« Cultiver le monde intérieur ? » Colloque de la SPP

Le thème et l’argument de ce colloque m’ont réjouie. Oui, je le constate aussi dans ma clinique avec mes patients au quotidien. Si nos oreilles sont rabattues par « il faut que ça aille vite », « on n’a pas le temps », « je veux un solution rapide et efficace », si notre environnement nous assaille d’informations pour la plupart inquiétantes – et que tout cela pourrait désespérer la clinicienne que je suis, … en fait… en fait j’expérimente chaque jour aux côtés de mes patients d’abord leur besoin puis, petit à petit grâce à notre espace-temps qu’ils s’offrent, leur désir de s’asseoir, simplement, de ralentir, de respirer, de partager leur intime, leur vulnérabilités, leurs joies et leurs angoisses, leurs doutes et leurs « envolées lyriques » – et toujours AVEC quelqu’un, qui est là, incarné, présent, qui est posé, a le temps et peut entendre. Pour cultiver leur monde intérieur. Et aller à la rencontre de l’autre, de l’extérieur. En écho à mon expérience clinique, j’ai plaisir à partager l’argument de ce colloque ci-dessous.

ARGUMENT. Curieusement, dans un monde épris d’efficacité immédiate, la demande de travail analytique ne décline pas. Face à la douleur psychique ce lent détour par la parole résiste aux désaffections : il ne permet pas d’éviter cette douleur, mais de l’intégrer au déploiement de la vie psychique.

Travail risqué, qui convoque les démons oubliés ou rejetés : il lui faut un espace protégé, sensible aux mouvements de la réalité ambiante mais en décalage avec les attractions du monde extérieur. Jardinier de cet espace, gardien de sa stabilité, de ses ouvertures, de son mouvement, réceptif, résistant, interprétant et agissant parfois, l’analyste tente de favoriser la dynamique des transformations.

C’est pourquoi nous avons invité Gilles Clément, jardinier inspiré et passionné du vivant, à partager les réflexions de cette journée.

Parfois c’est déjà par la rencontre insolite avec l’analyste que l’espace intérieur du patient se découvre : des propos inattendus décalent sur une autre scène la répétition des expériences traumatiques. Le travail qui s’engage passe par des métamorphoses, des révélations, mais aussi des régressions, des disparitions, une négativité incontournable. Comment cultiver la psyché dans le désert de la répétition, des croyances fixées, des passions mortifères ? Lorsque règne l’accrochage à la réalité, comment restaurer la régression vers le rêve, le recours à la sublimation ?

Mais la psyché s’organise de résurgences et d’après-coup, du moins quand le passé parvient à faire retour en séance. C’est aussi en parlant du monde extérieur, de ce qui semble n’être que la « réalité », qu’émerge la confrontation au traumatique interne, à ses variétés, à ses impasses et à son tragique : c’est par l’après-coup que se recrée la capacité d’investir et de désirer.

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