EPG : conférence exceptionnelle avec Etienne Klein

CONFERENCE EXCEPTIONNELLE DE L EPG-page-001CONFERENCE EXCEPTIONNELLE DE L EPG-page-002

Deuil Périnatal : soutien et ressources en Bretagne Occidentale

par le Réseau de Périnatalité de Bretagne Occidentale et ses partenaires

BrochuredeuilRPBO_2016-page-001BrochuredeuilRPBO_2016-page-002BrochuredeuilRPBO_2016-page-003BrochuredeuilRPBO_2016-page-004BrochuredeuilRPBO_2016-page-005BrochuredeuilRPBO_2016-page-006BrochuredeuilRPBO_2016-page-007BrochuredeuilRPBO_2016-page-008BrochuredeuilRPBO_2016-page-009BrochuredeuilRPBO_2016-page-010BrochuredeuilRPBO_2016-page-011BrochuredeuilRPBO_2016-page-012BrochuredeuilRPBO_2016-page-013BrochuredeuilRPBO_2016-page-014BrochuredeuilRPBO_2016-page-015BrochuredeuilRPBO_2016-page-016

« Christophe André : quand la thérapie rend malade » par C.Bois

Caustique et abrasif, cet article mérite d’être lu pour élargir notre champ de réflexion.

5d0a710e2394bpar Christian Bois, paru le 25 août 2019 sur blog.mediapart

Christophe André : quand la thérapie rend malade

Se lancer dans la méditation de pleine conscience et aller plus mal, c’est possible ! Pourtant les propositions thérapeutiques d’un certain Gautama dit le Bouddha semblent intéressantes. Oui mais les bricoleurs de bouddhisme proposent des bouts éclatés de samma-sati sortis de leur contexte et mal rafistolés. Et des bouts éclatés mal rafistolés ça peut faire très mal !!!

C’était il y a trente ans environ.

Christophe André avait un peu plus de trente ans et n’avait pas encore écrit son premier bouquin.
Matthieu Ricard avait dépassé la quarantaine et pas encore écrit Le moine et le philosophe.
Alexandre Jollien avait vingt ans de moins et pas encore écrit Eloge de la faiblesse.

La méditation de pleine conscience n’était pas un produit de grande consommation comme aujourd’hui mais mais un truc qui était enseigné par les boudhistes de différentes écoles – écoles zen, écoles vipassana, écoles tibétaines, école vietnamienne de Thích Nhất Hạnh, etc.

On parlait de samma-sati en pali,  de samyak-smriti en sanskrit et les traductions proposées pour ces formules gênaient aux entournures.
Sati est un concept vaste qui comprend la mémoire, la reconnaissance, la conscience, l’intention de l’esprit, l’éveil de l’esprit, etc.
Samma exprime la justesse.
Comme quasiment tous les concepts venus d’extrême orient, ils souffrent grandement du voyage.
Ce qui manque principalement c’est le contexte dans lequel l’exercice est proposé par le maître.
Un exemple
Dans les sermons de Gautama dit Bouddha, il est précisé en entête si le sermon s’adresse à un renonçant – un qui n’a ni maison, ni famille ni revenu – ou à un laïc – un qui a maison, famille et revenu.
Il est très frappant de voir que les propositions faites par Gautama aux renonçants et celles qu’il fait aux laïcs sont extrêmement différentes.

On pourrait s’attendre à retrouver cela dans le discours néo-bouddhiste actuel.
Lorsque Christophe André parle dans le poste il devrait indiquer :
– soit  » je m’adresse à des renonçants, à des ascètes, à des anachorètes  »
– soit  » je m’adresse à des cénobites  »
– soit  » je m’adresse à des laïcs  »

Alors il y a deux cas.
Soit le discours de la méditation de pleine conscience est un discours minimal, aseptisé, vulgarisé et il n’aidera jamais personne.
Soit le discours du mindfulness reste puissant et alors :
– il sera bénéfique pour certains
– il sera nocif pour d’autres

On voit que la question est grave !

C’était il y a trente ans environ.

Quelques psychologues, psychiatres, etc. avaient décidé que je ferais un bon thérapeute pour certains de leurs clients ou des membres de leur entourage.
Je n’avais ni plaque professionnelle ni carte de visite.
Ma légitimité avait des sources multiples :
– avoir fait un travail de développement personnel intense pendant pas mal d’années
– avoir été en contact – comme interprète – avec des maîtres anglo-saxon de la psychothérapie
– avoir fait une sorte de travail d’anthropologie comparative à l’occasion de mes voyages professionnels sur les cinq continents
– avoir accompagné des « gens » dans leur exploration d’eux-même à l’aide de la musique
– être un dévoreur de livres en français ou en anglais
– être un auteur de « communs », documents distribués libres de droits – j’étais un précurseur de ce que l’on connaitra avec WikiPédia et le mouvement du savoir libre, des Creative commons

Ce n’est que dans les années suivantes que je suis devenu – pour les mêmes raisons et pendant 7 années – formateur dans les hôpitaux psychiatriques de France.

Donc – bien avant que le mindfulness ne sorte de derrière les fagots bouddhistes – j’ai déjà décrit ce que je nomme de manière simplifiée la « pathologie de l’apprenti bouddhiste ».
J’ai décrit cette pathologie parce que des patients sont venu me faire part de leur mal être, de leur souffrance et que ces patients étaient pris dans les filets du néo-bouddhisme.
Ce sont ces patients qui m’ont amené à acheter et à lire les sermons du Bouddha dans la belle traduction de Môhan Wijayaratna.
En effet ma culture du bouddhisme dans ses différentes versions était assez pointilliste :
– cours du lycée par l’excellent Jean Beaupère
– lectures
– participations très occasionnelles à des sessions en accompagnant des amis
– rencontres – en particulier en étant interprète d’intervenants venus d’Inde

C’est à ces patients que je repense quand j’entends – dans les salons où l’on cause – vanter la méditation de pleine conscience.
Dès l’énonciation de cette formule, j’ai ce que mon président de jury de thèse nomme  » une crispation académique « .
Méditation : Aie !
Conscience : Ouille !
Pleine :  Beurk !

Juste pour le mot conscience, j’invite mon lecteur à lire Julian Jaynes et puis on reparlera de conscience.

Il faut également lire René Girard pour comprendre ce que l’être humain doit canaliser, domestiquer, dresser : son désir mimétique, sa violence sacrificielle, etc.

Un auto-dressage accompagné

Oserais-je rappeler à Christophe André qu’il faut appeler un chas un chas – comme le demandait La Belle à Ronsard.
Le mindfulness est un dressage.
C’est un auto-dressage – aucune coercition n’est exercée sur l’apprenant.
Cet auto-dressage est accompagné par une voix – dans le poste – rarement par une présence.

Gautama – comme quasiment tous les maîtres – s’adresse au problème du « cheval fou » des désirs, des envies, des jalousies, des soifs insatiables.
Il s’agit de dresser le cheval fou.
Avant de devenir un maître, le Prince Gautama a testé pour nous différentes autres voies.
Il a testé la voie du chaman qui a laissé s’exprimer le cheval fou du Prince dans la transe.
Il a testé la voie du thérapeute primal – on doit bien trouver un équivalent de ça dans la biographie du Prince.
Il a testé la voie du psychanalyste qui laisse le cheval fou passer par le symbole, le discours, les mots, les silences.
En fonction de son profil psycho-social et des rencontres qu’il a faites, le Prince Gautama a choisi de devenir le Maître de l’auto-dressage.

L’auto-dressage est basé sur la pratique répétée nommée abhyāsa avec vairāgya – le renoncement. (1)

La pratique et le renoncement sont indissociable.

Alors il me faut recopier ce que j’ai dit plus haut.

Lorsque Christophe André parle dans le poste il devrait indiquer :
– soit  » je m’adresse à des renonçants, à des ascètes, à des anachorètes « 
– soit  » je m’adresse à des cénobites « 
– soit  » je m’adresse à des laïcs « 

Alors il y a deux cas.
Soit le discours de la méditation de pleine conscience est un discours minimal, aseptisé, vulgarisé et il n’aidera jamais personne.
Soit le discours du mindfulness reste puissant et alors :
– il sera bénéfique pour certains
– il sera nocif pour d’autres

La pathologie de l’apprenti bouddhiste

C’était il y a trente ans environ.

Me voilà donc avec ces patients qui font des soirées de samma-sati, des week-ends de samma-sati, des semaines de samma-sati.
Et ces patients ne vont pas bien du tout.
Soit ils ont l’impression de bien faire leur samma-sati et ne voient pas de résultat positif – leur mal être est toujours là, obsédant.
Soit ils ont l’impression de ne pas bien faire – alors non-seulement ils ont le mal initial mais en prime ils se dévalorisent à fond, se traitent de minables, etc.
Quand je leur lis les sermons du bouddha et le fait que le samma-sati est réservé aux renonçants alors leur visage s’illumine.
S’illumine parce qu’ils ont déjà eu l’intuition de la chose.
Ils voient bien que les renonçants, les ascètes, les anachorètes – moines qui mènent les sessions ou certains des participants ont quelque chose qu’ils n’ont pas et qu’ils n’auront jamais.
Théoriquement le travail avec le thérapeute Christian Bois pourrait amener certains à devenir renonçants, ascètes, anachorètes et ainsi a remplir la condition nécessaire au samma-sati.
Je n’ai pas connaissance que cela soit jamais arrivé.
Pour les autres, que se passe-t-il lorsqu’ils réalisent : je n’aurai jamais la condition nécessaire au samma-sati, la vairāgya ?
Eh bien c’est le choc et le patient raconte :
 » Moi, apprenti bouddhiste, j’ai investi – souvent beaucoup d’argent en session + voyage + hébergement + faire garder les enfants – et cet investissement n’a servi à rien qu’à détruire l’image déjà fragile que j’avais de moi.  »
Là, le thérapeute doit éviter de dire ou de sous-entendre :  » T’es complètement con de t’être fait piéger par ces néo-bouddhistes !  »
C’est le moment, pour le thérapeute, de laisser les néo-bouddhistes à leur business et de s’intéresser à Gautama et à ses sermons.

Et de lire avec ses patients les bons sermons du Bouddha, ceux destinés aux laïcs.
Et ceci dans la bonne traduction évoquée plus haut.
Et puis on peut ensuite glisser de Gautama à Schopenhauer et le vedanta, puis à Nietzsche pour finir avec Sloterdijk. (3)

La pathologie de la méditation de pleine conscience

Le principe du mindfulness est bien le samma-sati.
Et le samma-sati est une discipline extrêmement exigeante – comme nous venons de le voir.
Le samma-sati prêt à porter – genre fast food – est un oxymore.

Un oxymore qui peut faire très mal.

La thérapie que le patient ne fait pas

Le samma-sati-fast-food ça fait du mal mais il y a bien pire !

Le souffrant est devant son poste à écouter le truc de Christophe André.

Pendant ce temps il ne s’interroge pas sur la/les thérapies qui pourraient lui être plus utiles.

Le souffrant ne s’occupe pas de son « vrai mal ».

Il ne définit pas son vrai mal : trop plein, manque, sac de noeuds, etc. qui font une pensée souffrante dans un corps souffrant.

Il ne prend pas du temps avec un « orienteur » pour réfléchir à la thérapie adéquate qui devrait être mise en place.

Pour le trop plein, thérapie d’expression émotionnelle, par exemple.
Pour le manque, thérapie où l’on reçoit – piscine d’eau chaude, massage, par exemple.
Pour le sac de noeud, travail avec psychanalyste, par exemple.
Et les trois à la fois dans certains cas !!!

Tu dois protéger ta vie !

Dans les salons où l’on cause Unetelle me dit :  » Je vais me lancer dans la méditation de pleine conscience !  »

Il se trouve que je connais « un peu » la dynamique de la souffrance de Unetelle :
 » Je me dois de t’avertir que, si tu fais cela, tu te mets en danger !!!  »
 » Et je vais écrire un billet sur MédiaPart spécialement pour toi.  »

Notes
(1) Abhyāsa signifie « répétition », mais aussi « étude, exercice, habitude », ou encore « récitation », « pratique spirituelle régulière ».

On se rappelle que Gautama est à la fois :
– un grand novateur
– très inscrit dans les pratiques des maîtres de son époque

(2) Pour ce qui est de l’abhyāsa dans différentes cultures – araméenne, etc. – on lira avec profit l’immense oeuvre – en quantité et en qualité – de Marcel Jousse.

(3) L’incontournable «  Tu dois changer ta vie !  » de Peter Sloterdijk.

(4) Voir aussi l’excellent article de Quentin : Petit plaidoyer pour une psychologie négative en entreprise

 

Le Club est l’espace de libre expression des abonnés de Mediapart.

Ses contenus n’engagent pas la rédaction.

« Zones d’inconfort » par Xavier Camby

Plaisir de partager un des nombreux et toujours pertinents posts de Xavier Camby.

Zones d’inconfort

C’est une locution aux apparences vertueuses, un idiomatisme qu’on entend sans cesse au sein de nos organisations, rythmant rencontres managériales et évaluations, séances RH et séminaires de motivation: faire «sortir de leur zone de confort» celles et ceux qui nous sont confiés. De force et pour leur plus grand bien…

Les bonnes intentions – dont l’enfer entrepreneurial est désormais pavé, on le constate chaque jour – qui sous-tendent cette volonté sont simples, voire simplistes. Et se fondent premièrement sur un postulat (une hypothèse non-démontrée): chaque salarié aspirerait à en faire le moins possible, à ne prendre aucun risque, attendant que ses heures obligatoires soient écoulées.

Cette croyance, diffuse mais conséquente, en l’universelle mauvaise volonté latente de chaque collaborateur, s’enracine dans un taylorisme aussi tardif qu’abâtardit et dans une fameuse «loi», dite de Parkinson (à ce jour toujours aussi drolatique qu’improuvée). Cyril Northcote Parkinson, historien et essayiste de renom, observa le travail au sein des administrations britanniques (Marine et Affaires Coloniales), au siècle dernier, à la demande de la Couronne. Non sans un humour très britannique, dans un essai publié en 1955, il observe 3 comportements dysfonctionnels dans ces 2 administrations empoussiérées:

  • Un fonctionnaire tend à multiplier ses subordonnés (pour fractionner leurs travaux et les dominer, ainsi que ses rivaux); quitte, pour ce faire, à inventer des tâches inutiles (coordinations, rapports, autorisations, séances obligées…)
  • Moins il y a de travail à se partager, plus il y a de demandes de recrutement
  • Le travail étant extensible dans la durée, il n’existe aucune corrélation entre sa réalisation et les ressources qui y sont dévolues

Une étrange et dommageable extrapolation aux entreprises productives transforma, de MBA en séminaires toxiques, ces observations partielles et l’organisation rationnelle du travail en un «impératif pour les nuls», d’une formulation tyrannique: plus j’exige, plus j’obtiens!

Plutôt que de créer une authentique motivation, individuelle et collective, je peux désormais me contenter d’exiger. Toujours un peu plus! Avec, depuis la financiarisation, toujours un peu moins! En quelques décennies, objectifs individuels exponentiels, urgences, injonctions péremptoires et cost-killing sont devenus les principales armes de l’arsenal productiviste du manager-ne-sachant-pas-manager. Malgré surmenages, absentéismes, sabotages, démissions, burnouts…

Et l’argument quotidien qui renforce cette toxicité s’apprend dans toutes les mauvaises formations: il s’agit de faire sortir chacun – les autres, bien sûr et de force si nécessaire – de sa zone de confort. Jeux de rôle, mises en situation, assessment illustrent très bien cette pratique viciée. Que nos cerveaux perçoivent intégralement comme des situations artificielles et stressantes, restreignant alors de facto l’énergie à y consacrer.

Or, chaque sportif qui réussit, chaque chercheur qui apprend, chaque éducateur qui enseigne, chaque parent qui aime ses enfants le sait: pour grandir et faire grandir, pour permettre l’audace et l’invention, il convient d’élargir sans cesse nos zones de confort!

« Comment penser les liens entre la pensée de la mort et la mort de la pensée ? » par Jean Maisondieu

2′ pour éveiller votre élan à aller mieux connaître Jean Maisondieu

Jean Maisondieu — Essayiste — Psychiatre – Symposium novembre 2013, Association DIRE

3 ème édition du Manuel de Psychopathologie par Michel Delbrouck

La troisième version du Manuel de Psychopathologie à l’usage du médecin et du psychothérapeute, revue et augmentée sera disponible au début de septembre 2019 aux éditions De Boeck.

couverture_pp_iii-page-001

Michel Delbrouck est médecin, psychothérapeute et formateur, très actif dans le domaine de la formation et de l’aide aux professionnels de la santé en difficulté. Il est notamment past-président de la société Balint (Belgique) qui s’occupe de la relation « médecin-malade», « soignant-soigné » en proposant à de nombreux soignants une réflexion approfondie sur la qualité de leurs relations avec leurs patients par le biais de séminaires, de formations, de groupes de travail en Belgique et en France. Il collabore avec la Suisse et le Canada. Michel Delbrouck est aussi directeur de l’Institut de Formation et de Thérapie pour soignants. www.ifts.be

Préface de la troisième édition par le Docteur Michel Delbrouck

La troisième édition de ce Manuel de Psychopathologie à l’usage du médecin et dupsychothérapeute s’étoffe des nouvelles découvertes scientifiques en matièrenotamment de neurosciences.

Cependant, avant de parcourir les apports plus spécifiques de cette nouvelle édition, j’aimerais vous partager quelques réflexions à propos de la conception de la psychopathologie qui sous-tend cet ouvrage. Le lecteur en trouvera les détails au chapitre I.

Les patients que nous recevons sont en souffrance psychique et physique. Et il nous parait essentiel pour recentrer le propos, d’insister à nouveau sur le lien étroit etindissociable entre corps et esprit. Dès lors, nous devons tenir compte chez nos patients de leur réalité psychique, matérielle et biologique. Les conditions environnementales dans lesquelles vivent nos patients ont un impact important au niveau de leurpsychisme ainsi qu’au niveau de leur santé physique.

Nous avons de plus en plus à considérer et à tenir compte d’une pratique clinique respectueuse de l’être humain dans sa complexité et sa diversité, notamment en ce quiconcerne les constats et les découvertes scientifiques mais aussi des conditions socio- économiques dans lesquelles il vit.

Il devient clair que les individus les plus isolés deviennent les plus vulnérables au niveau de leur morbidité. La rupture des liens sociaux a des effets délétères sur la santé, de même que l’isolement et les facteurs de stress chronique. Les pathologiesinflammatoires, les syndromes d’épuisement professionnel et familial sont aggravéspar ces conditions de vie.

Tenir compte de la réalité psychique, matérielle et biologique du patient

Pour soigner nos patients, nous devons prendre en considération leur situation mentale, intellectuelle, matérielle et biologique.

Du point de vue mental, la société évolue dans le sens de l’individualisme et de l’hyper-narcissisme. La réalité psychique prend des formes d’organisation de la personnalité où les facteurs socioculturels sont prépondérants. L’isolement psychique, la dépressivité et le malheur entrainent des sur-consommations de substances illicites et d’alcool. Par ailleurs, les symptômes et toutes les manifestations de la « subjectivité » ont un sens caché, subjectif, spécifique qui cherche à « signifier » quelque chose, que le sujet ne connaît pas nécessairement consciemment. Cette réalité psychique inconsciente se manifeste par le langage verbal, le non-verbal, l’affect et la maladie. Au soignant de les faire progressivement découvrir au patient. Une place importante à l’écoute de l’intra-psychique et de l’inconscient personnel et collectif demeure donc indispensable pour aider nos patients, et ce au-delà des découvertes des neurosciences.

Les chercheurs mettent de plus en plus en évidence l’impact des événements survenant dans la petite enfance (A.C.E. Adverse Childhood Experience). Ils ont analysé l’impact d’expériences négatives durant l’enfance (émotionnelles, physiques, sexuelles, abus de substances, violences verbales) sur leur état de santé à l’âge adulte. Ils concluent que lesexpériences traumatisantes dans l’enfance influencent l’état de santé mentale à l’âge adulte. Mais pas uniquement, car il existe aussi une corrélation manifesteavec plusieurs maladies somatiques, dont l’obésité, l’hypersexualité et les troubles du sommeil. L’effet cumulatif de ces expériences semble par ailleurs plus important que l’effet qualitatif.

L’abord des neurosciences nous apporte, d’autre part, des réponses et/ou des explications au niveau d’un certain nombre de questions. L’hérédité, la génétique, les phénomènes de dégénérescence, les découvertes biologiques, les apports de l’épigénétique nous permettent de mieux comprendre ces pathologies. Nous voyons apparaître de plus en plus de maladies à facteurs multiples avec une prépondérance des facteurs neurobiologiques. La découverte des mécanismes épigénétiques a permis de nuancer le « fatalisme »supposé du « code génétique », dont l’expression est modulée par un ensemble de facteurs environnementaux. Les champs d’application de la psychiatrie génétique : (schizophrénie, autisme, troubles bipolaires…) se sont élargis. Les savants recherchent les variants génétiques associées aux troubles psychiatriques ou à une certaine dimension clinique. Il devient évident que des affections cliniquement très différentes partagent des origines génétiques communes. Un changement d’échelle par rapport aux travaux antérieurs s’est imposé. Les études qui portaient sur quelques centaines de personnes se sont élargies à d‘immenses populations. Les scientifiques se sont lancés dans l’identification de marqueurs de vulnérabilité génétique sur de vastes cohortes. Ils ont constaté des chevauchements génétiques entre des maladies très distinctes comme la schizophrénie, l’autisme ou encore les troubles bipolaires avec en particulier une suractivité des gènes liés aux astrocytes. Ce qui explique que ces différentes pathologies peuvent coexister au sein d’une même famille. Les recherches s’orientent aujourd’hui vers l’analyse des interactions entre les gènes de vulnérabilité et des facteurs non génétiques, comme la présence de traumatismes pendant l’enfance ou l’exposition maternelle à des agents infectieux pendant la grossesse. Le rôle des facteurs génétiques dans l’apparition d’affections psychiatriques, encore appelés facteurs génétiques de susceptibilité s’est révélé de plus en plus clair. Dans ce cadre, l’identification d’une mutation génétique à l’origine de la symptomatologie psychiatrique peut dans certains cas soulager et déculpabiliser les familles. De même, il peut également exister plusieurs gènes à l’origine d’un même tableau clinique et on parle alors d’hétérogénéité génétique.

L’impact environnemental occupe une place prépondérante au niveau de la santé physique et psychique des individus. La pollution des plastiques intoxique les mers, les poissons et les individus. La pollution atmosphérique par les pesticides, le plomb, le cadmium et les microparticules entraineraient certaines formes de démences. Les répercutions climatiques par les gaz à effet de serre provoquent et vont provoquer des phénomènes migratoires, des pertes d’emploi, des catastrophes naturelles qui vont impacter un grand nombre de personnes avec leurs cortèges de syndromes anxio-dépressifs, d’états de stress chronique et post-traumatiques, etc.

César Alfonso fait état de l’érosion de la charge allostatique, celle qui permet de maintenir la balance entre les multiples interactions de la vie quotidienne et d’adapter son comportement aux demandes environnementales externes. Cette érosion de la charge allostatique se traduit aussi par une perte d’adhérence thérapeutique accompagnée souvent d’une propension à subir les effets nocebos (un effet nocebo se produit lorsque les attentes négatives du patient à l’égard d’un traitement entraînent un effet plus négatif du traitement. (p.e. : l’anticipation d’un effet secondaire mineur d’une médication)) des thérapeutiques et par une morbidité importante marquée par une augmentation de l’immunosuppression (surtout au début), de l’athérosclérose, de l’hypertension et de l’activation des maladies à prédisposition génétique. Il va de soi, à lire ces conclusions, que la mortalité de ces patients est également augmentée.

page3image2957465744

page4image2958460336Figure 1 – Modèle intégratif, dynamique, complexe et multifactoriel de la pathogénie des troubles psychiatriques.

La troisième édition de ce manuel de psychopathologie

La troisième édition de ce manuel de psychopathologie s’est donc enrichie de nouveaux apports que nous allons rapidement survoler laissant au lecteur le soin des’informer plus avant.

Elle comporte :

▪  Une mise à jour des connaissances en matière de neurotransmetteurs et des bases neurobiologiques de la psychopathologie.

▪  Une mise à jour des psychotropes au chapitre 23.

▪  Les découvertes à propos du microbiote et système nerveux entérique et son influence

sur les affections mentales (définitions du « 2ème cerveau », mécanismes vasculaires, nerveux, inflammatoires et immunitaires, fonctions, thérapeutiques) au chapitre 2.

▪  Les constats récents à propos de l’impact du syndrome inflammatoire sur les étatsdépressifs et des Maladies Inflammatoires Chroniques de l’Intestin (MICI) sur la santé mentale seront approfondies.

▪  Une mise à jour de l’impact de la neurophysiologie du stress chronique sur le fonctionnement cérébral.

▪Un nouveau chapitre est consacré aux psychotraumatismes (théories, neurophysiologie, prises en charges, traitements) avec une réflexion sur les relations entre syndrome d’épuisement professionnel et psychotraumatismes

▪  Outre la neurophysiologie du phénomène d’addiction, sont développées lesNouvelles Substances Psychoactives (NSP), l’hyperémèse cannabique, lecannabidiol CBD, la cigarette électronique, le gaming disorder, le cibergambling.

▪  Les découvertes scientifiques font émerger de multiples nouvelles hypothèses étiopathogéniques des troubles schizophréniques et de l’autisme. Elles seront expliquées de même que le syndrome d’Asperger au féminin.

▪La psychopathologie phénoménologique de la schizophrénie et les comportements apparentés à la psychose.

▪  La psychopathie sociale ou en col blanc au chapitre 10.

▪  Un affinement du questionnement et du diagnostic des états dépressifs permettra au

thérapeute d’avancer dans son diagnostic différentiel.

▪  Quelles investigations et précautions la chirurgie bariatrique doit-elle envisager ? A

quelles évaluations psychologiques pré et post opératoires, risques, et complications

psychiques faut-il être attentif ?

▪  Un résumé sur les hauts potentiels répond aux demandes des lecteurs bien qu’il ne

s’agisse pas de psychopathologie au chapitre 21.

▪  L’hystérie, confirmation par imagerie médicale qu’il ne s’agit pas de mythomanie, de fabulation ou de simulation

▪  Révision de la bibliographie de chaque chapitre

Bibliographie

ALFONSO C., (2018), Innovations in psychodynamic psychotherapy education ? WPA Thematic Congress, Melbourne 25-28 février 2018

BOTBOL M., (2018), What today psychoanalysis can bring to person-centered medicine ?, WPA Thematic Congress, Melbourne 25-28 février 2018

MONTREUIL M. & DORON J., (2006), Psychologie clinique et psychopathologie, Paris, Puf, 2006 (ISBN 978-2-13-056586-4)

BERGERET J., (1996), La personnalité normale et pathologique, Paris, Dunod, 1996 (ISBN 978-2-10-060019-9)

BERGERET J., (2008), Psychologie pathologique : théorique et clinique, Paris, Elsevier Masson, (ISBN 978-2-29470-174-0

« Trop de QVT tue la performance ! » par Denis Monneuse

Un article intéressant car apportant une analyse critique sur la QVT « qualité de vie au travail ». Original ici.

 » Donald Trump n’a pas le monopole des fake news. Et Facebook n’est pas le seul vecteur mêlant allégrement information et désinformation. LinkedIn et bien d’autres médias

12_-_Monneuse

spécialisés en management et en ressources humaines sont infestés par des coachs, consultants et autres penseurs en tout genre qui ont un mot à dire sur tout en général et sur la qualité de vie au travail (QVT) en particulier. C’est ainsi que se répandent sur ce sujet des opinions et des croyances, peut être vraies, peut être fausses, mais nullement vérifiées empiriquement ni évaluées scientifiquement, pourtant présentées avec aplomb comme des vérités révélées.

Depuis l’acmé de la « vague de suicides » à France Télécom il y a tout juste dix ans, la QVT est devenue la panacée, la baguette magique agitée par les médecins de l’entreprise pour guérir tous ses maux. Ils se gardent bien de définir ce concept si bien qu’il peut être tordu dans tous les sens et avoir réponse à tout. On se croirait chez Molière :

  • C’est de la QVT que votre entreprise est malade.
  • De la QVT ?
  • Oui. Qu’avez-vous comme problèmes ?
  • De temps en temps des salariés peu motivés.
  • La QVT !
  • Il me semble parfois qu’on est peu productifs.
  • Justement, la QVT !
  • Les arrêts maladie sont en hausse.
  • La QVT, la QVT, vous dis-je !

A quoi rime cette injonction à la QVT ? Une fois qu’on a dit qu’il fallait améliorer la QVT, on a encore rien dit. Ce sujet est devenu en quelques années le sujet le plus maltraité des RH. Je suis tellement triste de cette tendance que j’ose à peine encore employer cette expression qui est pourtant si belle. Qualité, vie et travail ne sont-ils pas en effet parmi les plus beaux mots de la langue française ?

Un discours bâti sur du sable

Parler de QVT à tort et à travers ne serait pas si grave s’il n’y avait ce hic : la QVT, telle qu’elle nous est vendue, repose sur une croyance simpliste et partiellement fausse selon laquelle elle serait source de motivation et d’engagement au travail, donc in fine de performance : QVT => motivation/engagement au travail => performance

Cette logique est si belle et si morale qu’on a envie d’y croire. Moi le premier j’y ai cru quand j’étais plus jeune. Malheureusement, ce postulat est bancal si bien que tout le discours habituel élaboré autour de la QVT repose sur du sable.

Ce lien entre QVT, motivation et performance est en effet loin d’être vérifié. Il ne fait pas l’objet d’un consensus au sein des chercheurs en sciences humaines. Si vous avez suivi un cours de RH ou de management et que vous avez encore cette croyance en tête :

a) Le formateur était incompétent et vous devriez alors immédiatement exiger un remboursement ;

b) Vous avez dû manquer d’attention au cours de la formation ;

c) Vous êtes victimes de dissonance cognitive. La croyance QVT => motivation/engagement au travail => performance est si belle sur le papier, si séduisante, tellement en résonnance avec nos valeurs qu’on a envie d’y croire et que notre cerveau est prêt à occulter tout élément qui viendrait la remettre en cause. En revanche, notre cortex s’accroche désespérément à tout élément qui pourrait l’étayer, quitte à s’écarter quelque peu des faits.

Le mythe de Pygmalion relate l’histoire d’un sculpteur qui tombe amoureux de sa sculpture ; celle-ci prend vie si bien qu’il peut se marier avec elle. Malheureusement, la vraie vie n’est pas comme la mythologie grecque : il ne suffit pas de croire éperdument en une opinion pour que celle-ci devienne vraie !

Je ne vais pas me livrer ici à tout un cours de RH ou de management pour démonter cette fausse croyance qui sous-tend le discours dominant sur la QVT. Je vais seulement me contenter d’apporter trois contre-exemples.

1. Des conditions de travail dégradées peuvent être source d’une forte productivité. Il arrive qu’on observe une hausse des cadences après le suicide d’un salarié sur son lieu de travail. Le collectif tend à accroître le rythme pour mieux occulter ses soucis.

2. Un directeur général décide soudainement et unilatéralement d’augmenter les salaires et d’améliorer les conditions de travail. Les salariés et les syndicats de l’entreprise en question réagissent mal : ils sentent qu’il y a un loup. Ils sont persuadés que des choses inavouables se trament en coulisse et que le patron tente maladroitement de leur graisser la patte pour détourner leur attention. Résultat : des débrayages, une angoisse et une productivité en berne.

3. Il existe aussi un effet enfant gâté, à savoir des conditions de travail confortables, presque idylliques, mais qui ne découlent pas sur une forte productivité. Les salariés sont désengagés pour d’autres raisons ou bien font la fine bouche et sont donc trop occupés à se lamenter sur leur sort en voyant le verre à moitié vide au lieu de le voir à trois quarts plein.

Quand la QVT nuit à la performance

Vous me direz : ces trois contre-exemples sont des cas extrêmes ; des exceptions qui confirment la règle. Je vous répondrai non et, pour achever de vous convaincre, je vais vous décrire plus en détail le cas banal d’une entreprise bien intentionnée qui, sous couvert de QVT, n’a non seulement pas réussi à accroître sa performance globale, mais a même réussi à la diminuer.

Il s’agit d’une entreprise qui gère plusieurs centres d’appel. Mue par des valeurs humanistes, elle se lança dans une politique sociale ambitieuse afin d’offrir une excellente QVT à ses salariés : le CDI est la norme, les salaires sont 15 à 20 % supérieurs à ceux du marché, le temps de travail effectif est inférieur à 35 heures par semaine, la pression commerciale est relativement limitée, le matériel est de qualité, les salles de repos ont été refaites, etc.

Les salariés de cette entreprise sont les premiers à reconnaître qu’ils sont mieux lotis que leurs confrères exerçant la même activité chez les concurrents. D’ailleurs, le turn-over est quasi nul. En revanche, les dirigeants ont de quoi être déçus des effets de leur politique QVT : non seulement la productivité est inférieure à celle de leurs concurrents qui n’ont que faire de la QVT, mais en sus le taux d’absentéisme maladie est supérieur. A cela s’ajoutent les sommes dépensées pour mener cette politique. Autrement dit, cet employeur est perdant sur toute la ligne !

Le DRH qui me demanda de l’aider à y voir plus clair m’accueillit alors en pestant, en vrac, contre l’ingratitude des salariés, la génération Y, le déclin de la valeur travail et, plus largement, contre la fainéantise et l’insatisfaction du peuple français.

Herzberg, relève-toi, ils sont devenus fous !

Le paradoxe de cette politique QVT inefficace, voire contreproductive, fut facile à comprendre. « Rien n’est plus pratique qu’une bonne théorie » affirmait Kurt Lewin. La théorie duale de la motivation élaborée par Frederick Herzberg le confirme1. Herzberg nous invite tout d’abord à distinguer satisfaction et motivation au travail. On peut être satisfait et peu motivé et, inversement, motivé mais peu satisfait.

D’un côté, il y a ce qu’Herzberg appelle des facteurs d’hygiène, axés sur le bien-être, qui limitent l’insatisfaction au travail sans avoir de forte incidence sur la performance. Ce sont essentiellement des facteurs extrinsèques : la rémunération, les conditions de travail, les relations avec les collègues, la sécurité au travail, etc.

De l’autre, il y a les facteurs moteurs ou motivateurs, essentiellement intrinsèques, qui mobilisent les salariés et participent à la performance : la nature des tâches, la responsabilisation, les possibilités d’avancement, le sentiment de reconnaissance, etc.

Pour le dire avec des termes plus modernes, il y a d’un côté la qualité de vie AU travail qui vise à satisfaire les salariés en jouant sur tout ce qui est périphérique au travail (les locaux, la convivialité…) et, de l’autre, la qualité de vie PAR le travail qui vise à responsabiliser les salariés et les rendre plus performants en jouant sur la qualité de leur travail.

Le cas de cette entreprise gérant des centres d’appel mériterait d’être présenté plus en détail, mais, en deux mots, la politique QVT mise en place reposait uniquement sur des mesures de qualité de vie AU travail, pas sur des actions favorisant la qualité de vie PAR le travail. Par suite, les salariés étaient désengagés et peu performants. Et les arrêts maladie augmentaient car le personnel se retrouvait dans une prison dorées : même si leur travail leur déplaisait, il leur semblait irrationnel de démissionner car ils jouissaient d’une telle qualité de vie AU travail qu’ils étaient conscients de ce qu’ils perdraient en changeant d’employeurs : ils devraient travailler plus pour gagner moins, sans doute travailler dans des locaux moins sympathiques et faire face à une pression commerciale plus forte. L’absentéisme était alors leur seule échappatoire. Pis, la politique QVT n’avait même pas réussie à accroître leur satisfaction au travail car ils se sentaient incompris : leur employeur leur donnait des choses (par exemple des salles de repos toutes neuves) qui n’étaient pas prioritaires à leurs yeux ; ils avaient l’impression qu’on essayait d’acheter leur silence par rapport à leurs réels besoins mis sous le boisseau (le manque d’autonomie, de polyvalence, d’enrichissement des tâches…).

Je pourrais citer encore bien d’autres exemples d’entreprises où la simple création d’un service ou d’une direction QVT s’est révélée mitigée ou négative. Quand les salariés ont l’impression qu’on essaye de les endormir ou que leur employeur se focalise sur le superficiel (la face émergée de l’iceberg,) la politique QVT peut se retourner contre l’entreprise comme un boomerang. Une politique QVT peut en effet être perçue comme de la charité mal placée ou du « foutage de gueule ».

6 visions de la QVT

D’après mon expérience, six grandes visions de la QVT coexistent. Je vais les décrire en quelques mots et pointer leurs limites. Je proposerai ensuite les bases d’une septième vision qui me semble plus pertinente.

1. La vision Bisounours

Il existe une vision idéaliste de la QVT en grande partie colportée par les médias et les béni-oui-oui qui considèrent la QVT comme l’antichambre du bonheur au travail. Cette vision est assez répandue chez les étudiants qui débutent une formation en RH et, malheureusement aussi, chez des gens plus expérimentés. A ceux qui rêvent de devenir chief happiness officer (ça passe mieux en anglais car si on avait le titre de « responsable du bonheur » on ouvrirait déjà un peu les yeux sur le ridicule de la chose), je leur conseille de s’orienter plutôt vers le travail social ou l’humanitaire. L’erreur fondamentale de cette vision provient d’une connaissance plus approfondie des Bisounours que de la nature humaine ou bien d’une lecture trop littérale de Rousseau. Cette perspective repose en effet sur une conception de l’être humain comme naturellement bon et reconnaissant, mais perverti par l’entreprise. Elle croit qu’il suffit de choyer les salariés pour atteindre un haut niveau de performance. Pour prendre une image, cette vision conçoit le travail dans son sens initial de tripalium et considère à l’opposée les vacances comme le paradis.

2. La vision cynique

A l’opposé de la vision Bisounours, la vision cynique repose sur une conception froide et utilitariste du monde des affaires. La prétention à la QVT passe pour un caprice de riche qui n’a pas compris qu’il devait faire face à la concurrence d’employés chinois payés au lance-pierre et pour qui la notion même de QVT est inconnue au bataillon. Par souci de realpolitik, il est donc vain de s’intéresser à la QVT. Celle-ci passe pour l’ennemi juré de la performance. L’erreur fondamentale de cette vision repose sur une vision uniquement court-termiste ainsi que sur l’ignorance de toute la littérature scientifique sur les bienfaits des temps de pause au travail par exemple ou, plus largement de la santé comme facteur de productivité. D’ailleurs, les partisans de cette vision ont tendance à se préoccuper de leur propre QVT, bien qu’ils nient le besoin de se préoccuper de celle d’autrui. Pour poursuivre la métaphore des congés, cette vision vante la réduction des congés ou des « temps morts » au nom de la sacro-sainte performance.

3. La vision marketing

La vision marketing repose sur une conception purement instrumentale de la QVT en tant que vitrine publicitaire servant l’image de marque de l’entreprise. Contrairement à la vision Bisounours, il ne s’agit pas de rechercher le bonheur des salariés, mais d’améliorer la marque employeur. Dans cette perspective, une politique QVT repose avant tout sur du gadget, du clinquant et des paillettes afin d’attirer l’attention médiatique et d’obtenir un label du type Great Place to Work. L’erreur fondamentale de cette vision est de ne pas chercher à améliorer la performance au travail des salariés. Elle se rapproche ainsi de la vision cynique. Une autre erreur est de sous-estimer le fait que les arguments marketing peuvent s’avérer à double-tranchant. Certes, des salariés peuvent croire qu’ils jouissent d’une véritable QVT puisqu’elle est affichée et reconnue à l’extérieur : ils pensent alors que l’herbe est moins verte ailleurs. Mais d’autres salariés, plus lucides, peuvent quant à eux regretter que l’image de QVT mise en avant par leur employeur dans sa communication externe ne corresponde pas à la réalité interne. Toutefois, il arrive aussi que les salariés acceptent cette tartuferie. Je l’ai observé notamment dans un cabinet de conseil. « On vend du vent » m’explique un consultant. Conscient que son métier repose avant tout sur l’image de marque de son cabinet, il n’est nullement choqué que son employeur colporte à l’extérieur une image faussée de la réalité intérieure. Répandre du bullshit fait partie du jeu, estime-t-il et il est loin d’être le seul. Cette vision correspond à passer une grande partie de ses vacances à se mettre en scène en multipliant les selfies sur les réseaux sociaux pour montrer à autrui comme la vie est belle et comme on est heureux.

4. La vision démagogique

La vision démagogique (ou bien régressive) conçoit la QVT comme un divertissement pascalien à apporter aux salariés. Elle consiste donc à multiplier les apéros et autres moments de convivialité où l’on pourra manger des bonbons, ainsi qu’à installer dans les espaces partagés un baby-foot, un billard ou une table de pingpong. L’erreur fondamentale de cette vision est de plus chercher à amuser et à changer les idées qu’à détecter les dysfonctionnements organisationnels ou à accroître la performance. Endormir les gens ne fonctionne pas toujours sur le long terme : on peut prendre les gens pour des imbéciles, mais pas trop longtemps. De plus, cette perspective tend à infantiliser et ramollir les salariés : il ne faut pas leur demander ensuite dans leur métier d’avoir un esprit critique développé. Cette vision consiste à considérer les vacances comme un temps de vidange pour le cerveau. Les vacances idéales sont celles passées à buller ou bien à faire suffisamment la fête pour oublier le quotidien.

5. La vision naïve

La vision naïve vise à demander aux gens comment ils conçoivent la QVT, donc ce qu’ils veulent, puis à tenter de répondre à ces désirs exprimés. Dans cette perspective, un baromètre de satisfaction représente l’alpha et l’oméga de toute politique QVT. L’erreur fondamentale de cette vision est croire que les gens connaissent et expriment leurs besoins fondamentaux. Or, comme le dit malicieusement Oscar Wilde, « Quand les dieux veulent nous punir, ils exaucent nos prières ». Les gens du marketing savent bien qu’il ne suffit pas de demander aux consommateurs ce qu’ils veulent et de le leur donner pour qu’ils soient contents. Cette vision est d’autant plus naïve qu’elle tend à confondre satisfaction et motivation. Elle aurait tendance à considérer les plus belles vacances comme celles passées sur une île paradisiaque car c’est une image d’Epinal, en occultant qu’on peut passer de très belles vacances en cultivant tout simplement son jardin en bonne compagnie.

6. La vision critique

La vision critique de la QVT consiste à distinguer qualité de vie AU travail et qualité de vie PAR le travail. Cette vision pourfend donc la vision démagogique, régressive de la QVT en mettant essentiellement l’accent sur la motivation intrinsèque et la qualité du travail. L’erreur fondamentale de cette vision est de rejeter le bébé avec l’eau du bain : cette perspective critique de la QVT peut amener à rejeter la QVT dans son ensemble et déboucher sur l’inaction. Ses partisans deviennent alors comme Kant selon le mot de Péguy : ils ont les mains pures, mais ils n’ont pas de mains ! Une autre erreur consiste à regarder de haut tout ce qui est périphérique au travail. Certes, la rémunération et les conditions de travail ne font pas tout, mais il y a parfois dans cette vision critique un idéalisme qui pourrait aller jusqu’à croire que l’on pourrait se contenter au travail ou en vacances de vivre d’amour et d’eau fraîche.

Il ne s’agit pas ici de cracher sur ces six visions, mais de prendre conscience de la (ou les) vision qui sous-tend la politique QVT de son entreprise. Elles ont chacune leur intérêt et elles peuvent bien entendu être articulées de manière moins caricaturale que je viens de le faire (par souci de concision et de clarté).

Pour une vision « maoïste » et stratégique de la QVT

Je voudrais maintenant esquisser non pas d’une troisième, mais d’une septième voie que je qualifierais de maoïste et de stratégique. En voici trois grands principes.

1. Confort sans effort n’est que ruine de l’âme !

Contrairement à une vision philanthropique ou Bisounours de l’entreprise, une vision stratégique de la QVT considère celle-ci non pas comme une fin en soi, mais un moyen. Il ne s’agit pas de croire que la QVT va automatiquement être source de performance, mais de réfléchir à la performance recherchée (à court ou moyen terme, les types de performance visés et les moyens de la mesurer), puis aux actions en matière de QVT qui peuvent alimenter cette performance.

Une vision stratégique requiert aussi de penser le lien QVT et performance dans les deux sens : la QVT peut être seconde, en tant que récompense attribuée pour l’atteinte d’une performance. Il y avait déjà l’idée chez Taylor par exemple de partager les gains de productivité. Une vision stratégique de la QVT s’inscrit donc dans une logique donnant-donnant, pas dans une pure logique de don ; il faut s’assurer de contreparties.

La QVT est alors indissociable de la notion d’effort. Trop souvent QVT rime avec confort. Or les salariés ont surtout besoin d’accomplissement, donc d’apprentissage et de dépassement de soi, et de reconnaissance de leurs efforts. La QVT passe donc par l’exigence (tant que les objectifs ne sont pas démesurés). Pour reprendre la métaphore des vacances, faire une randonnée en montagne peut apporter plus de repos et de ressources que rester toute la journée à se dorer la pilule sur la plage.

Un des slogans de Mao Zedong était : « Il faut marcher sur les deux jambes » car il refusait de choisir entre le développement de l’agriculture et celui de l’industrie ; il prônait le développement des deux à la fois. Il était en quelque sorte un pionnier du « et en même temps ». Une vision maoïste de la QVT reconnaît la nécessité de mettre en place des mesures visant à la fois à la qualité de vie AU travail (donc plutôt au confort) et PAR le travail (plutôt l’effort).

D’autant que ces deux versants de la QVT peuvent se rejoindre. Quand une entreprise propose à ses salariés des services tels qu’une crèche ou une conciergerie, il s’agit de mesures périphériques qui peuvent pourtant jouer positivement sur la qualité du travail : le salarié se sent reconnu, ses besoins sont identifiés et en partie pris en charge par l’employeur. Par exemple, plutôt que d’amener des vêtements le soir ou le week-end au pressing, le salarié peut les déposer le matin au travail et les récupérer le soir. Certes, les esprits chagrins y trouveront à redire – l’objectif pour l’employeur est d’augmenter le temps de travail – mais les salariés sont eux aussi gagnants puisqu’ils gagnent du temps et peuvent mieux concilier travail et hors travail. Bref, Mao avait raison : il faut marcher sur les deux jambes en alliant qualité de vie AU travail et PAR le travail.

2. Ta QVT n’est pas la mienne

Une erreur classique consiste à adopter une démarche trop rationnelle en omettant notamment un éventuel écart entre la QVT réelle et la QVT perçue. Combien de managers et de DRH qui se plaignent de salariés ingrats qui ne se rendraient pas compte de tout ce que leur employeur fait pour eux ? C’est pourtant leur rôle de réduire cet écart entre perception et réalité.

Dans la même veine, une autre erreur consiste pour les managers et les RH à projeter leur propre conception de la QVT sur leurs collaborateurs et vouloir faire leur bonheur à leur place. Or il n’y a pas de définition universelle d’une bonne QVT. Je me souviens d’un manager qui voulait à tout prix enrichir le poste d’un ouvrier parce qu’il était effrayé par le caractère répétitif des tâches que ce dernier devait effectuer. Or, plus il diversifiait les tâches de ce collaborateur et plus il le responsabilisait, plus celui-ci devenait blême et angoissé. Il finit par craquer et tomber en arrêt maladie. Son chef ne pouvait pas concevoir que ce qui plaisait à cet ouvrier était précisément l’absence de réflexion exigé par son travail. Cela lui convenait parfaitement de travailler en mode pilotage automatique car cela ne lui demandait aucune énergie physique, émotionnel et mental : il rentrait chez lui frais comme un gardon et avait alors tout loisir de s’adonner à ses passions. Sa vie et son épanouissement était hors du travail. Son chef, en croyant bien faire, avait tout gâché !

Une politique QVT passe par une excellente connaissance et compréhension du terrain pour déceler les besoins fondamentaux des salariés qui ne sont pas nécessairement ceux qui ressortent des baromètres sociaux. Rien ne remplace l’observation in situ et une connaissance fine des métiers. L’incompréhension peut se payer cher. Le patron d’une chaîne de télévision envoya un courriel collectif à l’ensemble des journalistes pour les remercier et les féliciter de leur mobilisation un jour de tempête de neige. Il pensait bien faire en cochant la case de la reconnaissance non monétaire que lui avait sûrement soufflée un consultant, mais les intéressés prirent son doux message comme un affront. En effet, ils avaient passé leur journée à faire des micros-trottoirs pour demander à des automobilistes bloqués par la neige ce qu’ils pensaient de la météo, ce qui représente pour eux (et comme on les comprend !) le niveau zéro du journalisme. Alors que leur patron prenne exceptionnellement sa plume pour les féliciter ce jour-là, alors qu’il ne le faisait pas le jour où ils sortaient un scoop à la suite d’un long travail d’investigation, révélait en creux que leur hiérarchie était totalement à côté de la plaque. En un seul courriel, ce dirigeant perdit le peu de crédit qu’il avait.

3. La QVT ne s’achète pas !

Managers et DRH sont des êtres humains comme les autres dans la mesure où ils ont tendance à choisir la facilité et à faire la politique de l’autruche. La tendance est à compenser un problème plutôt qu’à le déterrer pour le regarder en face et l’affronter. Il y a un problème ? On allonge une prime ou on saupoudre un peu de QVT dessus et on n’en parle plus ! Cette tentation est d’autant plus grande qu’ils sont entourés de marchands du temple, sollicités par une multitude d’interlocuteurs extérieurs qui vendent de la QVT en veux-tu en voilà : il suffit de faire un chèque pour acquérir tel ou tel service et avoir ainsi l’impression de faire de la QVT. Le comble est bien souvent atteint lors de la semaine QVT qu’organisent bon nombre d’entreprises dans les pas de l’ANACT. C’est sympa de proposer une fois par an des massages, une séance de yoga du rire et quelques autres divertissements (pas nécessairement inutiles), mais c’est tout sauf s’attaquer au fond du sujet. Pis, c’est même envoyer le message que la QVT est un gadget superficiel si peu important qu’on ne le sort qu’une fois par an. Dommage de ne pas utiliser cette fenêtre de tir pour développer une vision un peu plus ambitieuse de la QVT !

Combien d’entreprises se disent, une fois quelques mesures prises ou une semaine QVT mise en place : « Done ! J’ai fait ma B.A ! » ? Grossière erreur ! Gare au pompier pyromane et à la vision en silo ! La QVT est par définition transversale. Cela ne fait pas de sens de la cantonner à un service ou une politique RH. C’est dans chaque politique et lors de toute transformation que se pose la question de la QVT. Sinon, l’employeur reprend bien souvent d’un côté ce qu’il a donné de l’autre. L’effet est dévastateur : les salariés n’y voient pas un jeu à somme nulle, mais la preuve que la QVT était un pansement servant à mieux cacher la plaie.

Bref, si j’ai réussi à vous convaincre que coexistent plusieurs visions de la QVT, qu’Herzberg et Mao n’avaient pas tout à fait tort et que la croyance QVT => motivation/engagement au travail => performance est non seulement simpliste mais aussi souvent fallacieuse… ni vous ni moi n’aurons perdu notre temps !

Commentaires, critiques et questions sont les bienvenues à denismonneuse@gmail.com « 

Vient de paraître « Les Cahiers de Gestalt-thérapie » 2019/1 (n° 41)

 » Prendre ou perdre consistance _ Présence / absence « 

Numéro à consulter ici.

Dans son EDITO, Jean-Marie Terpereau écrit :

 » Mais qu’est-ce que la présence ? » s’exclame Simone de Beauvoir. « Elle n’est pas ailleurs CGES_041_L204que dans l’acte qui présentifie, elle ne se réalise que dans la création de liens concrets. » Pyrrhus, Simone de Beauvoir, 1944

Présentifier serait rendre présent à la conscience, aussi bien l’absence que ce qui est présent, ce qui est. Ce qui est, est un donné, le donné de la situation. Lorsqu’à l’appel du matin en classe, les écoliers répondent « présent », ils signifient qu’ils sont là, peut-être pas encore tous présent à. Présentifier serait possiblement un acte d’éveil à, comme nous pourrions dire l’acte d’être au monde, au sein d’une relation. Présentifier suppose l’envers, absentifier. L’absence pourrait être le déplacement de l’attention et de l’intérêt ailleurs que dans la situation mais participant toujours de la situation, tout en sachant qu’elle nous agit davantage que nous l’agissons.

Margherita Spagnuolo-Lobb attire notre attention sur le fait qu’éveillé se traduit en anglais par awake, mot proche d’awareness, expérience immédiate avec.

Acte d’éveil à, une expérience tenant du principe d’awareness comme présentification immédiate et implicite du champ, portant une intentionnalité. Il est habituel de considérer awareness et consciousness avec une manière de clivage entre eux, comme si l’un excluait l’autre. Être présent à, pour revenir au sens que désigne l’étymologie, pourrait s’affranchir de ce clivage comme si cela pouvait suggérer la « présence d’awareness » en soubassement corporel de la conscience réflexive. Cette présentification serait faite d’attention, de curiosité, de disponibilité, d’accueil, d’ouverture, d’empathie… de tout cela incorporé, et son antonyme, de replis, d’échappées, ou de désensibilisation, de sidération… Présence ou absence au monde, à l’autre, à soi, à la relation, à la situation, qui coure dans la séance de thérapie, telles sont les variations que conjuguent et croisent les paroles qui se donnent à lire dans ce numéro.

Dialoguant avec les mots de Patrick Colin, Joseph Caccamo va à la pêche sémantique. « Être devant à » synthétiserait le sens originel, nous renvoyant à notre analyse du cours de la présence dans la temporalité de l’instant incluant l’instant qui suit, toujours d’un instant au suivant. Cela détermine aussi l’action simultanée à l’analyse. L’auteur souligne que quel que soit le temps grammatical, le présent reste le socle de tous les temps.

Être, et rester en présence, réclame la conscience d’y être. Présence-à et absence-à rejoignent la question de la vulnérabilité car être en présence-à expose du fait même, par la vérité de l’intention, comme un rideau que l’on aurait tiré de devant la fenêtre. C’est parfois de la perte même de la consistance que la possibilité de venir en présence peut émerger par un processus de conscience-de, ouvrant ainsi à un éveil, réveil à soi-monde qui ne fait pas l’économie de la douleur. Christine Feldman nous installe dans les processus de l’apparaître/disparaître et prendre consistance/dé-consistance au fil d’un parcours qui a commencé par elle-même pour se poursuivre avec ses patients.

Faire l’expérience de la frontière-contact dans toutes ses dimensions est une manière de définir la présence, quand l’absence serait la mise en œuvre de l’oubli qui fait rupture. L’expérience relationnelle de la présence donne au patient un fond sur lequel ancrer le travail qui vise à sensibiliser et mobiliser le corps. Marie Paré, à l’aide de deux expériences cliniques, nous fait vivre et sentir de manière sensible le travail avec les processus corporels permettant de sensibiliser à l’expérience. L’expérience relationnelle de la présence permise par la constance et la modulation de la présence du thérapeute, donne alors au patient un fond sur lequel ancrer le travail qui vise à re-sensibiliser et re-mobiliser le corps.

Laurence Gateau-Brochard nous convie dans l’univers psychotique abordé phénoménologiquement, où présence et absence constituent des formes d’apparaître, prenant appui sur la « phénoménalité du donner » de Jean-Luc Marion, où « ce qui se montre, d’abord se donne ». La présence comme l’absence serait alors une configuration de l’espace/temps dans laquelle la tentative du lien embrasserait le chaos comme forme expressive suggérant une dé-contenance qui ne serait pas une déconvenue. Dès lors, il y aurait à accueillir avec effroi et étonnement l’imprévisible et le discordant comme saisissement d’une esthétique faite de déferlements qui se donnent à lire dans les séquences cliniques.

Gianni Francesetti, traduit par Séverine Pluvinage, nous entraine dans l’examen des Troubles Obsessionnels Compulsifs a partir de la théorie de la Gestalt-therapie, de la psychologie gestaltiste et de la phenomenologie psychiatrique. Cela donne un texte riche et passionnant dans lequel l’auteur tisse son propos d’une esthetique pleine de sensibilite, de nombreuses ouvertures, de profondeur, questionnant les mots, rassemblant les idees, organisant la pensee sans le moins du monde la confisquer dans un sens ou dans l’autre. Gianni Francesetti maitrise son sujet, mais nous pourrions dire dans une maitrise qui conserve la possibilite du doute, lucide sur ce qui lui echappe et sur la posture de chercheur humaniste qu’il tient.

Dans Prae-ens, Patrick Colin, avec la précision d’un artisan accordeur, décortique la présence à, partant de la sémantique des mots. En ce sens, il fait écho aux propos étymologistes de Joseph Caccamo tout en prolongeant la réflexion dans une manière qui n’est pas sans rappeler la dimension philosophique, dimension partagée ailleurs d’un point de vue plus clinique par Jean-Marc Chavarot, et qui ouvre sur les questionnements existentiels.

Une possibilité de développer le concept de conscience du présent en Gestalt-thérapie, serait de l’appréhender comme conscience relationnelle, c’est-à-dire émergence d’un sentiment de soi dans un champ d’expérience partagée. Cette capacité à ressentir l’autre à partir de sa propre sensorialité, donne au thérapeute une compétence d’être avec l’autre. L’utilisation du ressenti pour comprendre la situation du patient est ce que Margharita Spagnuolo-Lobb, traduite par Joseph Caccamo, nomme la connaissance relationnelle esthétique, intelligence sensorielle du champ phénoménologique partagé permettant au patient, porté par son intentionnalité, de pouvoir « rejouer l’histoire » dans l’expérience de la séance.

Valérie Hanss nous invite, à partir du cadre d’un accompagnement à la petite enfance, dans la dynamique évolutive du lien : comment celui-ci peut se reconfigurer dans une interaction sociale, ouverture à l’autre, à partir d’une relation perturbée provoquant frustration et isolement. Avec un vocabulaire empruntant à la psychanalyse, l’expérience relatée montre la nécessité de la continuité de la présence à l’enfant, en l’occurrence comme accompagnement attentionné de l’auteure vis à vis de Désiré à travers les processus transitionnels, de séparation, de jeu et d’intériorisation.

Anne-Sophie Roquefère, jouant avec les mots et les figures de style, tente d’amener le lecteur à approcher sans cesse l’inapprochable dans une forme de langage baroque, testant les capacités d’équilibriste dans la foisonnance d’expressions qui font tournoyer absence et consistance, et peut-être un peu la tête du lecteur prise dans une désorientation inattendue.

Un texte qui constitue à lui seul une figure de style gageant d’apprivoiser un patient qui tend à disparaître, l’accrochant par le fil ténu de l’entre-deux, là où règne l’insaisissable présence.

Nous vous proposons quelques textes et entretiens sur le thème de ce Cahier avec des thérapeutes dont les approches sont parfois différentes de celle à laquelle nous nous référons habituellement. Ainsi, Jean-Marc Chavarot (psychiatrie phénoménologique), Alain Drimmer (clinique adlérienne), Véronique Duchâteau (gestalt et hypnose éricksonienne), Noémie Gachet-Bensimhon (psychanalyse freudienne et lacanienne), Pierre Soulier (thérapies brèves) livrent tantôt par écrit tantôt au micro de l’un ou l’autre membre du comité de rédaction, leurs réflexions sur les notions de présence/consistance et d’absence en situation de thérapie. De ces différents témoignages, le Comité de rédaction propose une lecture synthétique.

Dans un texte traduit par Sylvie Daudin, Sheila Maria da Rocha Antony aborde les enfants et parents en psychotherapie dans l’intention d’eveiller les parents aux drames non resolus de leur propre enfance, dont les symptômes font echo chez l’enfant. L’auteur explore les mecanismes introjectifs et projectifs a l’œuvre qui aboutissent a des desordres et des desequilibres au sein de la famille, creant des alterations du contact et construisant chez l’enfant des mythes negatifs. Le resultat en est une perception distordue, diminuee, fragmentee et confuse de la realite et de soi. Il revient alors au gestalt-therapeute d’identifier et permettre au patient de clarifier les introjections toxiques, de restaurer un dialogue sain entre l’enfant blessé d’alors et l’adulte d’aujourd’hui.

Une autre Aurélia, du sinologue Jean-François Billeter, nous fait entrer dans la traversée de la perte où l’absence exacerbe la présence sous forme de remémoration, de rêves et d’imagination. La présentification mémorielle et imaginaire de la disparue devient la condition pour que l’absence puisse être soutenue, non pas dans une forme délirante mais dans une forme consciente qui permet à l’amour de rester vivant et présent. Jean-Marie Terpereau vous en propose une note de lecture.

Les arts constituent un secours pour qui cherche son chemin dans l’obscurité. La peinture, la musique, la sculpture mais aussi bien sûr l’écriture, la fiction, la poésie ou la philosophie, comme encore le cinéma ou le théâtre. Pierre-André Beley propose de visiter quelques œuvres littéraires, plastique et cinématographique récentes susceptibles de ressources à proposer aux patients pour traverser la perte d’un être cher. L’objet de ces fictions est de proposer une autre parole pouvant faire résonnance et ouverture dans une affliction qui pourrait se refermer sur elle-même.

Sylvie Daudin qui nous donne régulièrement des nouvelles du British Gestalt Journal, a traduit pour nous le sommaire du numéro de mai 2018, ainsi qu’une partie de l’éditorial de Christine Stevens qui s’ouvre sous les auspices d’une question : « Quelle est l’essence de la gestalt-thérapie ? ».

Excellente lecture à tous. « 

 

France Culture « La novlangue de G.Orwell, un instrument de domination »

 » Il y a 70 ans paraissait le roman 1984, de George Orwell, l’un des récits les plus bouleversants du XXe siècle. Dans ce livre, un régime totalitaire modifie le langage pour s’assurer du contrôle des masses. George Orwell montre comment les mots peuvent devenir un instrument de domination. »

Culture Prime, l’offre culturelle 100% vidéo, 100% sociale de l’audiovisuel public, à retrouver sur :

Facebook : https://facebook.com/cultureprime Twitter : https://twitter.com/culture_prime La newsletter hebdo : https://www.cultureprime.fr

Parentel : catalogue formations 2020 en ligne

Le détail des formations est disponible ici.

catalogue_formations_2020_urfp-page-001

catalogue_formations_2020_urfp-page-002catalogue_formations_2020_urfp-page-003catalogue_formations_2020_urfp-page-004catalogue_formations_2020_urfp-page-046

%d blogueurs aiment cette page :