InfoLettre PARENTEL avril 2018

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Parentel : 12e congrès national les 21 et 22 juin à Brest

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Avec Paul-André DARAS, Charles DI, Philippe GABERAN, Roland GORI, Emmanuel GRATTON, Lyasmine KESSACI, Françoise LABRIDY, Jean-Pierre LEBRUN, Gérard NEYRAND, José POLARD, Jean-Claude QUENTEL, Camilo RAMIREZ, Régine SCELLES et Catherine SELLENET.

Retrouvez programme détaillé et bulletin d’inscription en ligne

 

EPG : « La psychose ordinaire » avec Lucien Tennenbaum, 27-29 octobre

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EPG Infos Avril 2018

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P. Guyomard – « L’éthique de la psychanalyse »

 

« La psychanalyse est un remède contre l’ignorance. Elle est sans effet sur la connerie. » Jacques Lacan

L’éthique de la psychanalyse

À cette interrogation que Lacan déploie en 1960, le séminaire « L’Éthique de la

41PS1C64K2L._SX285_BO1,204,203,200_.jpgpsychanalyse » a longtemps semblé donner une réponse. Mais la possibilité même d’une telle éthique lui importait sans doute moins que la transformation de la question par sa

propre théorie de l’inconscient. Aussi est-ce davantage le développement de la psychanalyse et du discours analytique jusque dans sa radicalité, qui produit des réponses dont la pluralité semble interdire ce qui serait une Éthique.

 

Une conférence enregistrée en mars 2016 : à écouter ici.

Patrick Guyomar, psychanalyste, professeur émérite à l’Université Paris Diderot et président de la Société de psychanalyse freudienne (SPF).

« L’organisation de l’école est conforme à la logique industrielle » T.Pardo

Article original ici : Le Comptoir

Titulaire d’un doctorat en éducation, Thierry Pardo est chercheur indépendant associé au Centre de recherche en éducation et formation relatives à l’environnement et à l’écocitoyenneté de l’Université du Québec à Montréal. Il parcourt le monde en famille afin de présenter au cours de conférences les apports d’une posture libertaire, et pour accompagner les parents désireux de ne pas inscrire leurs enfants dans une démarche scolaire classique. Il est également l’auteur de plusieurs essais, dont « Une éducation sans école », un ouvrage magistral de synthèse sur les pistes à explorer pour ceux qui désirent ne pas en passer par les voies classiques de l’enseignement. À l’occasion de la réédition revue et augmentée de celui-ci chez Écosociété, nous avons souhaité nous entretenir avec lui.

« L’organisation scolaire répond aux besoins de l’État-nation et à son mode de production, pas aux besoins de l’enfant. »

Le Comptoir : Avant même d’attaquer le cœur de votre propos, il est une question qui revêt un grand intérêt, tant la littérature qui traite des questions de l’éducation est abondante : qu’est-ce qui vous a poussé à écrire ce livre, et plus largement encore, à vous intéresser à la thématique de l’éducation au sens large ?

Thierry Pardo : Je m’intéresse à l’éducation depuis bien longtemps, sans doute depuis mes premiers ressentis de souffrance scolaire. Depuis également des lectures faites assez jeune, vers 15 ans, je pense, de Sénèque ou de A.S. Neill. Lorsque plus tard j’ai encadré des classes de découvertes, je me suis aperçu des incroyables opportunités qu’offrait le milieu naturel et j’ai constaté que les élèves peu à l’aise en classe se révélaient dans les activités de plein air. À la naissance de mon premier enfant, j’ai ressenti le besoin d’aller plus loin et j’ai fait une maîtrise et un doctorat sur ces questions. Il n’existait pas, je crois, de livre synthétisant les recherches et connaissances sur le sujet. Nous avions les témoignages de John Holt, d’André Stern, qui partageaient leurs expériences, mais il manquait un ouvrage synthèse. C’est ce à quoi tente de répondre ce livre.

Pouvez-vous nous rappeler brièvement comment – et surtout pourquoi – s’est construite l’école au sens où nous l’entendons aujourd’hui ? Sa présence au cœur de nos sociétés semble aujourd’hui évidente, mais en a-t-il toujours été ainsi ?

L’école que nous connaissons est fille de la société industrielle. L’organisation y est, en tous points, conforme à la logique industrielle. Les jeunes États-nations en train de se constituer ont eu besoin de faire adhérer la population au projet national, notamment pour les besoins militaires ou coloniaux, en même temps que de faire participer cette même population aux grandes industries caractérisées alors par le travail à la chaîne. L’école est fille de son temps et malgré les promesses de renouveau pédagogique, l’organisation compartimentée et hiérarchisée n’a guère changé. Bien sûr, les apprentissages des jeunes humains ne sont soumis à ce régime que depuis la fin du XIXe siècle en Occident. L’immense majorité de l’humanité n’est jamais passée par ces dispositifs qui paraissent évidents aujourd’hui.

« L’école nous apprend que c’est à l’école qu’on apprend disait Ivan Illich. »

Vous étendez, à l’appui des travaux de Berger et Luckmann, le concept de réification marxiste notamment au sein de l’institution sociale qu’est l’école, et vous questionnez sa fonction comme « instrument castrateur de l’inventivité sociale ». Pouvez-vous nous présenter ce que vous entendez par « éducation réifiée » ?

La réification est le processus par lequel une invention sociale s’impose comme une évidence “déjà toujours là”. Cette invention, et on peut penser au mariage ou à l’Église, s’impose comme une évidence sociale dont on peut discuter les modalités mais jamais le bien-fondé. L’école aujourd’hui paraît incontournable, comme si elle avait une ascendance divine directement sortie du panthéon républicain. Et comme toute institution, elle ne cesse de prôner sa propre nécessité, son caractère irremplaçable. L’école nous apprend que c’est à l’école qu’on apprend disait Ivan Illich, comme l’Église nous apprend que c’est à l’église qu’on sauve son âme, l’usine nous dicte que c’est à l’usine qu’on s’émancipe par le travail…

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Par l’anatomie d’une salle de classe, vous proposez une théorie qui serait celle d’un contrôle du temps et de l’espace. Rien ne semble plus évident, nous avons tous le souvenir d’un camarade de classe qui verbalisait bien « ne pas pouvoir rester assis huit heures par jour sur une chaise »

Oui, je cite abondamment Foucault qui, dans Surveiller et Punir, montre comment le pouvoir, l’ordre et la discipline viennent se glisser dans les programmes et les emplois du temps, dans les couloirs, les grilles, entre l’écolier et sa chaise, son bureau et son crayon : tout participe au contrôle. C’est encore le cas de l’évaluation qui par un examen toujours plus approfondi, une exigence toujours plus minutieuse, tourne les énergies de l’enfant vers un but inatteignable bien que toujours exigé. C’est la logique du professeur qui ne met jamais 20/20 parce qu’il n’y a pas de perfection académique.

« Le décrochage est la réponse naturelle à l’enfermement, la discipline. »

Nous ne nous étendrons pas sur les multiples et insignifiantes réformes du système scolaire français, que ce soit celle de son diplôme de fin d’études ou encore de l’introduction du numérique dans les salles de classe. Ainsi que vous le dites, « la course aux diplômes est une quête qui porte en elle-même sa propre contradiction puisque c’est la rareté du diplôme qui lui confère sa valeur » d’une part, et qui plus est, vous vous demandez (ce que nos très chers doctrinaires et théoriciens de tous poils se refusent à imaginer) si « l’origine du décrochage scolaire ne serait pas à chercher dans le traitement scolaire lui-même ».

Bien sûr, le décrochage scolaire est une maladie nosocomiale puisqu’elle ne s’attrape que dans les établissements chargés de nous en préserver. Il faut comprendre que la création d’un diplôme engendre beaucoup plus de non-diplômés que de diplômés. Puisque par essence la fonction d’un diplôme est de témoigner d’une compétence particulière. Une société qui aurait 90 % de docteurs n’en aurait plus besoin, et du coup le diplôme n’aurait plus de valeur. La course au diplôme est une fuite en avant qui n’a aucun sens du point de vue collectif. Le décrochage est la réponse naturelle à l’enfermement, la discipline. Comme le rappelle Peter Gray, personne ne peut être enfermé contre sa volonté s’il n’a pas été reconnu coupable de quelque chose. Quel crime ont donc commis les enfants pour être ainsi traités ? La notion de droit obligatoire ne doit-elle pas être interrogée ?

Dès lors, afin de ne pas s’appesantir sur les problèmes évidents que ne manque pas de créer l’éducation scolaire classique, j’aimerais que nous parlions des solutions que vous avancez pour y remédier. Ainsi, vous proposez un modèle éducatif que vous nommez « piraterie éducative ». Pouvez-vous nous le présenter ? La piraterie éducative, portée par des idéaux libertaires, peut-elle être une solution pour tout un chacun ou est-elle de fait réservée à ceux qui, naturellement, sont sensibles à cette théorie politique et sociale ?

Je ne parlerais pas de “modèle”. Ce que j’ai appelé la piraterie éducative relève davantage d’une attitude, d’une posture de révolte et d’inventivité. Ne voyant pas comment jouer son destin dans l’enfermement, il est bon de bâtir une contre-société, d’aller faire autre chose, ailleurs, autrement, mais il ne s’agit pas d’un modèle à appliquer, chacun invente un destin à sa mesure. Et bien sûr, la pensée libertaire nous accompagne, celle de Georges Brassens, pas l’idée libertarienne de Donald Trump – chacun comprendra que nous sommes dans des univers différents. Tous les parents ne sont pas prêts à emprunter la voie de la piraterie, mais tous les enfants le sont. Au-delà de ça, c’est une façon de participer aux affaires du monde, à la créativité sociale sans se perdre dans la lutte quotidienne contre un système qui s’auto-défend très bien. C’est une façon de démoder le système scolaire plutôt que de tenter de l’ouvrir ou de l’abattre.

Votre théorie éducative n’est pourtant pas une “simple” éducation à la maison – ce que nous appelons en France “non-scolarisation” ou “école à la maison” et qui, d’ailleurs, nous ramène irrémédiablement à … l’école, puisque l’intitulé même de l’objet nous y conduit encore et toujours. Bien plus qu’une éducation à la maison faite par les parents eux-mêmes, la piraterie éducative est surtout une sensibilité au monde, ainsi qu’une façon d’être-au-monde. Les parents doivent ainsi se faire accompagnants, témoins, observateurs, mais certainement pas professeurs.

Effectivement, il ne s’agit pas de reproduire le dispositif scolaire dans le cadre du logement, cela n’aurait aucun intérêt. Il s’agit de participer au monde à sa mesure, selon ses centres d’intérêt et au rythme de ses apprentissages. Comme lorsque nous sommes en voyage en Inde ou ailleurs, il ne s’agit pas de ne rien faire de sa journée, non plus que de se laisser imposer un programme stakhanoviste de découvertes. Personne ne calibre de leçons, ne donne de cours ou d’évaluations, mais enfants et parents s’imprègnent des couleurs du monde, s’éduquent dans les paysages, les rencontres, les lenteurs nécessaires. C’est ce que m’avaient appris les classes de découvertes qui duraient trois semaines à mon époque. Les enfants apprenaient des mille interactions journalières avec l’environnement. C’est le cas pour chacun de nous.

« La piraterie éducative est une façon de démoder le système scolaire plutôt que de tenter de l’ouvrir ou de l’abattre. »

Afin de tendre vers cet état de fait, vous avez théorisé une « pédagogie de l’ailleurs ». Autrement dit, un voyage familial comme contribution à l’éducation relative à l’environnement. De plus en plus de parents choisissent de voyager avec leurs enfants en bas âge, mais pour “profiter de la vie” plus que pour les éduquer de façon pirate. On imagine bien qu’après un voyage de plusieurs mois, le retour à la réalité d’une salle de classe puisse être d’une incroyable violence pour les enfants…

En général il faut se méfier du naufrage que peut représenter chaque retour de voyage. Effectivement, le retour en classe, loin de constituer une prise avec la réalité, ramène l’enfant dans une éducation “hors sol”. Le goût de la liberté est difficile à oublier et pour celui qui est connecté à lui-même et au monde, l’apprentissage séquentiel au milieu d’enfants ayant strictement le même âge, et le devoir de lever la main pour aller aux toilettes ne peut être vécu que comme une entrave à son émancipation. Dans La pédagogie de l’ailleurs, il s’agissait de montrer que voyager au rythme d’un enfant en bas âge, s’arrêtant à chaque fleur, parlant à tout le monde ou se glissant derrière l’étal d’un boucher dans un bled marocain était un cadeau pour l’ensemble de la famille. Les enfants ouvrent des portes qui sont inaccessibles à nos relations policées d’adultes.

Peter Gray, psychologue américain que vous venez de citer, ne cesse de défendre l’idée selon laquelle des enfants libres de poursuivre leurs propres centres d’intérêt à l’aide du jeu sous toutes ses formes possibles, non seulement assimilent tout ce qu’ils ont besoin de savoir, mais qui plus est, le font avec une énergie et une passion que le système scolaire ne saurait créer de lui-même. Dès lors, la question ne manque pas de se poser : le jeu est-il réellement nécessaire à l’apprentissage ? Vous évoquez notamment dans votre ouvrage l’idée d’un « déficit-nature »

Oui, Peter Gray décrit très bien tout ça. Ce n’est ni le premier, ni le seul. Le jeu libre est la façon dont l’enfant entre en contact avec le monde. Priver un enfant de jeu devrait être passible d’une amende. C’est proprement criminel ! Mais en vérité, ce ne sont pas juste les enfants. Nous nous sommes résignés à apprendre, travailler dans la contrainte et la douleur. Mais dès qu’un adulte retrouve le bonheur de jouer, dans l’enthousiasme et le plaisir, c’est toute sa vie qui non seulement se tourne vers l’accomplissement et la félicité mais aussi celle de tous ceux qui le côtoient. Si on prend l’exemple des artistes, voyageurs, écrivains, ils ne font pas du bien qu’à eux-mêmes, leur poésie rayonne sur nos humeurs. Jouer est un acte humaniste.

Henri Laborit, que vous citez dans le livre, disait « Si vous croisez quelqu’un qui vous dit qu’il sait comment élever les enfants, ne lui confiez pas les vôtres ». Qui mieux qu’un parent peut élever son propre enfant ? N’est-ce-pas là le point de départ de tout questionnement parental intime ?

Le point de départ dans le domaine éducatif devrait toujours être les besoins de l’enfant. C’est le cas dans toutes les relations humaines. Depuis quelques années, quand je sens des tensions, des incompréhensions, des agacements, j’ai adopté le réflexe de demander à l’autre : « De quoi as-tu besoin ? » Essayez, vous verrez comme tout s’apaise, comme d’un coup s’ouvre une fenêtre de possibles. Quand un enfant arrive dans notre vie, que pourrions-nous faire de moins que de se mettre à l’écoute de ses besoins ? Et dans cette écoute-là, effectivement je me plais à penser que ce sont les parents qui sont les mieux placés. Nous connaissons tous des familles dysfonctionnelles mais on ne peut pas poser comme postulat la faillite des parents.

« Tous les parents ne sont pas prêts à emprunter la voie de la piraterie, mais tous les enfants le sont. »

L’un des poncifs les plus éculés concernant le refus de placer ses enfants au sein du système scolaire est le suivant : « Mais comment allez-vous socialiser votre enfant ? » Si la question semble absurde, l’inquiétude peut être recevable. Qu’en pensez-vous ? Rappelons tout de même ce que ne manquait pas de dire Mark Twain, à savoir que « Je n’ai jamais laissé l’école se mêler de mon éducation ».

Oui c’est un “running gag” entre parents pirates. Tout d’abord, je n’ai pas besoin de socialiser mon enfant. Il est équipé à la naissance de la capacité à tisser des relations sociales avec n’importe qui, sans aucune forme de préjugés, en toute liberté, sans conscience de classe, de couleurs, de hiérarchie. Je n’ai qu’à préserver cette inclination naturelle de l’enfant à entrer en contact avec le monde. Et puis la socialisation n’est pas affaire de “on/off”. Il n’y a pas d’un côté les enfants socialisés et de l’autre ceux qui ne le sont pas. Ce qui doit être interrogé c’est la qualité de la socialisation, la diversité aussi. Être confiné à un espace scolaire d’un mètre carré par enfant, sans le droit de parler avec des condisciples du même quartier classés par date de fabrication est une socialisation de nature quantitative, mais est-ce qualitativement acceptable ?

Vous présentez trois propositions qui semblent fondamentales pour une éducation sans école : l’auto-initiation du processus d’observation-imitation, l’exploration personnelle, et… une manière de tendre vers l’indiscipline. On ne saurait être plus éloigné des méthodes d’éducation traditionnelles que l’on retrouve notamment au sein de l’institution scolaire.

242-C1-rvb_BROui, je parle aussi d’offrir du temps et de l’espace libre aux enfants afin qu’ils se l’approprient, de relations fécondes, de bienveillance, d’appropriation inter-structurée de la connaissance… Bref, c’est effectivement très éloigné du dispositif scolaire. Mais l’organisation scolaire répond aux besoins de l’État-nation et à son mode de production, pas aux besoins de l’enfant. Toute la classe est organisée pour favoriser l’enseignement, pas l’apprentissage. Pour enseigner, tout le monde a besoin d’un tableau, d’une estrade, d’élèves disciplinés, à l’écoute… Mais si tout le monde enseigne comme ça, personne n’apprend de cette façon. Ce ne sont pas les enfants qui ont inventé l’école. Si on les avait écouté, au lieu de l’école pour tous nous aurions un environnement qui favorise les apprentissages de chacun. C’est ce qu’on retrouve dans les écoles démocratiques. Mais croire que l’institution est capable de se saborder pour laisser place à la liberté de naviguer sous le vent, au gré de nos aspirations, c’est sans doute une utopie pirate.

Nos Desserts :

Entretien avec A.Damasio dans le magazine « Cercle Psy », Mars 2018

« L’ordre étrange des choses »
Entretien avec Antonio Damasio

Propos recueillis par Jean-François Marmion (20/02/2018)

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Professeur de neurosciences, de neurologie, de psychologie, de philosophie, il dirige le Brain and Creativity Institute, à l’Université de Californie du Sud à Los Angeles. Membre de la National Academy of Medicine et de l’American Academy of Arts and Sciences, il est notamment l’auteur de L’Erreur de Descartes, Spinoza avait raison, et L’Ordre étrange des choses. La vie, les sentiments et la fabrique de la culture (Odile Jacob, 1995, 2003 et 2017).

Pour bien comprendre le propos de votre dernier livre, pouvez-vous tout d’abord rappeler la distinction que vous opérez entre émotions et sentiments ?

Les émotions sont des programmes d’action qui se déploient en une sorte de concert : actions de molécules dans le cerveau ou ailleurs dans le corps, actions musculaires… Les sentiments sont des expériences mentales de toutes ces actions organiques. La différence est abyssale ! Et pourtant la confusion est fréquente : le terme de « peur » désigne aussi bien le processus émotionnel observable (modification des battements du cœur, de la respiration, de la sécrétion de cortisol…), que l’expérience mentale, intime. Or beaucoup d’organismes vivants, y compris unicellulaires, jusqu’aux bactéries, éprouvent des émotions, des réactions issues de programmes, mais ça ne veut pas dire pour autant qu’ils puissent faire l’expérience mentale de ces mécanismes avec un esprit. Quand nous avons bien compris cette distinction, nous pouvons considérer toute la marche de la vie comme une ascension : l’organisation du métabolisme requiert des réponses émotives, puis bien plus tard, avec la complexité, les organismes peuvent se doter d’un système nerveux d’où s’ensuit la possibilité de produire des images, d’élaborer des représentations grâce à une coopération avec le corps. Le sentiment s’est construit voici 100 millions d’années, avec l’expérience subjective de tout ce qui se passe à l’intérieur puis à l’extérieur du corps. Ce qui a ouvert un beau chapitre dans la vie des créatures…

Peut-on dire que les émotions sont un processus automatique tandis que les sentiments représentent une prise de recul ?

Oui, les émotions sont un système automatique permettant la perpétuation de la vie, tandis que les sentiments sont une espèce de prise de vue sur ce qui se passe à l’intérieur de l’organisme : ils vous donnent des informations sur l’état de la vie à un certain moment. Si vous me dites « Je me sens bien », ça signifie tout simplement que votre organisme marche correctement, que les conditions de votre vie sont capables de le mener dans la bonne direction : celle qui permet de continuer la vie, dans une forme bien organisée, épanouissante. Ce qui est très beau chez l’être humain et même d’autres êtres complexes, c’est que nous pouvons bénéficier à la fois de la prise de vue sur nous comme sur ce qui se passe à l’extérieur. C’est la grande beauté de notre vie mentale : nous regardons le monde autour de nous dans la perspective de notre monde intérieur. Si vous êtes malade, vous regardez le monde en fonction des changements de votre organisme. Si vous êtes en colère, ou amoureux, là encore vos perspectives se basent sur l’état de votre corps.

Nous percevons le monde d’après nos représentations, d’après nos interprétations, elles-mêmes n’étant pas désincarnées mais reposant sur l’état de notre organisme ?

Exactement. L’une de mes grandes préoccupations, c’est qu’en ce moment les gens pensent beaucoup l’intelligence humaine comme si elle était purement intellectuelle. On comprend l’énorme succès de l’intelligence artificielle avec ses possibilités d’automatisation et de robotisation, mais c’est faire preuve d’une énorme confusion de penser que ces aspects intellectuels correspondent vraiment, à eux seuls, à l’esprit humain. Tous les aspects intellectuels sont évidemment très importants, mais ils ne sont qu’une partie, et la partie la plus récente, de notre vie mentale où les sentiments occupent une part énorme. Ce sont les sentiments qui nous guident, qui servent de boussole à notre comportement.

Pour parvenir à une intelligence artificielle reproduisant l’esprit humain, il faudrait l’accoupler avec des émotions artificielles ? Mais comment faire sans corps ?

Le grand problème, ce n’est pas les émotions : il est relativement facile de les imiter. Mais si nous comprenons bien ce qu’est la physiologie des sentiments, alors il est évident que nous ne pouvons pas les reproduire sans les faire reposer sur un esprit. Car la question n’est pas que les robots aient des sentiments, mais qu’ils aient un esprit, pour commencer ! Or on ne peut pas créer un esprit par la vision, le toucher ou l’olfaction : l’esprit commence bien plus bas, avec l’expérience du corps vivant. C’est l’idée principale de mon livre, et c’est pourquoi je parle de « l’ordre étrange des choses » : normalement, quand nous pensons à des comportements complexes comme la coopération, le conflit, ou même la simple émotivité, nous pensons toujours à quelque chose de très humain, de très pensé. Mais quand vous observez la vie des bactéries, vous constatez qu’elles produisent des comportements complexes, avec une véritable organisation sociale, sans pour autant qu’elles aient un esprit, ni même un cerveau ou un système nerveux. Ce sont de merveilleux robots qui sont là sans savoir qu’ils sont là. Quand on espère des robots comparables aux humains, on espère en réalité qu’ils se comporteront comme des bactéries… mais nous ne sommes pas des bactéries ! Les bactéries semblent capables de se comporter en fonction d’une position « morale » alors qu’elles n’ont pas d’éthique, de valeurs. Nos systèmes moraux sont bien plus compliqués et notre vie se compose aussi de la vie des autres et des valeurs que nous avons construites, toujours en lien avec la vie elle-même, la vie très simple, la vie tout court. C’est la vie qui compte, cette grande puissance qui nous a permis, tout au long de l’évolution, d’arriver où nous sommes, pour le meilleur ou pour le pire.

Peut-on dire alors que la culture n’est pas le propre de l’humanité, puisqu’on en observe certaines formes chez diverses espèces animales, mais que sa complexité n’appartient qu’à nous, et en partie grâce aux sentiments ?

Oui. Les sentiments servent de motivation. J’ai commencé à écrire ce livre autour d’une question : quand on parle des grands phénomènes comme les arts, les systèmes moraux, la gouvernance, les sciences, la technologie, on évoque d’énormes capacités intellectuelles humaines fondées sur la connaissance, la mémoire, le raisonnement, la créativité, le langage. J’admire énormément l’intellect humain, mais il n’a aucun sens sans la motivation procurée par les sentiments. On raconte l’histoire des cultures humaines sous l’angle uniquement intellectuel, or il faut penser que ce sont les sentiments, avec d’une part le pôle de la douleur physique, ou la « douleur morale » (j’adore cette expression, qu’on trouve uniquement en langue française), d’autre part le pôle du plaisir et du bien-être, qui ont influencé toutes les entreprises culturelles. Il fallait une forme de motivation, mais aussi d’arbitrage pour nous dire si les choses fonctionnent bien ou mal. Par exemple, si vous allez chez le médecin parce que vous souffrez, vous éprouvez une expérience consciente, un sentiment, que quelque chose ne marche pas bien. Le sentiment vous donne cette information cruciale pour protéger votre vie. Le médecin vous prescrit un traitement. Comment est-il possible pour vous ou pour lui de savoir que la pilule est efficace ? Par le sentiment de diminution de la douleur et l’arrivée du bien-être. Voilà l’exemple le plus simple de ce qui se passe dans notre vie, tous les jours, avec les sentiments comme régulateurs, comme arbitres de ce qui est bon pour notre vie.

Et c’est là également un grand mécanisme de sélection culturelle. Nous bénéficions d’un mécanisme de régulation génétique : les choses bien organisées dans un organisme vont lui permettre de poursuivre sa vie et de perpétuer son génome. Mais dans la sélection culturelle, nous acceptons certaines formes d’arbitrage social. Par exemple, le système d’impôts dont tout le monde parle en ce moment ici, aux États-Unis, est un instrument culturel qui fonctionne en fonction des sentiments qu’il suscite, de son acceptation ou de son rejet par le public. Les sentiments participent à notre vie culturelle : leur contribution est vitale et intégrée dans les grandes négociations collectives.

On a tendance à opérer spontanément une hiérarchie entre le corps, en bas de l’échelle, les sentiments plus nobles, et la conscience tout en haut. Peut-on vraiment considérer que cette hiérarchie existe dans la nature ?

Oui et non. Oui, pour ce qui est de la complexité. Non, si l’on est tenté de se représenter ces étapes de l’évolution comme une échelle dont tous les différents niveaux seraient indépendants. Dans la vie, on observe constamment des interactions et des coopérations entre les niveaux. Une idée très importante de L’Ordre étrange des choses était déjà préfigurée dans L’Erreur de Descartes, mon premier livre : c’est que le système nerveux n’est pas seul à construire l’esprit. Il serait ridicule de penser cela ! Le système nerveux est un ingrédient tardif dans la marche de l’évolution. La vie existe depuis presque 4 milliards d’années, avec les premières bactéries, mais le système nerveux ne date que de 500 millions d’années. Il a émergé pour répondre à la nécessité de coordonner les fonctions vitales dans un organisme complexe. Quand il y a eu, par mutation évidemment, la possibilité d’une coordination entre un système immunologique, un système endocrinien, un système circulatoire, etc., alors le système nerveux est apparu. Et il est tellement utile qu’il n’a jamais cessé d’évoluer. Il est nécessaire pour que les organismes continuent à croître non seulement en taille, mais en complexité. Le système nerveux contribue à l’homéostasie par coordination de systèmes préexistants, eux-mêmes extrêmement complexes. L’esprit vient ensuite, quand ses allers-retours avec le corps sont rendus possibles.

Prenons un exemple. Dans le cerveau humain, il existe une relation très étroite entre l’activité des artérioles et le cerveau lui-même. En ce moment, votre cerveau et le mien travaillent beaucoup parce que nous sommes en train d’imaginer toutes ces choses un peu abstraites : c’est pour eux un énorme effort d’imagination et de traduction par le langage, qui leur demande beaucoup d’énergie. Les artérioles qui entourent les aires cérébrales les plus sollicitées augmentent leur calibre pour assurer les apports sanguins et énergétiques nécessaires. Ce processus de coordination n’est pas du tout imaginable dans un ordinateur constitué de matériaux non vivants fonctionnant en accord avec les plans de l’ingénieur. Le système nerveux, lui, a été inventé par la vie et l’évolution pour assurer ces coopérations qui sont à la base de notre esprit. Je ne veux pas dire qu’un ordinateur ne sera jamais capable d’inventer beaucoup de choses, avec toute la mémoire du monde dans le cloud et beaucoup d’apprentissage, ce sera possible, mais ce ne sera pas la même chose que ce qui a été permis par la vie et les sentiments. Ce sera parallèle.

Notre système nerveux, nos sentiments, notre conscience, notre culture, sont donc tous au service de la préservation de la vie ?

Absolument ! C’est une question d’homéostasie. On peut très bien dire que la gouvernance, les systèmes économiques, les croyances religieuses, les arts, et même la science et la technologie, sont des serviteurs de l’homéostasie, à grande échelle, celle de la culture humaine. Nous sommes ainsi capables d’analyser, de réfléchir, de faire preuve de discernement, de découvrir ce qui se passe dans la nature, mais aussi d’inventer autre chose, non seulement des objets mais les conditions dans lesquelles nous travaillons, par exemple. Nous assistons à d’énormes discussions sur la condition humaine, et à la possibilité même de notre destruction. Que va-t-on faire avec les armes nucléaires, ou tout simplement avec les réseaux sociaux capables de faire du bien mais aussi des choses horribles, par exemple en manipulant les opinions politiques ? Ces questionnements vont au-delà de la simple régulation homéostatique. Toute la culture a marché dans la direction de la régulation de l’homéostasie pour commencer, mais d’autres possibilités nous sont venues parce que nous sommes très complexes.

La culture s’est développée pour favoriser l’adaptation de petits groupes d’humains dans un environnement complètement différent du nôtre. Se développe-t-elle aujourd’hui trop vite pour notre cerveau ?

Bonne question ! Il m’arrive de penser que oui. Nous assistons à de grands mouvements sociaux comme le populisme ou la dénonciation du harcèlement sexuel, mais il y a quelque chose, dans l’expression de ces problèmes et la manière d’organiser la réponse, qui découle de la rapidité des réseaux sociaux par exemple. De plus en plus de gens se trouvent confrontés en même temps à certaines idées ou certains faits, faux ou vrais, auxquels ils réagissent trop rapidement pour se laisser la possibilité d’analyser avec discernement les réponses adéquates. Il y a là, pour moi, un problème de quantité d’informations mais aussi de rapidité de leur présentation et de leur dissémination pour notre cerveau. Il faudrait savoir comment gérer cette richesse et ses dangers. Plus nous acquérons de connaissances, plus nous devons réfléchir à la façon de définir ce que nous voulons conserver ou rejeter. C’est une question d’éducation. Je ne sais pas si c’est possible, mais j’espère que oui.

Depuis quelques années on parle beaucoup d’un « deuxième cerveau » : le ventre, l’intestin. Or vous écrivez que, pour vous, l’intestin n’est pas le deuxième cerveau, mais le premier… Est-ce à dire que nous ressentons, pensons et décidons en priorité par le ventre ?

Il ne faut pas exagérer ! Mais c’est très important du point de vue évolutif. Les premiers systèmes nerveux étaient très simples, ils assuraient surtout la digestion, élément principal pour que les cellules se maintiennent vivantes par la conversion d’énergie. C’est pourquoi je qualifie l’intestin de premier cerveau et pas de deuxième, mais je rigole… •

 

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Journée d’Etude Int’le, 22 mars 2018 @ Paris

« L’expérience esthétique et la « praxis » :

perception, imagination et atmosphères »

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Workshop @ EABP conference, Sept.2018, Berlin

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Workshop by Astrid Dusendschön

  • ABSTRACT

“The Artist is present” *

Most often clients enter therapy through symptoms. Beyond these, however, psychotherapy embeds a political – in the sense of polis – dimension, sustaining development of one’s own reflection and one’s engagement “in the world”. If as practitioners we focus on symptoms (burn-out, personality disorders etc.), what becomes this dimension?

Our working hypothesis is that alienation is also operating among psychotherapy as a (professional) field. Are we ready to be challenged at this breaking point?

This workshop explores the theme from an experiential aspect.

 

* « Nobody could imaginethat anybody would take time to sit and just engage in mutual gaze with me. In fact, the chair was always occupied, and there were continuous lines of people waiting to sit in it. It was [a] complete surprise… this enormous need of humans to actually have contact. » Marina Abramović

 

 

« Pour ressentir qq chose d’agréable, tapez 2 »

 

Article original ici : Le Comptoir

Pour ressentir quelque chose d’agréable, tapez 2

 

L’extension de l’univers virtuel dans notre chère réalité pousse petit à petit l’humanité à se concentrer sur un seul de ses sens : la vue. Le toucher, le goût, l’odeur autant de choses difficiles à partager sur les réseaux sociaux. Tout n’est alors jugé que dans le seul prisme de ce qui reflète la lumière. L’apparence et la superficialité peuvent ainsi régner en maître.

Difficile en effet de retrouver dans le quotidien urbain des expériences sensorielles agréables si ce n’est celles liées à la vue, et encore, dans l’angle uniquement numérique. La pollution rend l’odeur des villes odieuses. La malbouffe et les sandwichs pris sur le pouce ne nous régalent pas. Le bruit des voitures et des rames de métro devient notre seul horizon auditif. Et le toucher, ce grand absent, est réduit à une simple fonction utilitaire : celle du contact avec un écran plat, froid et rigide. Même la vue hors écrans se limite désormais au gris, aux dérivés noirs et aux pauvres arbres ternes encadrés au sol entre quatre lames de béton.

« C’est le concept même de l’hyperréalité de Baudrillard : finir par croire que la fiction que l’on se raconte est en fait la réalité. »

La surcompensation et le basculement dans l’hyperréalité

Alors pour ne pas déprimer, lorsqu’on veut retrouver du “sens”, on surcompense. On écoute de la musique forte avec des écouteurs hors de prix. On s’endort sur des vidéos d’ASMR. On mange gras, salé, sucré, épicé. On s’achète un chat pour caresser quelque chose d’agréable. On court dans les parcs pour attraper un peu d’air pur, quand on ne s’infeste pas de parfum hors de prix et pourtant intolérable.

Et ce trop, ce tout, finit par devenir la normalité, suivant le même mouvement qui désigne le porno comme une nouvelle norme. Une débauche vulgaire de sensations mal organisées et totalement virtuelles. Sans y prendre garde, cette nouvelle réalité intronise pourtant du factice. C’est le concept même de l’hyperréalité de Baudrillard : finir par croire que la fiction que l’on se raconte est en fait la réalité.

Il suffit pourtant de prendre un peu de repos dans une campagne reculée, de s’asseoir seul en dessous d’un arbre, de rester là, simplement, à écouter, sentir, respirer, pour renouer avec ce qu’est vraiment le tissu du monde.

Et puis subir le retour à la ville. Monter dans une voiture aux odeurs de plastiques infectes. Conduire sur une route cernée par les zones industrielles et les immondes nouvelles zones commerciales. Puis viennent les klaxons, le téléphone… On rentre dans son 20m² qui sent encore le repas de la veille.

Alors comme toute personne normalement constituée, on allume son PC, sa tablette, sa radio et on retourne se noyer de virtualité. On va se branler un peu ou se perdre dans Westeros. On s’allume une clope ou un bâton d’encens. On commande des sushis ou une pizza. Bref, on fait tout pour ne pas voir la triste réalité : nous autres, contemporains, habitons des appartements trop étroits dans des villes encombrées, grises, puantes et nocives ou des zones rurales abandonnées, coincées entre des parkings et des champs plein de pesticides.

« Tout ce qui était là et gratuit, sera désormais accaparé et vendu. »

Le pire dans tout ça, c’est que l’on a retiré tout ce qui était naturellement agréable : le parfum des prés et des forêts, l’horizon des collines vertes, de la mer et des montagnes enneigées, les fruits et légumes du jardin avec leur goût si particulier. On a même retiré les belles architectures pour du béton utilitaire. Tout ce qui était là et gratuit, sera désormais accaparé et vendu.

L’horizon quotidien de nos aïeux est contenu dans une Smartbox ; les centres historiques sont devenus des week-ends en amoureux pour citadins. Les légumes du jardin, des produits étiquetés. Le sexe, des livecam sur Pornhub.

En résumé, le marché a réalisé une grande OPA sur le réel pour confisquer toutes les ressources internes gratuites. Si vous voulez vous sentir bien, vous devez payer. Cela explique sans nul doute une partie du mal-être des précaires, incapables de s’offrir un repos de l’esprit et condamnés aux tourments. Comment alors ne pas comprendre les addictions à bas prix, les drogues, l’alcool, le porno, les jeux vidéos, le sport, les fast-food ?

La révolte des sens

Notre subconscient affamé, torturé devient alors source d’angoisse. Des crises, des larmes, des hauts le cœur nous atteignent sans que nous sachions d’où ils proviennent. C’est notre quotidien que nos âmes poètes ne peuvent plus supporter.

La société apprend à tuer ces réactions, à les faire taire à grand coup d’antidépresseurs s’il faut. Ce mal-être intégral n’est pourtant pas notre ennemi. Il est d’une puissance flagrante et nous pousse à bouleverser notre quotidien. Nous devrions l’écouter.

Apprendre à dire non, cela commence petit à petit. Partout, les campagnes se réveillent et les villes aussi. Les citoyens se mobilisent. De plus en plus de citadins investissent les terroirs oubliés et les paysans comme les citoyens n’attendent plus des solutions verticales pour s’unir entre eux, à l’exemple des Amap. Récemment, les riverains et les zadistes ont ainsi obtenu gain de cause contre un nouvel étalage de goudron et de béton à Notre-Dame-des-Landes.

Ne plus accepter la laideur, ne plus accepter l’asservissement, ne plus accepter la marche d’un monde devenant hideux. Les ressources pour cette résistance ne sont pas dans la fortune, dans les idées, dans la colère, ni même dans nos tripes mais dans nos sens qui crient famine.

Nos Desserts :

 

 

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