Que dire à un enfant, à un ado…

Une intervention courte et synthétique d’une psychologue psychothérapeute pour aiguiller parents et adultes sur comment parler et que dire aux enfants et ados suite aux évènements violents à l’encontre d’un enseignant, vendredi dernier. Original ici.

Comment trouver les mots pour parler aux enfants et aux adolescents ?

Jusqu’à six ans, il faut « essayer au maximum que l’enfant ne soit pas en contact avec cette réalité puisqu’elle n’est pas gérable psychiquement« , explique Marie-Estelle Dupont, psychologue clinicienne et psychothérapeute invitée sur le plateau du 13 Heures, samedi 17 octobre.

Entre 6 et 12 ans, « attendez de voir ce que l’enfant amène« , en fonction des informations qu’il a reçues.

Pour les adolescents, « on en parle, parce que c’est le monde dans lequel ils vont vivre demain« , précise-t-elle, en ajoutant qu’avec les réseaux sociaux, « ils ne peuvent pas ne pas savoir« . Pour éviter que cela ne devienne un traumatisme, « il faut aider l’adolescent à penser« , poursuit Marie-Estelle Dupont. Le parent le moins submergé par l’émotion doit être celui qui lui en parlera, car « l’enfant va plus s’identifier à votre état qu’à vos mots« . La psychothérapeute insiste également sur la nécessité de modérer les réseaux sociaux pour limiter l’impact des images.

 » La terreur, et comment s’en prémunir…  » par Tobie Nathan

En janvier 2018, j’avais fait part ici de mon commentaire de lecture de ce livre de Tobie Nathan. Hier sur son site l’auteur a publié un extrait de son livre où il aborde la question et la définition de la terreur ; publication que je partage bien volontiers dans sa totalité. A lire et/ou relire…

Tiré de Tobie Nathan, Les âmes errantes, Paris, L’Iconoclaste, 2017

Notre langue distingue avec bonheur : la terreur, la frayeur et la peur.

Terreur… Le mot est puissant et agirait presque sans la chose. Il suffit de clamer sa terreur pour déclencher la terreur alentour. Qu’est-ce que la terreur ?

La terreur n’est pas un sentiment. On ne l’éprouve pas. On est envahi par elle, jeté au sol, atterré. Il ne s’agit pas davantage d’une émotion, mais d’un phénomène plus archaïque, une paralysie déferlante, qui fige l’âme et le corps. Son équivalent pourrait être, dans le règne animal, le mimétisme de la mort — celui d’une araignée, l’épeire diadème de nos jardins, par exemple, qui, acculée par un prédateur, se recroqueville en position de morte, déjà morte en attendant la mort… déjà morte, pour éviter la mort, sans doute. Telle pourrait être définie la terreur : un anéantissement du soi dans l’espoir d’éviter la mort[1].

Ceux qui terrorisent — appelons-les par leur nom : les « terroristes » — ne craignent pas la mort, qui est leur alliée, alors que les terrorisés vivent sous son empire, tentant de l’éviter en la mimant.

La terreur, ce n’est pas la frayeur, qui s’abat comme la foudre, qui « glace les sangs »[2], éjectant l’âme, laissant un corps sans désir, quasi-mécanique.

La terreur, ce n’est pas la peur, non plus, une émotion véritable cette fois, consciente ou sur le point de le devenir. Si elle est accompagnée de sensations, le pouls qui s’accélère, la chaleur qui se déplace dans le haut du corps laissant le bas glacé, les tremblements parfois, il n’en reste pas moins que la peur est une sorte de raisonnement compacté qui contient, condensées, les traces d’expériences antérieures. L’enfant qui s’est brûlé sur la plaque chauffante a peur d’en approcher la main. La peur est une « raison pratique », au sens propre.

Alors, si elle n’est ni peur ni frayeur, comment définir la terreur et sa phénoménologie ? J’userai d’une parabole : en forêt, au détour d’un chemin, un homme se trouve soudain face à un tigre. Il regarde l’animal… qui le regarde. Cet échange de regards est l’instant précis de la terreur. En cette fraction de seconde, l’homme voit ce que le tigre voit en lui : un morceau de viande. Au moment où il est devenu substance aux yeux de l’animal, il est pris de terreur. Car le tigre ne sait pas qui il mange ; il sait ce qu’il mange. Je veux dire : il vient de définir l’homme comme une nourriture. Il l’a défini ainsi dans ses muscles bandés, dans la puissance de ses crocs, dans le tranchant de ses griffes. Et l’homme n’a aucun moyen de s’y soustraire. Il est devenu, pour lui-même, ce morceau de viande que convoite le tigre. La terreur se caractérise par une dépossession radicale de son être.

Devant un tigre, je suis frappé de terreur, car il a ramené la totalité de mon être aux quelques kilos de chair dont il fera son repas ; devant un Nazi, je le suis tout autant, lui qui ne voit en moi que la judéité qu’il entend éradiquer de la surface du monde…

Ramené avec violence à une seule de ses caractéristiques pour laquelle il sera dévoré, la volonté anéantie, dépossédé de son être, un humain terrorisé est déjà un captif. Le puissant, celui qui tient une arme, qui détient la force de le terroriser, pourra s’emparer de sa personne, en user comme d’une machine ou d’une matière. Il niera sa singularité, gommera son nom, effacera sa filiation, jusqu’à le transformer en zombie. Et il finira par l’asservir. La terreur est toujours le premier temps de la capture ; on la retrouve à la source de tout esclavage.

Dans un tel contexte où chacun est une cible potentielle, les plus fragiles tentent d’échapper à la terreur en s’affiliant  paradoxalement aux terroristes… C’est ainsi que la terreur engendre souvent des terroristes, qui sèmeront la terreur — terreur qui engendrera des terroristes… et cela en un mouvement infernal.

Quelques conseils de prise en charge

Ne jamais porter publiquement l’accent sur la terreur. La terreur, il faut le savoir, est communicative. Devant une personne terrorisée, on est terrorisé à son tour, et sans même savoir pourquoi. « Soigner » la terreur ne peut jamais consister en un partage de l’émotion. Les comptes rendus de journalistes, les prises de position de politiques, qui paraphrasent indéfiniment l’émotion, se révèlent auxiliaires de l’action terroriste, contribuant à répandre la terreur.

On ne saurait répondre à une stratégie de la terreur par une description de la souffrance des victimes. La seule réponse acceptable, correspondant à la fois à nos exigences morales et à nos soucis d’efficacité, est l’intelligence des stratégies de la terreur. À la puissance du tigre, on ne saurait opposer que les ruses du chasseur qui, ayant tout appris de la rationalité du tigre, ne craint pas de l’affronter.

Sans oublier une vertu peu évoquée dans les prises en charge psycho-sociales : le courage ! Il est impossible de répondre à des stratégies d’asservissement sans mobilisation de sa propre vaillance.

[1] Georges Devereux avait développé la même idée dans un article célèbre, souvent commenté : « La renonciation à l’identité, défense contre l’anéantissement », Revue française de psychanalyse, XXXI, 1967, 1, 101-142.

[2] En suivant l’étymologie la plus probable, « frayeur » dériverait du latin frigidus, « glacé ». Voir les développements du vocabulaire de la frayeur dans plusieurs langues dans Tobie Nathan, Nathalie Zajde, Psychothérapie démocratique. Paris, Odile Jacob, 2012.

vient de paraître « Les Scrupules de Machiavel » de Michel Terestchenko

J’ai plaisir à vous partager ma lecture de l’ouvrage  Les scrupules de Machiavel, écrit par Michel Terestchenko, philosophe français contemporain, et paru aux éditions Lattès ce septembre 2020.

Ce livre est une belle plongée dans la vie de Nicolas Machiavel. Dès le départ Michel Terestchenko nous le rend présent et saisissable, humain et complexe, attisant notre curiosité et nous mobilisant à le lire. J’aime les rencontres. Celle-ci en est devenue une.

Ce livre est aussi une immersion dans la pensée de Machiavel. Dans un article du Sud-Ouest, le journaliste Olivier Mony qualifie celle-ci d’ontologique, ce qui est à mon sens très juste. Pensée peu connue ou plutôt mal comprise, que Michel Terestchenko au fil de sa plume déplie et nous rend accessible.

Machiavel affirme que les événements qui touchent l’être humain sont imprévisibles et impermanents, enchâssés d’une part dans les maillons de Fortune, « divinité malicieuse et maléfique » (les citations sont extraites de l’ouvrage de Michel Terestchenko), et d’autre part dans la nature insatiable, égoïste de l’être humain pris de passions et d’inimitié naturelle pour ses semblables. Comment alors « quand même », en tant que prince, y gouverner au mieux et faire en sorte que la cité « tienne » ?

Machiavel fait table rase des auteurs de l’Antiquité et de leur vision et visée d’une « humanité faite de pondération, de pitié et de grandeur d’âme » qui endiguerait « la démesure, la violence incontrôlable qui abaissent l’être humain à l’animal et à la sauvagerie du barbare ». Pour lui, cette vision des Anciens est par essence décadente et caduque. Il refuse de s’abandonner à des « constructions « purement intellectuelles ». Il ne veut pas non plus proposer un nouveau système ou régime politique. Son intention est de penser comment en tant que gouvernant concrètement agir dans un monde qui est à chaque instant menacé par le chaos et la destruction.

Machiavel en vient dès lors à un constat essentiel : un prince virtuoso part de la conflictualité. Michel Terestchenko intitule un passage de son livre « de la vertu du conflit », ce qui résume parfaitement la chose. Plutôt que de vouloir résoudre les « conflits sociaux et politiques « dans une visée de la « morale de la sympathie », il s’agit plutôt d’en reconnaître «la vertu stabilisatrice ».

Emerge alors, inévitablement, la question de la violence et de ses limites ; la question de la violence qui serait légitime, que ce soit celle d’Etat ou celle de citoyens pour qui l’action pacifiste est devenue impossible car sans effet.

Et, dans son sillage, le scrupule, qui dès la couverture, dès le titre du livre interpelle et attise notre curiosité. J’imagine que c’est là un point nodal, un endroit qui importe profondément à Michel Terestchenko et le mobilise.

Le scrupule, « une question nécessaire », est ce qui permet selon Michel Terestechenko de poser une limite à la violence. Le scrupule est ce qui permet de contenir une « perte du sens moral » dont le risque est la « justification utilitariste d’un discours moral » ouvrant la voie au « dilettantisme moral » et à l’« indifférence envers le sens des actions humaines ».

Si la notion de scrupule n’a pas été exprimée comme telle par Machiavel, elle est ici ce qui fait lien,à mon sens, entre la richesse et pertinence de la pensée machiavélienne et celle de Michel Terestchenko. Celle que l’auteur a développée dans son ouvrage excellentissime Un si fragile vernis d’humanité (éd. La Découverte, 2007), c’est-à-dire la question de la présence à soi, une expérience et « authentique présence à soi ». Le scrupule à partir de cette présence à soi devient alors ce qui rend possible de poser des limites à la violence.

Le prince virtuoso est celui qui a cette capacité à être présent à lui-même et à son environnement, pour s’accorder dans une action qui sera par moments celle du « moindre mal », et en même temps du mal quand même. Il est capable de « tenir » ouverte la question du mal, « la réalité du Mal, la faculté de le percevoir comme tel et la conscience qu’il touchera des personnes humaines ».

Machiavel, un auteur éminemment moderne et d’actualité, et la question du moindre mal à « tenir » au risque, si non, d’une violence sans limites : sans scrupule. A lire sans modération !

Astrid

 » De Machiavel, on retient souvent l’esprit calculateur et l’absence  d’états d’âme. Mais c’est un autre visage du Secrétaire  florentin que nous dévoile Michel Terestchenko dans cet essai  passionné. Car Machiavel avait bien une morale, adaptée aux  temps de mutation. Nicolas Machiavel se révèle un maître de l’action juste, celle  qui s’adapte aux circonstances. Sans cacher son admiration  pour l’homme, Michel Terestchenko renoue avec la tradition  du questionnement moral, nourri d’exemples souvent bouleversants,  qui a fait le succès de ses ouvrages précédents. Que ses héros machiavéliens aient le visage d’un président  des États-Unis ou de résistants, les scrupules deviennent,  sous sa plume, la condition de la lucidité et de l’action dans  un monde d’incertitude.  » éditions Lattès.

«  Un ouvrage passionnant, à la fois érudit et d’une lecture aisée.  » Olivier Mony, Sud-Ouest

La cartographie URKIND® au service de l’entretien prénatal précoce, par Nathalie Piquée

J’ai grand plaisir à vous partager cette vidéo, où mon amie et collègue Nathalie Piquée se présente et présente un outil pour les professionnels de la périnatalité, qui a toute sa place et utilité dans ce champ professionnel. Bravo Nathalie !

Nathalie PIQUEE est sage-femme et gestalt-thérapeute. Forte de 20 années d’expérience, Nathalie a à cœur de transmettre aux professionnels de la périnatalité l’importance des neurosciences affectives dans l’accompagnement des femmes enceintes.

La cartographie URKIND© est un outil novateur qui fournit un support visuel et dynamique pour étudier plus efficacement l’état d’esprit, l’état physique ainsi que les facteurs environnementaux déterminants des femmes enceintes avant et après l’accouchement. »

La cartographie Urkind, utilisable sous sa forme papier ou téléchargeable sur tous supports permet :

  • Une valorisation du potentiel maternel 
  • Une transmission éthique des données confidentielles
  • Une visualisation globale et graphique des facteurs de vigilance

L’outil « Cartographie Urkind » ne remplace pas les dispositifs et les formations déjà mis en place sur le territoire, il actualise, harmonise et structure les Savoirs.

Nathalie Piquée a créé en 2015 Natal Formation pour transmettre son expérience et l’outil Urkind.

La pédagogie est basée sur :

  • les concepts gestaltistes (approche thérapeutique centrée sur l’interaction constante de l’être humain avec son environnement),
  • les neurosciences affectives (domaine interdisciplinaire associe les neurosciences à l’étude psychologique de la personnalité, des émotions et de l’humeur),
  • la maternologie (prise en compte des aspects psychiques de la maternité, de la naissance, et de la parentalité),
  • l’expérience clinique

à paraître : « La Gestalt-thérapie avec les enfants et leurs familles »

En janvier prochain paraîtra l’ouvrage suivant, sous la direction de Chantal Masquelier-Savatier, aux éditions InPress.

La Gestalt-thérapie avec les enfants et leurs familles

13 situations cliniques

Comment la gestalt-thérapie – focalisée sur l’interaction continuelle entre l’individu et son environnement – permet-elle d’aider les enfants et leur famille ?

Six gestalt-thérapeutes partagent leur expérience et leur questionnement dans l’accompagnement des enfants. La description minutieuse du processus en cours dans treize situations cliniques illustre la démarche gestaltiste focalisée sur l’interaction continuelle entre l’individu et son environnement. Ainsi, il ne s’agit pas de s’occuper du seul enfant, mais de prendre en compte le contexte, en particulier les parents et la fratrie.           

S’appuyant sur les ressources de la famille pour mettre en mouvement les formes figées et sortir des ornières répétitives, le praticien s’engage dans une co-construction. Les tressaillements et trébuchements qui surgissent au fil de l’aventure ouvrent une perspective inattendue en résonance avec l’évolution de la place de l’enfant dans la société contemporaine.

LES AUTEURS :  Gaëlle Abeille, Brigitte Baronetto, Muriel Beauviala, Laure Le Grix de la Salle, Dominique Quinternet.

à paraître le 20 janvier 2021 aux éditions InPress

200 pages, 14 euros

SFAP : lancement formations courtes en distanciel

Toujours mobilisée à diffuser l’information sur le travail énorme et de qualité que fait la SFAP, Société Française d’Accompagnement et de Soins Palliatifs.

La SFAP a le plaisir d’annoncer le lancement de nouvelles formations intégralement en ligne.

Ce format court (2h) sur un thème précis et spécifique permet de se former sans contrainte de déplacement, et au tarif de lancement de 20 €/web-séminaire (inscription individuelle uniquement).

Suivi, après chaque web séminaire, d’une documentation courte (diaporama, ou une sélection de résumés/articles).

* 1er Web-séminaire le 9 novembre 2020 avecAugustin BOULANGER : Juriste, membre du Conseil Scientifique de la SFAP – « Droits du malade au quotidien : pièges et contresens« 

* 2ème Web-séminaire le 10 décembre avecEvelyne MALAQUIN-PAVAN : infirmière spécialiste clinique – « Prévenir les douleurs induites dans les soins« 

* 3ème Web-Séminaire le 21 janvier 2021 avecJean-Marie GOMAS, médecin de la douleur et de soins palliatifs – « Sédation / euthanasie, comment ne plus confondre« .

Société Française d’Accompagnement et de Soins Palliatifs – SFAP

« Sexualité(s) et hypermodernité », 5è colloque de la SFPI, novembre 2020, Paris

Si la thématique de ce colloque et ses intervenants dont Alberto Eiguer le rendent intéressant, reste à noter que – comme souvent – il y a confusion et glissement de sens de la pensée de Freud quant au terme de « sexualité », qui ici semble être utilisé en lieu et place de « génitalité ». Rappelons que pour Freud, le sexuel est irréductible au génital, comme le psychisme est irréductible au conscient.

Sexualité(s) et hypermodernité. Réflexions sur l’amour, le désir et l’intimité au XXI siècle

samedi 28 novembre 2020

Maison « Adèle Picot », 39 rue Notre-Dame des Champs – 75006 Paris

La question de la sexualité constitue l’alpha et l’oméga de la pensée de Freud. Freud a découvert très tôt que la libido était au cœur de toute vie psychique. De ce fait, on lui adresse de nombreux reproches aujourd’hui, notamment l’hypersexualisation. Certes, Freud dit bien que la sexualité infantile est à l’origine de la formation de l’inconscient; selon lui, l’enfant étant incapable de symboliser et de métaboliser les messages qui lui parviennent de l’univers sexuel adulte refoule ses pulsions. Ces forces refoulées sont confrontées aux tabous et aux interdits et génèrent des névroses. Plus récemment, l’Ecole anglaise et Lacan en France se sont appropriés ces bases de la pensée freudienne pour requestionner le sexuel.

La vision de Freud et de certains de ces successeurs reste néanmoins marquée par une époque : celle de la société du XIX siècle et de la première moitié du XXème siècle. Or, l’évolution sociale – notamment via l’assouplissement des interdits et des tabous mais aussi la mise en avant du diktat de l’épanouissement personnel – a entraîné nombre de mutations psychiques et une évolution notable dans les pathologies.

Aujourd’hui, nous psychanalystes intégratifs du XXI ième siècle  – sommes confrontés dans notre pratique à une augmentation des états-limites. Pour cette catégorie de patients, la frustration et les interdits sont difficiles à supporter. De ce fait, ils privilégient l’agir voire le passage à l’acte. Le pulsionnel n’est ni pensé, ni élaboré mais agi, la décharge pulsionnelle signe un retour massif du refoulé. Pour les états-limites, il est plus facile de faire que de dire.

En parallèle – dans notre société hypermoderne – l’hyperchoix, l’hyperconnectivité, la poussée de l’individualisme, le déclin des religions et des idéologies – ont des conséquences importantes sur la relation à la sexualité et bouleversent la conception de l’amour, du désir et de l’intimité : accès précoce à la pornographie, addictions au sexe, relations construites sur un modèle économique néolibéral, revendications de liberté, polyamour, affirmation du genre et besoin d’être aimé traversent notre société hypermoderne, et interrogent les relations narcissiques et objectales.

Faut-il encore parler de sexualité au singulier ? Quelle place pour la sexualité dans notre société hypermoderne marquée par l’hyperpulsionnel et les aspirations sans limites ? Quelles incidences sur la conception de l’amour, la place du désir et le rapport à l’intimité ? Comment l’exposition de et à la sexualité transforme t-elle pratiques et fantasmes ? Quel regard porter en tant que psychanalyste intégratif  sur ces questions et ces évolutions ?

La SFPI, fidèle à sa philosophie intégrative, invite des spécialistes de sciences humaines de sensibilité différente pour élargir la réflexion sur ces questionnements dans notre pratique, ses référents théoriques et ses dispositifs spécifiques tant en approche individuelle que groupale.

Inscriptions : SFPI

« L’institution de la liberté » par Muriel Fabre-Magnan

Ouvrage paru en octobre 2018, il mérite notre attention et intérêt, et aussi (mais pas que) dans le contexte actuel. Extrêmement documenté, infiniment pédagogique et accessible, terriblement dense et enrichissant …

Un extrait, juste pour le plaisir de savourer et mettre en appétit :

« La liberté entendue comme un droit général à l’autodétermination, càd. comme faculté de faire des choix et de mener sa vie comme on l’entend, recèle ainsi de nombreux pièges dans lesquels la Cour (européenne des droits de l’homme) se laisse prendre. (…) (elle) s’y engouffre , et se laisse enfermer dans l’idée que la liberté comme autonomie personnelle aurait pour seule définition et pour seule exigence la libre expression de ses choix par la personne, et donc pour seul critère le consentement de celle-ci. (…) L’équation consentement = liberté est cependant, en droit, un peu courte. »

Bonne lecture !

 » L’interdit est-il l’ennemi de la liberté ? Celle-ci est-elle toujours du côté du permis ? Cet ouvrage montre que la réponse à ces questions n’est pas si simple. Le consentement et le contrat ne suffisent pas à garantir la liberté, et ils en sont même parfois les fossoyeurs ; à l’inverse, l’interdit ou la dignité n’en sont pas toujours les ennemis.
La simple non-ingérence de l’État ne suffit en réalité pas pour assurer l’autonomie des personnes et le pluralisme des choix de vie. Le droit a alors un rôle à jouer pour soutenir la liberté, entendue comme le projet et le processus d’émancipation de tous et de chacun. La liberté des modernes et les droits de l’homme doivent être défendus. Mais conforter les acquis de la liberté individuelle suppose de s’intéresser à ce dont elle a besoin pour être instituée, et ce afin d’éviter qu’elle ne se délite ou ne se retourne contre les plus faibles. La liberté ne peut pas être la liberté de détruire ce qui protège et garantit la liberté. « 

Professeure de droit à l’université Paris 1 (Panthéon-Sorbonne), Muriel Fabre-Magnan est l’auteur de nombreux ouvrages, principalement aux Puf, d’introduction générale au droit, de droit des contrats ou encore de droit de la responsabilité civile.

« Troubles de l’attention : des chiffres très au-dessus de la réalité », Libération

Traitements et écrans pour « élever » les générations à venir ? Le développement psycho-affectif requiert aussi, permettons-nous de le rappeler, de l’autre, présent dans l’interaction.

Troubles de l’attention : des chiffres très au-dessus de la réalité

Par Eric Favereau, 6 octobre 2020, original paru dans Libération : ici.

Photo Paul Charles. Getty Images

Une étude publiée par un chercheur de l’université de Rouen-Normandie, à partir des bases de données de l’assurance maladie, indique que les enfants atteints de TDAH sont 17 fois moins nombreux que ne le disent les discours officiels.

Ce sont souvent des garçons. Ils s’agitent, ne restent pas en place. Ce sont des enfants qui ont de grandes difficultés à se concentrer, et au finale leur excitation va parasiter, soit l’environnement familial, soit leur école. Ces enfants seraient atteints de troubles de déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) selon la classification psychiatrique américaine.
Aux Etats-Unis, c’est la grande mode. Cette supposée pathologie a rencontré un succès inédit depuis dix ans, aboutissant au fait que près d’un enfant sur dix en serait atteint. Et corollaire, les dits enfants peuvent être traités par un médicament, la Ritaline, qui est une amphétamine.

Seulement 0,3% des enfants Français sont concernés

«Le danger est évidemment la surconsommation, nous disait récemment le professeur Bruno Falissard, qui dirige un important laboratoire de recherche à la Maison de Solenn. Depuis des années, la prescription de Ritaline augmente en France, et on va arriver non pas au niveau américain, mais à un niveau sûrement trop élevé.» Et ce pédopsychiatre de noter : «Il est dommage que les études de prévalence [mesure de l’état de santé d’une population à un instant donné, ndlr] ne soient pas très fines. Elles parlent d’un taux entre 3,5 % et 5,6 % d’enfants atteints. Cela me semble très exagéré.»

D’où le grand intérêt de l’étude que vient de publier Sébastien Ponnou, psychanalyste et maître de conférences à l’université de Rouen-Normandie. Notre chercheur a voulu y voir plus clair dans cette mode de la TDAH. Il a travaillé sur la base de données de l’assurance de maladie, où il a collecté non seulement les prescriptions de médicaments (en l’occurrence la Ritaline), mais aussi sur les diagnostics établis par les médecins. Ses résultats sont impressionnants, car ils cassent le cliché qui voudrait que l’on est face à une sorte épidémie de TDAH, et que les petits Français suivent la même courbe que leurs amis américains. De fait, il n’en serait rien. «D’après notre étude, la prévalence de l’hyperactivité /TDAH en France peut être estimée à 0,3% des enfants d’âge scolaire, avec 0,2% pour la prescription de psychostimulants, explique Sébastien Ponnou. Ces données sont particulièrement robustes car elles se basent sur la réalité des pratiques cliniques et sur les prescriptions des médecins auprès de l’ensemble de la population.»

Conflits d’intérêts avec l’industrie pharmaceutique

Cette faible prévalence est une révélation. Elle fragilise la position de ceux qui affirment que le taux serait de près de 4%, et qui veulent médicaliser tous les troubles de l’enfance. «Ceux qui pensent que l’on est à 4% au moins de TDAH se trompent, analyse l’universitaire. Ils se fondent sur des études qui sont scientifiquement contestables. Ce sont des enquêtes téléphoniques déléguées à des opérateurs non spécialistes. Là, je montre que les résultats de leurs études sont 17 fois supérieurs à la réalité.»

Pour expliquer ces différences gigantesques, il faut, selon Sébastien Ponnou, aller piocher dans le panier des conflits d’intérêts avec l’industrie pharmaceutique. Il se montre sur ce point catégorique : «L’implication de l’industrie pharmaceutique dans les pratiques et les politiques de soin autour de la TDAH est souvent évoquée mais rarement démontrée. Nos travaux sur la prévalence, le diagnostic et le traitement de l’hyperactivité -TDAH en France d’une part nous permettent de documenter des conflits d’intérêts importants.» Il évoque des données à paraître prochainement confirmant ces conflits d’intérêts, pointant des liens d’argent entre les différentes associations qui promeuvent ce type de diagnostic, mais aussi avec les chercheurs. «Ces pratiques sont dommageables car elles orientent les représentations du grand public, les demandes, mais aussi les pratiques. Elles induisent surtout un risque de surmédication et de surdiagnostic des enfants, et empêchent des pratiques alternatives aux seules approches biomédicales.»

Sébastien Ponnou a sûrement raison. Mais il a lui aussi des liens d’intérêts, en particulier avec le monde de la psychanalyse, très opposé au modèle biomédical pour prendre en charge ce type de symptômes.«Pour les psychothérapeutes, le TDAH provient surtout du lien avec l’entourage. Or ce n’est pas toujours vrai, fait remarquer le professeur Falissard. Certains enfants sont comme ça, c’est leur nature, même si d’autres fois, c’est vrai, cette hyperactivité peut être renforcée par le milieu.»

En d’autres termes, s’il y a à l’évidence beaucoup moins d’enfants agités qu’on ne le dit, le débat sur les causes est loin d’être clos. Mais dans tous les cas il n’y a pas forcément nécessité à leur donner un traitement à base de médicaments qui peuvent se révéler dangereux.

Eric Favereau

« Génération écrans, génération malade ? »

Un documentaire bien intéressant, qui ne démarre pas sur un parti pris du « pour » ou « contre », et qui apporte des éléments d’études récents bien riches. Si la porte d’entrée, comme souvent sur arte, reste le ‘scientifique’, nous rajouterons donc et pour compléter qu’une des bases du développement psycho-affectif reste, encore et toujours, l’interaction à de l’autre, humain. Bref… En tous cas, comme toujours, l’outil, lui est ; ce que nous choisissons d’en faire, c’est de notre ressort et liberté. Oui, oui.

Omniprésents dans le quotidien, les écrans représentent un défi inédit pour le cerveau, surtout chez les enfants et les adolescents. Faut-il en avoir peur ? Tour d’horizon des dernières découvertes scientifiques en la matière, avec le témoignages de spécialistes en neurosciences et addictologie, de médecins psychiatres comme Serge Tisseron, mais aussi de jeunes ados « gamers ». 

Avant d’avoir l’âge d’entrer à l’école, en Chine comme en Occident, un enfant passerait jusqu’à six heures par jour devant un écran. En consultation, les pédiatres remarquent chez les tout-petits exposés à la télévision, au smartphone ou encore à la tablette des troubles du comportement et de l’apprentissage tels une intolérance à la frustration et un rejet des limites, mais aussi un retard de langage. À l’adolescence, période clé pour le développement du cerveau, les pratiques numériques se multiplient avec l’utilisation massive des réseaux sociaux et des jeux vidéo. Outre la mécanique des applis qui stimulent notre circuit de la récompense pour nous rendre dépendants, les médecins dénoncent aussi l’augmentation de l’addiction aux jeux vidéo, une maladie reconnue depuis 2018 par l’Organisation mondiale de la santé. En Chine, un des pays les plus touchés par le phénomène, les parents sont nombreux à envoyer leurs enfants dans des centres de désintoxication spécialisés qui « soignent » à coups d’entraînements militaires et de séances de méditation cette « pathologie » assimilée à une déviance.

Défiance générale
Il faut en moyenne vingt ans de recherche scientifique pour démontrer l’effet d’un nouveau facteur sur le corps humain. Des éléments inquiétants commencent à apparaître, mais l’exposition aux écrans date d’environ dix ans chez les enfants et les adolescents. Les chercheurs multiplient cependant les études pour en comprendre les répercussions, comme cette expérience réalisée à l’hôpital des enfants de Seattle, qui met en évidence des troubles du comportement (impulsivité, difficultés de concentration) chez des souriceaux exposés intensément à des programmes animés. Mais en Californie, une étude suggère qu’à petites doses, les jeux vidéo permettraient d’améliorer les capacités cognitives. Dans le contexte de défiance générale face aux écrans, Raphaël Hitier dresse un panorama éclairant, et nuancé, des dernières avancées scientifiques, nourri de témoignages de spécialistes en neurosciences et addictologie, de médecins psychiatres comme le Français Serge Tisseron, mais aussi de jeunes ados gamers.

  • Réalisation : Raphaël Hitier
  • Pays : France
  • Année : 2020
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