« Intérieur nuit » par Nicolas Demorand

J’ai acheté le livre de Nicolas Demorand en librairie et l’ai lu d’une traite dans un train retour de Paris à Morlaix. Il est court et dense, se lit facilement, fluidement : simple, sans fioritures sauf celles d’une personne qui me semble écrire dans une forme d’urgence – j’imagine : il était temps que cela sorte – avec ses tripes et laisse venir les mots pour donner forme à son expérience singulière. Une mise en mots de son expérience « de l’intérieur » : bipolaire de type 2 (qui se caractérise par l’association d’au moins un épisode dépressif caractérisé et d’un épisode d’hypomanie), et cela sans chichis, ni drames ni envolées lyriques. Boum. C’est raide. Son écrit a la mérite de démystifier, est sincère et clair, fait la peau aux projections et interprétations, rend accessible et compréhensible son vécu.

Point de longues – ni courtes d’ailleurs – explications et hypothèses sur le pourquoi du comment de cette pathologie chez lui. Peut-être un jour il nous en dira plus, peut-être pas. Le temps est encore ailleurs, dans le ici-et-maintenant de sa vie. Merci Nicolas Demorand, le partage de votre expérience singulière fait du bien, et aussi à la clinicienne que je suis. Il permet de rejoindre davantage le vécu des patients qui souffrent de cette pathologie, sans y pouvoir autre chose que de ne pas juger. Le reste est du ressort – INDISPENSABLE – d’une équipe professionnelle aux côtés du patient.

Pour lire l’introduction qui plante littéralement le décor : cliquer ici.

Infos : Intérieur nuit, Nicolas Demorand, paru le 27 mars 2025 aux éditions Les Arènes.

Quelques éléments sur « la » bipolarité, terme qui s’est à mon sens vu dévoyer trop ces dernières années au risque d’une « banalisation » de cette pathologie qui est lourde. Rappel de sa prévalence dans la population française : estimée entre 1% et 2,5%.

« Des descriptions anciennes de tableaux évocateurs de manie ou de dépression ont été proposées dès l’antiquité. Reposant sur sa théorie des humeurs, Hippocrate a décrit la transformation de la mélancolie en manie. C’est Arétée de Cappadoce, médecin de la période antique romaine (Ier siècle ou IIe siècle après J.C.), qui, en décrivant l’alternance successive de la mélancolie (du grec « melas kholé », ou bile noire) vers la manie (folie, en grec), a proposé l’existence d’un lien potentiel entre ces deux tableaux. 
L’approche hippocratique et les travaux de Galien influenceront pendant des siècles les théories médicales. De ce fait, peu de données nouvelles sont venues changer les points de vue sur ces troubles. 
En effet, jusqu’au XVIIe siècle, la manie était considérée comme une forme de terminaison de la mélancolie. La dimension dépressive dominait donc déjà alors dans la maladie, l’inversion de l’humeur signant le rétablissement, sinon la guérison. Parallèlement, les travaux en physiologie expérimentale avaient invalidé progressivement la théorie des humeurs et un auteur comme Théophile Bonet, pourtant tourné vers l’anatomopathologie, renforça l’idée que manie et mélancolie étaient liées. 
C’est seulement à partir de Thomas Willis (1622-1675) que les deux états furent mis sur le même plan et purent alterner « comme la flamme et la fumée ». Plus tard, les psychiatres « classificateurs » du XIXe siècle ont cherché à mieux caractériser l’organisation des symptômes entre eux et ont montré de l’intérêt pour cette maladie, ce qui a donné lieu à de nombreuses dénominations. Falret évoqua par exemple la « folie circulaire », Baillarger la « folie à double forme ». C’est le psychiatre Allemand Emile Kraeplin qui, en 1889, parlera en premier de la maladie « maniaco-dépressive ». Deux psychiatres français, Deny et Camus, remplaceront le terme « maladie » par celui de « psychose », pour donner la « psychose maniaco-dépressive ».
Cette terminologie a fait l’objet de nombreux débats, car l’existence d’une dimension psychotique n’est pas systématique. Le deuxième problème en lien avec cette dénomination est qu’elle regroupait en définitive toutes les formes de troubles de l’humeur, qu’ils soient bipolaires ou unipolaires (dépression seules). C’est dans cette optique, entre autres, que le terme « trouble bipolaire » sera proposé à la fin des années 1950, pour favoriser la distinction entre ces entités et leurs causes probables, que l’on supposait en partie distinctes.

Selon les chiffres de la Haute autorité de santé (HAS), en France, la prévalence du trouble bipolaire est estimée autour de 1 % à 2,5 % dans la population générale, mais plusieurs auteurs estiment que cette prévalence est possiblement sous-évaluée. Les troubles bipolaires sont des maladies complexes, parfois difficiles à diagnostiquer (on estime le retard diagnostic à presque 8 ans) et à traiter. Pour poser le diagnostic d’un type de bipolarité, quel qu’il soit, un bilan médical rigoureux est nécessaire pour éliminer toutes les autres causes.
Le traitement du trouble bipolaire combine deux approches : un traitement de fond et un traitement symptomatique adapté aux besoins de chaque patient. » (source : Inicea).

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