

Et l’on ne peut se contenter d’en être le témoin et si possible l’analyste. Il se trouve que notre propos s’ancre dans une expérience qui d’être vécue et non pas « scientifique » (au sens des exigences académiques actuelles dont la crise aura au moins révélé la relativité) n’en a pas moins de légitimité à se faire entendre. Elle s’appuie sur quelques trente années de pratique clinique en institution ainsi que de recherche et d’enseignement à l’université1.

La famille comme ressource ? A quel prix ? 

Le confinement, décrété mesure princeps de la lutte contre la pandémie, a assigné à résidence la population quasi entière du pays dans le déni de ce que sa réussite supposa l’engagement obligé des parents, sommés de rester à la maison et d’y maintenir leurs enfants. Aussi leur a-t-on imposé d’être tout à la fois eux-mêmes, c’est-à-dire homme ou femme, mais également père et mère, salariés au chômage ou en télétravail, animateurs des loisirs d’une progéniture intrépide et enseignants à part entière d’une génération confinée donc déscolarisée.

Être « tout » pour son enfant, voilà ce à quoi les parents ont été unanimement convoqués, de fait, sans que leur avis leur soit demandé, condition sine qua non de la réussite du confinement et dans la méconnaissance des effets de celui-ci sur la parentalité elle-même. Comme si cela allait de soi! Comme si telle était la fonction des parents, être tout pour son enfant !

Nous soutenons a contrario2 que le confinement contrevient à la loi humaine qui préside à l’avènement et au développement des liens familiaux tout au long de la vie dont le principe structurel est éminemment centrifuge. En effet la fonction parentale structure le rapport des parents à l’enfant sur le mode de l’ouverture au monde sur fond d’attachement. En cela, ce dernier est, pour l’enfant, un moyen d’émancipation et non un but en soi. Telle est donc l’essence même de la parentalité : non pas avoir un enfant mais former un citoyen ! L’investissement parental dont l’enfant est l’objet n’a pas pour fonction de maintenir l’enfant attaché à ses parents mais de créer les conditions de possibilité de son « aller vers » le monde. A défaut de quoi la famille dont on vante tant les mérites n’est plus une ressource mais un handicap !

Dès lors, l’on comprend que le confinement fut, dans son principe et alors même qu’il s’appuyait sur la capacité des parents de le mettre en oeuvre, antinomique avec la fonction fondamentale des parents ! Aussi les adaptations – et leur cohorte de modalités de vivre cette situation singulière – sont-elles à interpréter au regard de ce principe : il fut demandé aux parents de réaliser l’impossible et aux enfants de s’y soumettre.

La famille, ou ce qui en tient lieu, devient dès lors la variable d’ajustement de la gestion d’une insuffisance de lits de réanimation et les parents les chevilles ouvrières obligées d’un confinement prescrit. Tant pis pour les dégâts collatéraux subjectifs et sociaux ! Nous les avons observés après les avoir, sans grande difficulté, prédits : dépressions ; épuisement parental ; exacerbation des tensions conjugales et des violences intrafamiliales dont les femmes sont les premières victimes et les enfants les impuissants otages lorsqu’ils ne les subissent pas directement ; rupture des liens familiaux pour les enfants placés, les personnes incarcérés, les résidents d’EHPAD… Car la promiscuité domestique, l’endogamie relationnelle, l’entre-soi familial fut, pendant trois mois, la règle, dans la méconnaissance radicale de ce que si la famille est une ressource elle peut également être un handicap. Nécessaires liens familiaux ? Bien sûr ? A la condition de s’en sortir ! Il faut s’en servir pour pouvoir s’en passer. S’en nourrir pour s’en sortir, au sens propre comme au sens figuré. Mais comment le faire sans sortir ?

D’aucuns s’en sont accommodés ! D’autres ont payé cher le prix de la contrainte d’une promiscuité transgressive d’un besoin fondamental de se séparer : violences conjugales, mauvais traitements à enfants, révoltes adolescentes en furent les symptômes saillants… Si la mise à distance physique de l’autre fut la règle, elle ne concerna que l’autre de l’extérieur, celui qui seul rend pourtant possible une émancipation à laquelle tout un chacun aspire comme moyen d’échapper aux liens familiaux nécessaires un temps mais possiblement aliénants s’ils persistent outre mesure.

Pour autant, ce serait une erreur de faire de ces excès une généralité. A regarder au plus près de ce qu’en disent les parents et les adolescents, la diversité des expériences vécues fut la règle qui empêche toute généralisation, le cas échéant inévitablement abusive, sur ce que les parents et leurs enfants ont vécu. Le confinement ne fut pas traumatique pour tout le monde.

Les psy au chevet des parents : qui a besoin de qui ? 

Le confinement ne fut pas cependant pas l’occasion d’un « vécu de sidération traumatique » généralisé comme le soutient notre illustre collègue, Serge Tisseron, psychiatre spécialiste du bon usage des écrans, dans un récent article publié dans les ASH. Il n’est pas le seul. Le catastrophisme ambiant et ostentatoire fut de bon ton pour justifier la floraison de multiples dispositifs d’écoute téléphonique (sic) d’aide psychologique (parfois même bénévole et gratuite !) prétendant traiter, sinon prévenir, le pire annoncé3. Mais l’annonce du pire ne crée-t-elle pas les conditions de son apparition ? Sur quelle réalité observée s’appuie-t-on pour affirmer qu’il faudra lors du déconfinement, recréer du lien, comme s’il n’y en avait pas eu le temps du confinement ? Et quand les psy de tout crin se précipitent, non sans opportunisme, au chevet des familles confinées avec comme seul et unique argument leur conviction d’être nécessaires, ne dit-on pas implicitement aux parents qu’ils sont incapables de faire face ? Alors, psychologues et psychanalystes – ce sont parfois les mêmes – se mobilisent pour aider la population à supporter l’épreuve, peut-être même à en tirer quelques enseignements… Pourquoi pas ? Mais n’est-il pas attendu d’eux également qu’ils fassent avaler aux sujets la pilule amère d’une politique de mesures exceptionnelles de restriction des libertés publiques, de surveillance généralisée et de violence symbolique faite, en les clôturant sur eux-mêmes, aux liens familiaux Et au final, qui a besoin de qui ? Les psychologues et psychanalystes, qu’ils soient salariés du secteur public ou des établissements à gestion associative se sont convoqués au chevet d’un lien social non seulement malade ou éprouvé, mais également maltraité par les mesures qui sont prises à son encontre, pour son bien ! D’être « au chevet de… » confirme au demeurant l’essence même du travail dit « clinique » des psychologues et des psychanalystes. C’est d’ailleurs ce qu’ils ont toujours fait puisque tel est le principe même de leur fonction sociale. Et en cela, ils ne peuvent, fondamentalement, qu’être les agents d’une objection radicale faite à tout politique « socio et psycho-cidaire », qu’elle soit mise en oeuvre par les sujets eux-mêmes (l’on sait depuis Freud que nous pouvons être nos propres tyrans !), par les institutions privées ou par les politiques publiques. La clinique analytique telle que la pratiquent les psychologues est, foncièrement, subversive de l’ordre établi en ce que celui-ci tend toujours, plus ou moins violemment, à assujettir les citoyens ! Ce qui suppose sinon une méfiance tout au moins une distance d’avec ce qui nous est intimé de faire…

Confinement : ceci n’est pas un traumatisme ! 

Quoi qu’il en soit, pour ce que nous avons pu observer, les difficultés parentales ne furent jamais que celles qui étaient déjà là avant la crise sanitaire et que le confinement n’a fait qu’exacerber. Si nous soutenons que la mesure de confinement est antinomique au principe anthropologique de la parentalité, cela ne présuppose nullement l’incapacité des parents et de leurs enfants, qui ne manquent pas de ressources si l’on veut bien les leur reconnaître et, si besoin, les soutenir, d’y faire face. Tous les parents n’ont pas besoin d’un psy à leur chevet !

Aussi, user voire abuser de la référence au vécu traumatique revient-il, pour le moins, à méconnaître ce qu’est le traumatisme : il n’est pas fonction de l’événement mais de la manière dont cet événement est éprouvé, d’une part, et interprété, d’autre part, par le sujet. Ce qui est, l’on en conviendra, aussi variable qu’il y a de personnes concernées. A telle enseigne que la diversité des vécus en la matière fait à l’évidence objection à la thèse pourtant souvent véhiculée d’un « confinement traumatique pour tous » ! Et nous pouvons fournir moult témoignages de personnes qui ont pu apprécier d’avoir à vivre cette pause obligée, subie puis consentie, temps d’arrêt soudain mais salutaire dans une frénésie d’activités chronophages, d’interactions superficielles voire toxiques, au travail ou ailleurs, de consommation de tout à outrance. Pour ceux-là, et ils sont plus nombreux que les média officiels et leurs experts patentés le laissent entendre, le confinement aura été une occasion de créer de nouvelles modalités d’être en relation avec l’autre et avec soi-même. Et nous avons également pu accompagner des enfants qui se sont, par exemple, restaurés de la présence en continu de leurs parents, singulièrement moins « pris » par les contraintes d’une activité professionnelle captivante. Des adolescents se sont dits soulagés de ne plus souffrir la pression dénarcissisante d’une scolarité contrainte. D’autres enfants, dits placés, ne se seront jamais autant sentis inclus dans leur famille d’accueil, participant pleinement et durablement des liens familiaux resserrés par la nécessité d’une cohabitation que ni l’école ni les visites aux parents ne venaient rompre. Certains enfants accueillis auront pu même apprécier, plus ou moins secrètement, les effets bénéfiques d’une suspension des visites à leurs parents (et réciproquement!) suspension qu’ils appelaient de leur voeu sans pouvoir en assumer le désir. Le contexte aura décidé pour eux.

La crise sanitaire aura donc été, pour une partie de la population, une crise salutaire.

La sortie du confinement et la question du lien 

Et l’enjeu du déconfinement serait-il, comme nous avons pu le lire également, de recréer du lien ? De fait, à ce qu’en disent les parents autant que les professionnels du soin en charge de soutenir voire de soigner les liens et que nous écoutons tous les jours depuis deux mois parler du confinement, du lien et des liens, il y en a eu ! Même trop parfois ! Certes ils étaient « confinés » dans les limites du cercle familial, c’est-à-dire concentrés et circonscrits… Mais ils n’auront, d’un certain point de vue, jamais été aussi denses, intenses, omni-présents, jusqu’à l’excès parfois ! De sorte que l’enjeu du déconfinement n’est pas, selon nous, tant de « créer » du lien que d’étendre à nouveau, de manière volontaire et avec soulagement, ou au contraire sous contrainte et non sans quelques angoisses supplémentaires, le réseau relationnel de chacun. Il s’est agi, dès le 11 mai, de sortir de l’étroitesse des liens vécus, entretenus et devenus à ce point familiers que le déconfinement aura été et est encore au jour où nous écrivons, pour certains, une nouvelle épreuve de séparation. Alors même que pour d’autres (les adolescents particulièrement, mais pas tous) le déconfinement aura sonné le glas, avec soulagement, d’un trop plein de liens familiaux. C’est selon ! Non que ceux-ci n’aient pas été en lien pendant deux mois ! D’aucuns ont pu se plaindre de n’avoir pas pu s’isoler plus souvent ! Et pour échapper à l’excès de lien que la promiscuité familiale imposait, ils se sont évadés jusqu’à plus soif sur les réseaux virtuels, entretenant une sociabilité intense quoiqu’imaginaire, parents et enseignants faisant fi, pour l’occasion, des préconisations du bon usage des écrans !

Quant à ceux pour qui cette promiscuité relationnelle et affective fut insupportable ils portent témoignage des effets délétères d’un excès – et non d’une absence – de liens. Ceux-là apprécieront l’échappatoire que leur offre le déconfinement. Enfin seul ! Et toutes les personnes âgées n’ont pas souffert de l’absence de « sollicitations » parfois ordinairement pressantes (pour ne pas dire violentes) de leur descendance désormais nommés « aidants » familiaux. Et réciproquement ! Tous les liens ne sont pas aidants…

De la même manière, nous doutons de la justesse de l’affirmation, lue ailleurs, selon laquelle le « collectif a, durant le confinement, été brisé » et qu’il faudra le réparer. Mais de quel « collectif » parle-t-on ? Celui de l’entreprise ? De la nation ? De la famille ? En ces temps d’individualisme forcené, ces collectifs n’existent plus depuis longtemps quoiqu’ils renaissent de leurs cendres lorsqu’il s’agit de s’unir pour faire face à un ennemi commun. Cela aura été le cas, pour faire front à la menace de la contagion, dans certains milieux. Doit-on rappeler ici que de belles solidarités se sont, à cette occasion, créées et/ou manifestées de manière admirables ? Elles furent spontanées (cf. les mouvements de foule de 20h), organisées (les concerts réunissant par la magie de la télé-vision des centaines d’artistes professionnels ou amateurs à travers le monde) ou instituées (cf. la mobilisation des soignants). Notons à cet égard que les professionnels des institutions éducatives et médico-sociales – dont on parle trop peu – ont fait preuve d’une exemplarité remarquable en matière de mobilisation collective ! Rien de « cassé » en l’occurrence dans ces collectifs-là. Au contraire, des inventions sociales à préserver et à prolonger comme alternatives aux erreurs que l’on gagnerait à ne pas reproduire !

Une réalité plus complexe qu’il n’y parait 

Donc, pour avoir travaillé ardemment ces deux derniers mois à essayer de comprendre ce dont les familles, et les professionnels qui les accompagnent, ont fait l’expérience à l’occasion de cette crise sanitaire qui fut, pour tous, une épreuve diversement appréhendée, nous ne pouvons qu’insister sur la complexité, la diversité et la singularité des expériences vécues, donc sur la difficulté voire l’impossibilité de prévoir la trace que ce confinement va laisser dans le psychisme des enfants, des adolescents et de leurs parents ! Aussi est-il hasardeux de prétendre extraire de cette période traversée et encore active quelque vérité que ce soit quant à la conduite à tenir, surtout en présupposant l’existence d’un traumatisme généralisé. Le faire pose inévitablement question. Car il n’est pas impossible que le confinement s’avère avoir été, pour certains enfants et certains adultes, et malgré tout, une expérience enrichissante que le déconfinement leur permettra de mettre à profit à la condition que ce profit ne soit pas méconnu. L’avenir nous le dira. Et si nous y pouvons quelque chose, il s’agira moins de prescrire que d’accompagner !

 

Daniel Coum, psychologue clinicien et psychanalyste. Directeur des Services de l’association Parentel. Maitre de conférences associé en psychopathologie au département de psychologie de l’UBO. Auteur de : Repères pour le placement familial, Erès, 2017 ; Paternités : figures contemporaines de la fonction paternelle, Presses de l’EHESP, 2016 ; Faire famille au temps du confinement, et en sortir…, YAPAKA, 2020. Direction d’ouvrage : Au-delà de l’amour et la haine dans les liens familiaux, Erès, 2020.

 

NOTES

1 En 1989, naissait Parentel. Nous nous faisions fort, à l’époque, de développer une pratique clinique d’orientation psychanalytique, au téléphone, auprès des parents en difficulté avec un enfant. L’expérience, les milliers de consultations réalisées, les élaborations théoriques auxquelles celles-ci ont donné lieu et l’affutage constant de notre outil de travail (c’est-à-dire nous-mêmes !) nous permettent de porter témoignage de la pertinence et de l’efficacité d’un tel dispositif. Celui-ci donc confirme nos hypothèses : au téléphone, le travail clinique est possible, mais pas à n’importe quelles conditions ! Renseignements sur www.parentel.org

2 Nous avons développé cette analyse dans un article publié sur le site de nos amis belges : https://www.yapaka.be/livre/livre-faire-famille-au-temps-du-confinement-quelques-points-de-repere, à paraitre en version papier sous le titre Faire famille au temps du confinement, et en sortir en juin 2020

3 Nous en avons dit quelque chose dans un papier publié sur le site de l’Appel des Appels auquel l’on peut se reporter : http://www.appeldesappels.org/tam-tam/etre-psy-au-temps-du-confinement-familial-daniel-coum-2019.htm

vient de paraître : « Regards croisés sur la psychothérapie : Psychanalyse & Gestalt-Thérapie », par C.Masquelier-Savatier et E.Marc

Plaisir de partager l’annonce de la parution de cet ouvrage. Il est écrit par deux collègues et introduit par la préface d’un troisième, Francis Vanoye – collègues que j’apprécie, connais et respecte.

 

 » Voici un ouvrage profondément original. Deux psychologues et psychothérapeutes, aux orientations différentes, choisissent de dialoguer. Chantal Masquelier-Savatier est Gestalt-thérapeute et Edmond Marc s’inscrit dans une orientation psychanalytique. Il n’est pas fréquent que des psys n’appartenant pas au même courant acceptent de confronter leurs points de vue dans un même ouvrage. C’est souvent le rejet mutuel, ou au moins la distance, qui prévaut.

Ces auteurs prennent le risque d’un échange sans complaisance mais où priment l’ouverture et la reconnaissance de l’autre. Plutôt que de chercher à présenter parallèlement ces deux démarches, ils s’attachent à considérer leurs interrelations depuis la naissance de la Gestalt-thérapie jusqu’à la situation actuelle.

Pourquoi avoir choisi ces deux approches ? La psychanalyse est longtemps restée la méthode reine dans le champ de la psychothérapie du XXe siècle; Jusqu’à ce qu’apparaisse dans les années soixante le courant de la psychologie humaniste et existentielle dont la Gestalt-thérapie est une école majeure. Confronter ces deux démarches, c’est montrer leurs différences et leurs divergences fondamentales. Mais c’est aussi souligner leurs convergences et leur complémentarité possible. Cet ouvrage soulève donc la question, centrale aujourd’hui, de la diversité du champ de la psychothérapie et de son unité potentielle. « 

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