Etienne Klein: «La nuance demande un temps que plus personne n’a»

Un entretien qui pose, invite à la simplicité et une forme de joie ; apaisant. A lire.

Entretien par Célia Héron paru dans Le Temps le 16 avril 2021, original ici.

Etienne Klein: «La nuance demande un temps que plus personne n’a»

A la véhémence de ceux qui ont un avis sur tout, en particulier sur la pandémie et sa gestion, le philosophe des sciences Etienne Klein oppose l’importance du contexte et de la pédagogie

Décrire et analyser le manque d’humilité de l’époque sans passer soi-même pour présomptueux n’est pas chose aisée. En ce domaine, Etienne Klein, physicien et philosophe des sciences, directeur de recherche au Commissariat à l’énergie atomique et vulgarisateur scientifique de renom, excelle. Les pieds sur terre et la tête dans les sommets de Chamonix («Autant vous dire qu’en montagne, les gens font une autre tête qu’en ville en ce moment!»), le Français épris d’alpinisme et de nuance vient de publier Idées de génies chez Flammarion. Y sont abordés ses thèmes de prédilection: le temps, la vérité, la notion de causalité et l’importance du contexte en toute chose. Il offre au Temps son regard sur les douze derniers mois, et sur ce que notre désir de «clash» dit de notre société.

Le Temps: Quel est le rôle d’un philosophe des sciences dans la période que nous traversons actuellement?

Etienne Klein: Si vous m’aviez posé la question avant la pandémie, je vous aurais dit que le philosophe des sciences tente de définir ce que sont les sciences, d’identifier ce qui les démarque des autres démarches de connaissance, de repérer les implications philosophiques des découvertes scientifiques, etc. En ce qui me concerne, je me plais à poser des questions naïves. Constatant que les philosophes parlent du temps, que les physiciens en parlent aussi, je me demande: parlent-ils de la même chose? Si la réponse est non, pourquoi utilise-t-on le même mot? Si la réponse est oui, disent-ils les mêmes choses à propos du temps? Mais la pandémie a quelque peu changé la donne à mes yeux…  

Pourquoi?

J’ai été perturbé par la mise en scène de la science et de la recherche scientifique dans certains médias. Une opportunité quasi historique nous était, là, donnée d’expliquer au grand public, en temps réel, jour après jour, la méthodologie scientifique: ses tâtonnements, ses avancées, ses multiples biais, ses succès, mais aussi en quoi consistent un effet placebo, un bon usage des statistiques, la différence entre une corrélation et une relation de cause à effet… Au lieu de la saisir, certains ont préféré mettre en scène une interminable foire d’empoigne entre ego ayant souvent atteint une certaine surdimension. Je crains qu’une partie du public se soit ainsi laissé abuser, et considère désormais que la science est une simple affaire d’opinions qui s’affrontent sans jamais converger.

Je le crains d’autant plus qu’aujourd’hui, la tendance à avoir un avis non éclairé sur tout, et à le répandre largement, semble gagner en puissance grâce aux réseaux sociaux. Dans son sillage, elle distille l’idée que la science ne relève que d’une croyance parmi d’autres. Elle serait en somme une sorte d’Eglise émettant des publications comme les papes des bulles, que les non-croyants ont tout loisir non seulement de contester, mais aussi de mitrailler de commentaires à l’emporte-pièce. Ce spectacle m’a poussé à intervenir publiquement. J’ai écrit un petit essai: Le Goût du vrai. Il ne contient que des banalités, mais par les temps qui courent, les idées plates prennent un certain relief…

Cette mise en scène du discours scientifique a-t-elle, selon vous, évolué sur les douze derniers mois?

Oui, et c’est ce qui me rend optimiste. L’arrogance des uns et des autres a progressivement baissé d’un ton. C’est la manifestation de l’effet dit «Dunning-Kruger», qui s’articule en un double paradoxe: d’une part, pour mesurer son incompétence, il faut être… compétent, d’autre part, l’ignorance rend plus sûr de soi que la connaissance. Durant la pandémie, nous avons vu se déployer en temps réel la dynamique typique de cet effet: à mesure que nous nous sommes informés, nous avons fini par comprendre que l’affaire était plus complexe que nous ne l’avions soupçonné. Aujourd’hui, (presque) tout le monde a saisi que cette pandémie est une affaire diablement compliquée. Du coup, l’arrogance se porte un peu moins bien qu’il y a quelques mois, sauf dans les réseaux spécialement dessinés pour lui prêter main-forte.

La science semble à la fois connaître un âge d’or et une défiance historiques. Comment l’expliquez-vous?

Nombreux sont ceux, en effet, qui doutent de la parole des scientifiques, d’autant que ces derniers se sont souvent contredits. Mais il me semble que nous commençons à pressentir qu’à la fin, c’est la recherche qui aura le dernier mot. Du moins est-il permis de l’espérer. En effet, c’est seulement grâce à elle qu’on finit par savoir ce qu’il en est de telle ou telle question qui avait provoqué, par excès d’impatience, des controverses aussi intenses que stériles. Songeons aux vaccins, qui pourraient bien nous tirer d’affaire, bien plus en tout cas que tel ou tel médicament promu un temps de façon inconsidérée. On n’a guère entendu dans les médias les chercheurs qui, au prix d’un dur labeur, les ont conçus et mis au point. Signe, sans doute, que compétence et expertise s’accommodent aisément de la discrétion…

Nombreux sont ceux qui doutent de la parole des scientifiques, d’autant que ces derniers se sont souvent contredits. Mais il me semble que nous commençons à pressentir qu’à la fin, c’est la recherche qui aura le dernier mot.

Dans quelle mesure cette confusion sème-t-elle le trouble au sujet de la notion même de vérité?

Le trouble est énorme! Car on a confondu les sciences et la recherche scientifique, qui sont à la fois proches et très différentes. Les sciences représentent des corpus de connaissances, qu’il n’y a pas lieu – jusqu’à nouvel ordre! – de remettre en cause: la Terre est ronde plutôt que plate, l’atome existe bel et bien, l’univers observable est en expansion, les espèces animales évoluent, etc. Mais ces connaissances, par leur incomplétude même, posent des questions dont nous ne connaissons pas encore les bonnes réponses: d’où vient que l’antimatière qui était présente dans l’univers primordial a disparu au sein de l’univers actuel? Existe-t-il une vie extraterrestre? Quelle sera la température moyenne en 2100? Répondre à de telles questions dont les réponses ne sont pas connues des scientifiques, c’est le but de la recherche. Par nature, celle-ci a donc à voir avec le doute, tandis que les sciences sont constituées d’acquis difficiles à remettre en cause sans arguments extrêmement solides.

Mais lorsque cette distinction n’est pas faite – comme ce fut trop souvent le cas ces derniers mois –, l’image des sciences, abusivement confondues avec la recherche, se brouille et se dégrade: on en vient à dire que «la science, c’est le doute». Ah bon? On pourrait douter de la rotondité de la Terre? De l’existence de l’atome? Dans un tel climat, chacun se sent autorisé à utiliser son bon sens et son «ressenti» pour dire ce qu’il convient de penser de tel ou tel enjeu scientifique… Cela engendre une assez jolie cacophonie. Mais la nuance demande un temps que plus personne n’a.

Quelle est, là-dedans, la responsabilité des médias?

Il serait trop facile d’en faire des boucs émissaires, d’autant qu’ils n’ont pas tous pratiqué la même politique. Je ne rappellerai qu’une chose: un chercheur est quelqu’un qui sait dire ce qui est su, et ce qui n’est pas su. Mais en période de pandémie, notre hâte de savoir crée une demande de conclusions, de certitudes, que les chercheurs ne peuvent pas satisfaire – puisque, précisément, ils les cherchent…

Est-ce qu’après un an de crise sur plusieurs plans, chacun sort simplement conforté dans ses convictions politiques et idéologiques?

Pendant les tout premiers mois de la pandémie, les postures du «monde d’avant» avaient tendance à se radicaliser. Chaque courant de pensée la commentait en expliquant que cet avènement d’une sorte de «pire» lui donnait clairement raison, puis l’utilisait comme prétexte pour prétendre que le monde devait changer, mais sans faire apparaître d’idées véritablement neuves. Du coup, les écologistes se disaient encore plus écologistes, les nationalistes encore plus nationalistes, les socialistes encore plus socialistes, les libéraux encore plus libéraux, les collapsologues encore plus catastrophistes, etc.

Tous affirmaient en somme que cette crise, qu’aucun pourtant n’avait prévue, venait conforter leurs convictions antérieures, et même démontrer empiriquement leur justesse. Mais ne soyons pas bégueules. Il se pourrait bien que le petit coronavirus, parce qu’il est parvenu à lui tout seul à faire bifurquer le destin planétaire, nous donne pour de bon l’occasion d’échapper à ces apparentes fatalités. Lui a sans doute les moyens de changer le monde de façon vraiment irréversible, d’autant que nul d’entre nous ne se sentait vraiment à l’aise avec le «monde d’avant». Ce constat n’implique toutefois pas que nous serons à l’aise dans le «monde d’après», mais il invite au moins à tenter d’aller voir ce qui s’y dessine.

Vous avez beaucoup travaillé sur le temps, qui semble à la fois distendu et contracté depuis un an. En quoi la notion du temps a-t-elle été bouleversée par la pandémie, et pourquoi?

Durant le confinement imposé par la pandémie, l’interruption brutale de la plupart de nos routines a modifié notre perception du monde et de son rythme d’évolution. En temps ordinaire, nous nous sentons constamment décalés par rapport à je ne sais quelle dynamique vraie qu’aurait en propre la réalité: nous avons toujours l’impression de manquer quelque chose de la course que le monde fait avec lui-même, de stagner dans un retard à la fois culpabilisateur et impossible à combler. Mais pendant la pause à grande échelle que nous avons vécue, nous sommes en quelque sorte devenus «synchrones» avec le monde. Pour une fois, il ne nous devançait pas. L’histoire s’était apparemment mise en hibernation.

Le confinement nous a ainsi offert la possibilité de rebattre les cartes en matière de dynamique existentielle. Il serait intéressant d’observer si, en cette période de réclusion quasi générale, ceux qui avaient auparavant les vies les plus trépidantes se sont plus ennuyés que ceux dont les existences étaient plus tranquilles. Ou si, au contraire, ils ont apprécié l’occasion qui leur a été donnée là de creuser à l’intérieur d’eux-mêmes, de découvrir leur rythme propre, de pratiquer une sorte d’«alpinisme de l’âme». Cela permettrait de savoir ce qui détermine les cadences de nos vies en temps normal: est-ce seulement une affaire de tempérament individuel? Ou plutôt de circonstances et d’obligations qui nous pousseraient à épouser malgré nous de faux rythmes?

La pandémie a encore accentué la donne: nous croulons aujourd’hui sous les informations contradictoires. Comment «faire société» dans un tel contexte?

La réponse est rendue difficile par la numérisation: dès lors qu’il est connecté, l’individu peut désormais façonner son propre accès au monde depuis son smartphone et, en retour, être façonné par les contenus qu’il reçoit en permanence par les réseaux sociaux. Il bâtit une sorte de monde sur mesure, de «chez-soi idéologique», en choisissant les communautés qui lui correspondent le mieux. Certaines des communautés susceptibles de lui convenir peuvent même lui être proposées, voire imposées, par des algorithmes d’intelligence artificielle, ce qui peut l’influencer jusque dans ses croyances les plus profondes par le biais des interactions numériques. Se mettent ainsi en place ce que Tocqueville appelait des «petites sociétés», ayant des convictions et des pensées très homogènes, chacune choisissant sa cause: ces sortes de clans ne sont nullement des lieux de réflexions ou de débats contradictoires comme les salons du XVIIIe siècle, mais les chambres d’écho des pensées collectives de groupes particuliers.

Dès lors, il ne semble plus nécessaire que les citoyens s’accordent par un «contrat social», au sens de Jean-Jacques Rousseau, ni même sur les fondements de la coexistence commune. Ni qu’ils s’approprient les valeurs et les idéaux qu’incarnent les institutions républicaines, dès lors que d’autres valeurs peuvent régir leur communauté numérique. Se met ainsi en place une individualisation du contrat social, c’est-à-dire une sorte de primauté du soi connecté ou de la communauté virtuelle sur l’ordre politique, si bien que le subjectif et le spontané en viennent à l’emporter sur le social.

Quel lien faites-vous entre la montagne et la philosophie?

Pas de lien direct, mais je me souviens d’un article de philosophie faisant état d’une corrélation entre le genre de paysage que l’on aime et le type de philosophie vers lequel on se sent porté. L’auteur constatait que les amateurs d’alpages, qui apprécient les formes douces et arrondies, étaient plutôt nietzschéens. A l’opposé, ceux qui aiment les arêtes effilées, se plaisent dans les espaces minéraux de la haute montagne, sans aucune végétation, seraient plutôt kantiens: eux s’inscrivent dans une exigence de pureté conceptuelle analogue à celle qu’Emmanuel Kant développe dans Critique de la raison pure. Reste que, l’âge venant, les kantiens peuvent verser peu à peu dans la pente d’un certain nietzschéisme. Souvenez-vous des dernières lignes des Conquérants de l’inutile de Lionel Terray: «Si vraiment aucune pierre, aucun sérac, aucune crevasse ne m’attend quelque part dans le monde pour arrêter ma course, un jour viendra, où, vieux et las, je saurai trouver la paix parmi les animaux et les fleurs»…


Questionnaire de Proust

Un sujet sur lequel vous avez récemment changé d’avis? La plage. Finalement, c’est pas mal.

Ce que vous vous dites en regardant les étoiles? Il y en a tellement que je me demande comment le ciel nocturne peut être si noir. Mais j’ai la réponse!

Votre randonnée préférée? Courmayeur-Chamonix, en passant par Champex.

Dans une machine à voyager dans le temps, vous iriez où? Au conseil Solvay de 1927 à Bruxelles, pour écouter Einstein et Bohr se disputant à propos de la mécanique quantique.

Un remède à la mélancolie? La mélancolie elle-même. Elle finit vite par me lasser.

Vous écoutez quoi, en ce moment? Quelque chose des (ou sur) les Rolling Stones.

Votre dernier cauchemar? Je randonnais dans la Beauce. Pas la moindre montée…

Un plaisir coupable? Un bon verre de rhum. Mais est-ce coupable?

Complétez l’expression «heureux comme…» Une particule dans sa couche de masse.

«Le monde d’après», avec ou sans guillemets? Avec.


Profil

1er avril 1958 Naissance à Paris.

1979 Lecture d’A la recherche du réel de Bernard d’Espagnat, qui explique les implications philosophiques de la physique quantique.

1990 Ascension de l’aiguille Verte.

1991 Publication de Conversations avec le sphinx.

1994 et 1999 Naissances de Paul et Jules, ses deux fils.

2020 Publie Le Goût du vrai chez Tracts Gallimard.

2021 Publication avec Gautier Depambour d‘Idées de génie, 33 textes qui ont bousculé la physique.

Plateforme TND : communiqué du SNP

Le SNP Syndicat National des Psychologues dont je suis membre adhérent, s’inquiète dans le communiqué ci-dessous d’une forme d’orientation dogmatique que prennent les instances d’Etat sur les « TND : troubles du neuro-développement » avec des propositions de parcours de bilan et d’intervention très techniques et technicisés, laissant de côté l’humain, le sujet, la subjectivité, le relationnel, les interventions multi-approches en complémentarité, les approches globales, … . Ces choix dogmatiques ont des conséquences qui sont déjà lourdes – lire pex. ci-dessous, en CMPP. Pour les psychologues libéraux dont je suis, le risque est que l’avenir de notre profession se dessine comme des techniciens et exécutants para-médicaux et administratifs sous l’ordre des caisses et mutuelles – ce qui pose de nouveau la question des dogmes et l’uniformisation sociétale et civilisationnelle d’une certaine vision de l’être humain -, et des suppléants sommés à pallier à et prendre en charge ce qui relève et est la conséquence, depuis de longues années, d’un manque d’investissement en moyens humains et financiers dans la psychiatrie et l’hôpital public français.

Original ici publié le 22 mars 2021. Lire aussi ici les recommendations de la HAS sur les TND publiés en mars 2021.

Plateforme TND : le SNP ne peut pas cautionner !

Depuis 2019, nous avons participé aux travaux auprès de Mme Delphine Corlay, Conseillère spéciale de la Délégation Autisme TND, au sujet des parcours de bilan et intervention précoce des enfants de moins de 7 ans présentant des troubles du neuro- développement. Nous avons régulièrement fait part de nos différends et des positionnements qui pour nous, constituent le cadre de travail nécessaire à la fois pour les usagers et les psychologues. Nous restons sensibles à l’intérêt qui est porté à notre profession et surtout à la reconnaissance des soins qu’apporte une prise en charge psychologique. Néanmoins, plusieurs points ne nous semblent pas réunis pour que cela soit en accord avec la profession et nous permettent de soutenir le projet du forfait TND.

Le Syndicat national des psychologues est défavorable à la prescription médicale et à l’absence de pluralité des approches, c’est une réelle incohérence avec l’autonomie technique et professionnelle du psychologue et verrouille complètement la possibilité du psychologue à s’ajuster au plus proche des besoins de l’enfant. Cela va à l’encontre de nos engagements déontologiques et interprofessionnels.

Nous regrettons le refus de l’ajout de l’expression « notamment » à l’article 2 « Notamment, elles s’appuient sur des thérapies cognitivo-comportementales, de la remédiation neuropsychologique et cognitive et de la psychoéducation ». Par ce refus, est formulé très clairement le souhait de fermeture et une utilisation exclusive des approches cognitives et comportementales. Ce positionnement est difficilement compréhensible. La clinique rappelle en permanence la complexité humaine et son besoin de nuance sur l’état actuel des connaissances et plus particulièrement dans le domaine des sciences humaines et sociales. Les recommandations de la HAS (qui, nous le rappelons, ne sont que des recommandations), ne concernent ni le retard global de développement, ni le trouble du développement intellectuel, ni autres troubles hors autisme. Il nous apparait ainsi un abus de position dominante que notre syndicat ne peut soutenir au plan des pratiques du psychologue et du savoir scientifique. Il est toujours nécessaire d’ouvrir plus que de fermer, protéger n’est pas normaliser. Nous avons face à nous d’abord des enfants, dont on se doit d’être à l’écoute du développement psycho-affectif et cognitif en premier lieu. L’approche globale est une position éthique.

Le SNP a toujours soutenu l’ensemble des approches de la psychologie et la diversité des professionnels que nous représentons. Le syndicat défend la pluralité des approches pratiques en psychologie : psychologie cognitive et comportementale, neuropsychologie, psychologie du développement, psychologie clinique et psychopathologique….  L’arrêté induit un profond clivage entre les diverses approches psychothérapeutiques. Nous ne pouvons soutenir cela davantage auprès des psychologues de notre syndicat qui ont le souhait de la complémentarité, d’autant que cet arrêté s’intéresse à un ensemble de troubles qui est plus large que l’autisme.

Enfin, c’est aux parents et usagers de garder la liberté du choix des soignants et des méthodes pouvant aller de manière non exhaustive de la psychodynamique, en passant par la psychologie du développement ou encore des thérapies cognitives et comportementales. Il est ici nécessaire que le principe du libre choix, reste un principe fondamental, rappelé par la loi du 4 mars 2002 relative au droit des malades et à la qualité du système de santé et codifié à l’article L. 1110-8 du code de la santé publique : « Le droit du malade au libre choix de son praticien et de son établissement de santé est un principe fondamental de la législation sanitaire. »

Le SNP est défavorable à la prescription médicale et nous demandons une orientation vers un binôme entre les psychologues et médecins dans les différents parcours de soin, tel que défendu par Frank Bellivier, Délégué ministériel à la santé mentale et à la psychiatrie  La prescription n’existe pas dans les établissements hospitaliers ou le secteur médico-social, du médecin vers le psychologue. Cela fait des années que dans ces secteurs, les psychologues travaillent sans prescription mais en collaboration avec les médecins. C’est un binôme qui a fait ses preuves.

Nous reconnaissons qu’un effort a été fait au niveau des tarifs mais nous ne pouvons pas renier notre éthique et le cadre de travail de notre profession.

Les psychologues ont les compétences pour décider des stratégies thérapeutiques à établir et à en prendre la responsabilité. Nous ne pouvons laisser se reproduire ce qui se passe pour les CMPP de la région Nouvelle Aquitaine : Dans une question écrite à l’Assemblée nationale, Brahim Hammouche, psychiatre, membre de la majorité, attire l’attention du ministre de la Santé sur   « l’évolution surprenante des missions du centre médico-psychopédagogique (CMPP) de la Nouvelle-Aquitaine, telles qu’elles figurent dans le cahier des charges qui a été rédigé récemment par l’Agence régionale de santé de la Nouvelle-Aquitaine  :

Ce cahier des charges pose ainsi un certain nombre de problèmes tant sur le fond que sur la forme. Il est regrettable en effet que les professionnels travaillant dans les CMPP n’aient a priori pas été consultés avant leur rédaction et que leur mise en œuvre ait été fixée dans des délais très courts.(…) Certaines interrogations demeurent par exemple quant à l’injonction qui est faite de ne plus prendre en charge certains enfants et leurs familles dont les pathologies du comportement et des troubles émotionnels ou névrotiques sont qualifiées de « légères ».(…) L’existence aussi d’une dichotomie entre les troubles du neuro-développement (TND) et les autres pathologies, assortie de surcroît de l’attribution de la plupart des moyens financiers aux TND, interpelle. Il est en effet précisé que la majorité des enfants qui seront suivis devront relever des TND. Aussi, on est en droit de s’interroger sur l’avenir de ceux qui ont également besoin d’une prise en charge au sein des CMPP et qui ne sont pas atteints par ces troubles. Qu’est-il prévu pour eux ? (…) Enfin, il est regrettable que ce cahier des charges oublie la dimension relationnelle de la clinique et aille même jusqu’à réduire les éléments psycho-pathologiques, particulièrement lors de troubles neuro-développementaux, à des facteurs annexes modulateurs. Cette orientation risque de ne pas reconnaître, à hauteur humaine, la souffrance dans laquelle sont plongés ces patients, alors qu’il est nécessaire d’assurer une prise en charge ouverte à des pratiques pluridisciplinaires intégratives des données scientifiques et des expériences de terrain, à la hauteur des enjeux et des besoins et à l’écoute de toutes les souffrances psychiques, sans restriction ni réduction ».

En l’absence d’un cadre de travail déontologique qui respecte l’autonomie technique des psychologues et favorise une collaboration féconde avec le corps médical, nous sommes contraints actuellement d’appeler officiellement et médiatiquement l’ensemble des psychologues à ne pas participer à ce dispositif en l’état.

Vient de paraître « Le prix du travail bien fait – La coopération conflictuelle dans les organisations » par Y.Clot et al.


Un ouvrage fort intéressant par une équipe qui prend toujours une porte d’entrée dont nous avons peu l’habitude , sur le monde du travail. Je recommande fortement, si ce sujet vous intéresse, de lire les pages d’introduction, accessibles en lecture gratuite (cf lien ici).

Le prix du travail bien fait
La coopération conflictuelle dans les organisations

Réhabiliter le conflit pour améliorer la qualité du travail. La proposition n’est contradictoire qu’en apparence. Yves Clot et ses collègues montrent, à partir de l’action, comment le conflit autour de la qualité du travail peut devenir une méthode de coopération dans les organisations : c’est à ce prix que le travail bien fait est possible. À ce prix aussi qu’une écologie du travail devient crédible.
On peut rendre sa souveraineté au travail contre tout ce qui mine la fierté de l’acte professionnel en l’écartant de la boucle de décision. Ce livre explique comment s’y essayer en instituant la coopération conflictuelle, entre salariés comme entre ces derniers et leur hiérarchie. C’est la qualité du travail qui rassemble. Dans un monde saturé de conflits, le conflit de critères autour de la qualité du travail n’a pourtant pas droit de cité, laissant le travail « ni fait ni à faire » nous abîmer et abîmer la planète.
Yves Clot et ses collègues, en s’appuyant sur le récit de trois longues expériences de travail collectif, dans un EHPAD, dans le service de la propreté d’une grande ville et dans une usine automobile, regardent ce conflit en face. Au passage, ce sont les frontières entre dirigeants et dirigés qui se trouvent redessinées.

Collection : Sciences humaines
Parution : 01/04/2021
ISBN : 9782348057854
Nb de pages : 228

Signature à la Librairie Sillages de Ploemeur (Morbihan)

Suite à la parution des 2 derniers ouvrages auxquels a collaboré ma collègue psychologue et gestalt-thérapeute Chantal Masquelier-Savatier, une rencontre et dédiace est prévue à la Librairie Sillages de Ploemeur (Morbihan), le samedi 29 mai 2021 de 15h à 18h. Vous y êtes bienvenus.

« Lorsqu’on manque de temps, on manque d’humanité »

Si ce manifeste parle de la situation au Canada, en France nous y sommes, également. Ouvertures de numéros verts et mises en place de remboursements pour un nombre (très) limité de séances sont des trompe-l’oeil ; bons pinceau et poudres de soleil ne suffisent pas à masquer la situation désastreuse depuis des années de la psychiatrie de secteur, et tenter d’ « annexer » les professionnels psys libéraux avec des propositions inacceptables tout autant pour eux que pour les consultants afin de pallier à un système au bord de l’asphyxie, non ! A lire et diffuser.

Publié le 30 mars 2021 par Radio Canada, original ici.

Manifeste de Nicolas Lévesque : « Lorsqu’on manque de temps, on manque d’humanité »

L’auteur, éditeur et psychologue Nicolas Lévesque_Photo : Radio-Canada / Hamza Abouelouafaa

« Moins on les soigne bien, plus les gens reviennent dans le système; plus on prend le temps de s’en occuper, moins ils reviendront l’engorger. » Ce qui semble une évidence pour Nicolas Lévesque ne l’est pas dans la réalité. Une enquête du Journal de Montréal démontre qu’il faut entre 6 et 24 mois d’attente pour consulter un psychologue ou un psychiatre au Québec, et ce n’est que la pointe de l’iceberg, selon Nicolas Lévesque, qui dénonce un système plein de failles. Pour mieux comprendre cette situation, l’auteur et psychologue suggère la lecture de l’ouvrage Manifeste d’un psychiatre outragé, d’Hervé Bokobza, et en profite pour rendre un hommage à ses idées révolutionnaires.

Pour écouter l’émission, cliquer ici : https://ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/plus-on-est-de-fous-plus-on-lit/segments/chronique/349353/nicolas-levesque-manifeste-psychiatre-herve-bokobza

Un extrait du manifeste de Nicolas Lévesque en hommage à Hervé Bokobza :

Au lieu de parler des fous, parlons avec les fous, disons non avec eux. La folie est aussi un problème de la relation, un rapport politique qui crie un grand non à l’intrusion et à l’appropriation.

Non aux assureurs de plus en plus intrusifs, aux programmes d’aide aux employés de plus en plus contrôlants et aux bureaucrates de la santé qui continuent d’attaquer le cadre thérapeutique chaque année avec plus de vigueur et de perversion; soigner, c’est d’abord créer et défendre un espace de liberté, d’affection, d’inventivité et de singularité pour y accueillir l’autre, son étrangeté, dans une vraie hospitalité.

Non à la fausse idée que les psys quittent le système public pour avoir de meilleurs salaires, parce que ce n’est pas la vraie raison; ils quittent parce qu’on contrôle abusivement leur espace de pratique, qu’on méprise leur approche, qu’on les empêche d’installer un cadre humanisant, souple, doux et créatif qui permet de soigner; ils fuient la violence gestionnaire. « On ne discute pas avec une machine » : soit on se soumet, soit on s’enfuit.

Non à l’exclusion du patient de ses propres soins; non à l’effacement de sa langue, de sa parole, de son histoire, de son droit à une présence et une constance, de son droit à un transfert.

Non au fantasme de soins uniformisés, quantifiables, mesurables.

Non à une clinique qui ne serait pas artisanale.

Non au délire bureautique : le dossier avant le patient, le plan de cours avant l’étudiant…

À lire :

Manifeste d’un psychiatre outragé, de Hervé Bokobza, Les éditions TAMAM (offert seulement à la libraire Le Port de tête ou à La Livrerie)
« Comment faciliter l’accès aux soins de santé mentale », Jean-Benoit Nadeau, L’actualité, 3 mars 2021

« Dire qu’on a arrêté de boire, c’est tendre involontairement un miroir à l’autre »

Pas toujours simple de ne pas / plus boire d’alcool. Moqueries plus ou moins agréables, sentiment à devoir se justifier face à des questions « qu’est-ce qui t’arrive », et nombre de fois où jus de fruits et eau sont carrément absents… Être sobre est bien plus subversif que je ne l’imaginais, écrit Claire Touzard. Son témoignage vaut le coup de s’y attarder.

Paru dans RTBF La Première le mardi 19 janvier 2021, original ici.

En France, on s’avoue rarement alcoolique. Quand on boit, on est festif, irrévérent, drôle. Français. Un jour pourtant, Claire arrête de boire. Elle prend conscience que cet alcool, prétendument bon vivant, est en vérité en train de ronger sa vie. Il noyaute ses journées, altère sa pensée, abîme ses relations. En retraçant son passé, elle découvre à quel point l’alcool a été le pilier de sa construction et de son personnage de femme. ‘Sans alcool’ est le journal de son sevrage. Son récit interroge, au-delà de son expérience. Pourquoi boire est-il une telle norme sociale ?

Claire Touzard est une journaliste française de 37 ans. Son livre Sans alcool, paru aux éditions Flammarion, raconte sa vie sans alcool, à partir du premier jour où elle a arrêté de boire. Cette sobriété lui a révélé beaucoup sur elle-même, mais aussi sur son entourage et sur notre culture en général.

C’est un récit personnel, mais avec une réelle dimension subversive et féministe. Alors qu’on lui a toujours vendu la sobriété comme le choix des cons et des culs bénis, elle réalise qu’on l’a sans doute flouée.

Le déclic

Cela faisait longtemps que Claire Touzard se disait qu’il y avait un problème, parce qu’elle buvait seule. Le déclic a eu lieu quand elle a rencontré son ami, qui ne buvait plus depuis deux ans et demi. Grâce à lui, elle s’est rendu compte qu’on pouvait être sobre et être heureux. Elle a eu peur aussi de le perdre. Cela fait maintenant un an et un mois qu’elle a arrêté l’alcool.

Son alcoolisme passait inaperçu auprès de son entourage, comme si elle n’avait pas le ‘profil’, comme si ça ne la concernait pas. L’alcoolisme social ou courant est accepté par tout le monde : on boit beaucoup, mais finalement un peu comme tout le monde : quand on sort, avec des amis, au dîner et parfois seul. En fait, on boit tout le temps, cela devient une habitude ou une sorte de médicament.

« On imagine toujours que l’alcoolique, c’est l’autre, c’est un peu le type qui est sans espoir au PMU du coin. Cela ne peut pas être nous. Moi, j’avançais un peu masquée, puisque je ne représente pas du tout la typologie de l’excès et de l’alcoolique tel qu’on se l’imagine. Donc, quelque part, on ne remettait pas en question mes excès, alors qu’ils étaient bien là. »

L’alcool omniprésent

Son sevrage n’a pas été trop difficile physiquement, malgré la sensation constante de manque, le fait d’y penser tout le temps. Ce qui a été le plus difficile, c’est comment le vivre socialement, comment vivre sans alcool en France. Tout rappelle l’alcool et son aspect convivial et festif : dans la rue, les médias,…

L’alcool est partout. Il clignote de sa joie de vivre exubérante.

« Quand on est sobre, on se rend compte qu’on est toujours obligé de refuser, de se justifier. Le plus compliqué est d’associer à l’alcool quelque chose de non festif pour nous. Parce qu’il est festif pour certains, mais quand on a des problèmes avec l’alcool, il ne l’est pas pour nous. Il faut dissocier et disséquer les choses pour s’en sortir. »

Les réactions de l’entourage

Il est aussi très difficile d’expliquer son abstinence à son entourage. Les réactions sont très diverses.

Dire qu’on a arrêté de boire, c’est tendre involontairement un miroir à l’autre. Ce que l’autre entend, ce n’est pas : j’ai arrêté de boire. C’est : toi, tu bois trop. Parce que tout le monde se pose des questions sur sa consommation, qu’il le cache ou non, observe Claire Touzard.

Si vous arrêtez de boire, vous remettez en question cet alcool festif, derrière lequel on se cache. Et là, cela pose problème. Tout à coup, on se dit : peut-être que l’alcool n’est pas aussi positif que cela, et les gens n’ont pas envie de l’entendre.

C’est assez fou que ce soit presque considéré comme liberticide d’être sobre. Alors que c’est une liberté. On a le droit d’être sobre. C’est comme si on n’en avait pas le droit parce que c’est être trouble-fête. […] C’est pour ça que je dis dans le livre que finalement, boire c’est une norme, et qu’être sobre, c’est subversif et c’est déconstruire cette norme.

L’alcool rendrait plus intéressant

Dans la pop culture comme dans la culture française,la personne sobre n’a pas une image très glamour. L’alcool, c’est l’inspiration, l’irrévérence, l’humour, c’est ce qui nous fait rire, danser, aimer. Les gens, quand ils boivent, deviennent plus intéressants, tandis que le sobre passe pour le chieur, constate Claire Touzard.

Il faut déconstruire cet imaginaire véhiculé aussi par des années de littérature.

Parce que c’est faux en fait : quand on est sobre, on se rend compte à quel point on récupère son esprit et on est beaucoup plus drôle.

Ce qui est créatif et imaginatif, c’est d’être lucide. L’alcool met un filtre entre nous et la réalité. Il est plus important d’être en prise avec le réel, avec les enjeux actuels. La modération et la sobriété sont en phase avec notre époque, qui demande de la nuance, de l’horizontalité.

L’alcool, un geste politique ?

L’alcoolisme a eu longtemps une image de rébellion, c’était être punk. Pour Claire Touzard, c’était une forme d’émancipation, c’était prendre de l’espace, casser les codes conventionnels de la féminité en se montrant un peu gueularde, pochtronne, en n’étant pas lisse et sage.

« La pop culture s’est emparée de cette image de la femme émancipée qui boit. Sauf que c’est assez paradoxal, parce que si on s’émancipe ainsi, on se fait aussi du mal, on se maltraite nous-mêmes. »

Finalement, moi, c’est quand j’ai arrêté de boire que j’ai pris vraiment du pouvoir.

Etre bourrée, pour elle, c’était presque un geste politique. On associe souvent l’alcool à quelque chose d’assez viriliste. S’en emparer, c’était dire : moi aussi, je peux le faire. Mais la rébellion était un peu creuse parce qu’elle menait à l’autodestruction plutôt qu’à la destruction du patriarcat. 

Beaucoup de femmes ont bu à cause de la pression sociale qui est double pour elles, de tout ce qu’elles vivent d’assez violent dans leur journée. Mais on s’éteint au lieu de se mettre en colère. On a beaucoup plus d’armes quand on ne boit pas, pour se battre contre le patriarcat par exemple.

On gagne tellement avec la sobriété que ce n’est plus une privation, c’est une forme de délivrance.

Will Self « addiction » chez Augustin Trappenard

Etonnante, rafraîchissante, bousculante, interview de l’écrivain et journaliste britannique Will Self, reçu chez Augustin Trappenard sur France Inter. Une bouffée d’air tonique et revigorante, bienvenue ! A écouter sans modération ici.

Depuis sa « Théorie quantitative de la démence », il fait encore et toujours figure d’enfant terrible dans le monde parfois policé des Lettres britanniques. « Will », son 8ème roman, plongée hallucinée dans l’Angleterre des années 80, vient de paraitre. Will Self est l’invité d’Augustin Trapenard, sur France Inter, vendredi 26 mars 2021.

C’est un des esprits les plus brillants et subversifs de son temps. Will, son 8ème roman, est une plongée hallucinée dans l’Angleterre des années 80 à travers le regard d’un toxicomane, et vient de paraitre dans une traduction de Françis Kerline. Un roman en grande partie autobiographique, où son auteur remonte aux origines de sa vocation. Will Self est dans Boomerang. 

La traduction simultanée est assurée par Harold Manning. 

Extraits de l’entretien

« Quand j’ai définitivement arrêté la drogue à 40 ans, j’étais en train d’écrire un livre, et j’ai continué. L’écriture s’est alors substituée à toutes mes addictions. J’ai développé une manie compulsive de décrire la vie. »

« Ecrire, c’est mettre le monde à sa mesure : on pense le comprendre puisqu’on le couche sur le papier !  Mais ce n’est qu’une illusion… »

« Je crois qu’il est impossible d’être subversif et transgressif aujourd’hui. Internet est une cacophonie de voix inaudibles qui s’annulent les unes les autres jusqu’à se réduire à zéro : plus personne n’est entendu »

« Nous sommes tous détrompés des illusions au cours de nos vies, et les traumas naissent de cet éclatement. Moi, je me suis défait de l’illusion du projet libéral, et de l’illusion que les humains pourraient par eux-mêmes parer à l’urgence climatique. »

« Rien n’égale le roman pour pénétrer l’âme humaine : il surpasse toute forme d’art. Mais dans le monde des réseaux sociaux, la littérature ne devient qu’un long et interminable tweet »

Programmation musicale

SID VICIOUS – My Way

LA FEMME – Cool Colorado L’équipe

« Comprendre et agir sur les dynamiques de groupe – Réinventer les collectifs aujourd’hui »

Quels liens entre Saint Benoit, Machiavel, Gustave Le Bon, Freud, Merleau-Ponty et Elaine Kepner ?

Bernard Elyn et moi-même les réunissons dans un nouveau séminaire, proposé au sein de l‘EPG Ecole Parisienne de Gestalt et entièrement en visio.

Notre intention est d’explorer leurs idées centrales et de permettre aux animateurs de groupes d’approfondir leur compréhension du fonctionnement des collectifs et d’étayer leur posture d’intervenant.

Nous affirmons en effet que les modèles de pensée qui ont contribué à l’état de l’art contemporain en matière de compréhension du fonctionnement des groupes peuvent nous inspirer et nous permettre d’affiner les formes spécifiques de nos pratiques d’animation aujourd’hui, et que réinventer les collectifs aujourd’hui nécessite d’étudier la pensée de grands auteurs du passé.


Votre curiosité vous titille ?
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Au plaisir de nous retrouver !


« Conflictualisons ou L’audace d’exister ensemble » – 7es Estivales de la Gestalt thérapie à Angers

Cette intéressante proposition vient des 3 instituts de formation à la gestalt-thérapie : le Grefor (Grenoble), l’IFGT (Bordeaux / Paris) et l’IBG (Bruxelles). A bon entendeur…

Dans nos sociétés, l’idée même du conflit n’a plus de place et le terme est souvent synonyme de guerre. Le minoritaire doit se soumettre à la majorité, l’étranger est refoulé hors des frontières, le contestataire semble relever d’une «anormalité», tout tend à se fondre dans une uniformisation des discours et des pratiques… toute différenciation dans les relations devrait ainsi être annulée, car elle implique l’altérité, la discordance et donc, une menace insupportable.
Or nier, ou pacifier prématurément, les conflits, nés de la diversité et de la multiplicité, c’est mettre en danger la foisonnante complexité de la vie. L’abrasion du conflit peut paradoxalement conduire à des formes de déni, d’intolérance et de violence. 
Le conflit effraie car il est confondu avec l’affrontement, ce rapport de forces qui donne l’impression de clarifier, par simplification et exclusion mais qui occulte le fait que le conflit est une situation critique de laquelle de la nouveauté peut advenir…une situation complexe dans laquelle aucun des protagonistes ne détient la solution… et c’est pour cette raison même qu’il y a à créer et à devenir pour… . Le conflit, dont Héraclite disait qu’il était «le père de toutes choses», est une chance qui permet d’inventer des formes inédites…

La Gestalt-thérapie, dans ses fondements, réhabilite l’agressivité, comme aller vers audacieux, favorisant la croissance et le processus d’individuation. L’agressivité est à concevoir comme un pouvoir bénéfique d’expression personnelle et de création dont dispose l’organisme dans sa rencontre, ou sa confrontation, avec son environnement. 
Ces Estivales sont l’occasion d’ouvrir ensemble quelques questions sur cette thématique : Quelles peurs viennent nous inciter à éviter, voire nous interdire toute confrontation? Quelles représentations du conflit avons-nous et comment celles-ci pèsent-elles sur la forme de nos interactions et de nos relations, notamment en posture de thérapeute? Comment et pour quoi soutenir une conflictualisation en situation thérapeutique? Comment envisager le conflit comme ayant une fonction situationnelle plus qu’individuelle? Comment faire d’un conflit un moment créateur, en se démarquant de la violence qui, elle, signe l’échec de la reconnaissance de la singularité et de la différenciation? Quelles qualités de contenance (temporalité, lien, engagement, etc…) s’avèrent nécessaires?

Ces Estivales nous invitent à oser conflictualiser dans nos pratiques. Nous alternerons des moments de pratiques, de réflexion, de supervision, de mobilisation. 

Les Estivales, c’est faire avec les différences, des rencontres de styles, d’instituts, d’étudiants et de professionnels dans une joyeuse confrontation…

Ces 7es Estivales sont le fruit d’une collaboration soutenue entre trois instituts de formation : GREFOR, IBGT et IFGT.

Elles regrouperont des formateurs des 3 équipes pédagogiques, des stagiaires en formation de formateur et environ 70 participants.

L’ensemble du site d’hébergement du Lac du Maine est réservé à cette occasion.

Dates

du 2 (13h30) au 6 (14h) juillet 2021

Lieu

Résidentiel au Lac du Maine,
49000 Angers

Pour plus d’informations, téléchargez la brochure ici.

Le SNP vous informe : communiqué sur le remboursement des consultations

Dans ce communiqué de mars 2021, le Syndicat National des Psychologues SNP soulève des questions de fond sur le sujet des remboursements des consultations de psychologues. Si les 3 premiers points sont d’importance, je suis également très attachée au 4ème, qui peut paraître de moindre priorité mais qui assure aux consultants une pluralité des approches et un évitement de l’enfermement dans des dogmatismes, en cette période notamment ceux d’un certain scientisme (ou scientisme certain…).

Adhésion : https://psychologues.org/boutique/adhesion-syndicat/ . Contact : snp@psychologues.org

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