ARTE : « Des bourreaux aux mains propres »

Un excellent documentaire sur l’être humain : la question de la violence, de la soumission, de la torture et de la démocratie.

Un documentaire d’Auberi Edler (France, 2019, 57mn), diffusé sur Arte le 26 nov 2019.

 » Système institutionnalisé. « On s’est habitué à l’idée qu’il serait moralement acceptable de ne reculer devant rien pour se sentir en sécurité », analyse Rebecca Gordon, professeure de philosophie à l’université de San Francisco. Du passé esclavagiste des États-Unis à l’usage, par d’anciens soldats devenus policiers, de techniques barbares à l’encontre des migrants hispaniques, ce documentaire, associant archives, éclairages de spécialistes et de témoins (historiens, avocats, anciens interrogateurs, victimes…), montre comment la torture s’est pernicieusement ancrée dans les mentalités américaines, au détriment des valeurs démocratiques.

Comment, au nom de la peur de l’ennemi communiste puis de la lutte contre le terrorisme, la culture de la torture s’est imposée aux États-Unis. Dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, les Américains, impressionnés par la capacité supposée des autorités soviétiques à extorquer des aveux fabriqués de toutes pièces lors de procès spectacles, s’intéressent au lavage de cerveau. Avec la complicité d’universitaires et de médecins sans scrupules, la CIA cherche alors à élaborer les techniques susceptibles de briser l’esprit humain sans laisser de traces physiques. Pendant que le psychiatre Ewen Cameron expérimente sur ses patients, à leur insu, un programme associant électrochocs, cure de sommeil ou privation sensorielle, le neurologue Harold Wolff et le neuropsychologue Donald Hebb définissent pour la CIA les deux principes fondateurs de la torture psychologique, codifiée en 1963 dans le « manuel d’interrogatoire Kubark » : la douleur auto-infligée, utilisée par le KGB, consistant à imposer à l’individu la station debout ou une position figée ; et la privation sensorielle, qui conduit rapidement à une déficience mentale grave. Les célèbres expériences de Milgram et de Zimbardo, qui ont montré l’influence du contexte dans le développement de comportements inhumains, et, plus tard, la série à succès 24 heures chrono inspireront elles aussi l’armée et les renseignements américains. De Guantánamo à Abou Ghraib, la guerre contre le terrorisme a ainsi mené à des dérives d’une cruauté indicible, dont seuls les exécutants directs ont eu à répondre devant la justice. « 

Violences – Journées de la SFPE-At

ARGUMENT
La violence, les violence convoquent sur des plans très différents les pratiques cliniques, les dynamiques sociétales, le geste artistique et, partant, l’esthétique.
Violences agies, violences subies — en clinique, celles-ci sont omniprésentes et réparties selon différentes strates — physiques, verbales, psychiques… De la violence fondamentale à la violence du traumatisme, des crises clastiques aux passages à l’acte
hétéro- et auto-agressifs, des violences institutionnelles aux agirs destructeurs — les différentes formes de violence témoignent d’un profond malaise dans la civilisation.
Le corps social, l’actualité elle-même sont traversés de multiples manières par les
violences, affrontements, conflits qui sont autant d’échecs de la pensée, du lien et du
dire.
La pratique artistique, quant à elle, a partie liée avec la violence dans son geste,
son contenu ou encore dans sa réception même. Le choc esthétique que produit l’œuvre d’art — les toiles d’un Caravage, d’un Bacon — nous met aux prises avec
l’impensable, l’impensé de la violence.
Pour Rainer Maria Rilke, « Le beau n’est que le commencement du terrible […] » et
André Breton de dire que « la beauté sera CONVULSIVE ou ne sera pas ». Comment l’œuvre fait-elle bord à la violence ?
Quelles représentations en fournit-elle ?
Quelle frontière trace-t-elle entre le sublime et l’horreur ?
C’est à ces différentes questions — cliniques, sociétales, artistiques, thérapeutiques — que nous tenterons de répondre en mettant à l’étude, lors des interventions, ateliers, intermèdes artistiques, les figures de la violence, des violences, et le travail de la civilisation à leur égard.

DATES 6-8/12/2019
LIEU : PARIS, ESPACE ARARAT – 11, rue Martin Bernard 75013 Paris

 

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11ème Congrès Vents d’Ouest

Accueil et Traitement des Violences

Prévention, accueil et traitement des violences : conjugales et intra-familiales, relationnelles à l’école et en institutions

5 & 6 décembre 2019, Palais du Grand Large, Saint Malo

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« Le stress post-traumatique, une urgence sanitaire », paru dans La Croix, mai 2018.

Article par Marie Boëton , le 15/05/2018, original dans La Croix : ici.

 » Les séquelles psychiques découlant d’une exposition à la violence sont mieux connues aujourd’hui. Mais les victimes restent encore peu prises en charge.

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Une victime d’attentat incapable de franchir le seuil de sa porte pour retrouver le grand air. Un migrant hanté par les flash-back lui rappelant les exactions de son pays. Une adolescente s’automutilant, seule dans sa chambre, après des abus sexuels répétés. Rien de commun a priori entre eux trois, mis à part une insondable douleur.

Tous pourtant souffrent du même trouble anxieux : l’état de stress post-­traumatique. « ESPT », dans le jargon médical. Trois symptômes le caractérisent : ceux qui en souffrent sont colonisés par des pensées récurrentes (souvenirs intrusifs, cauchemars), évitent tout ce qui pourrait leur rappeler le traumatisme et présentent des signes de tension constante.

La prise en charge du psychotraumatisme

Connue depuis des décennies, cette pathologie a longtemps été sous-diagnostiquée. Et, aujourd’hui encore, quand on parle « stress post-traumatique », on pense davantage aux GI de retour du Vietnam… qu’aux enfants battus. À tort. De nombreuses enquêtes de victimologie attestent de l’ampleur du phénomène et du profil varié des victimes. Si la prévalence de l’ESPT reste difficile à établir – tant les populations examinées diffèrent, tout comme les critères retenus –, on estime qu’environ 5 % de la population a présenté, au cours de sa vie, un état de stress post-traumatique.

 

Ayant pris conscience de l’urgence sanitaire entourant cette pathologie, les pouvoirs publics promettent l’ouverture, d’ici à 2019, de dix unités dédiées à la prise en charge du psychotraumatisme.

Il y a urgence, en effet. Souffrir de l’ESPT, c’est présenter un risque accru de dépression, mais aussi d’addiction. C’est souvent aussi rencontrer des difficultés d’apprentissage, voire, dans certains cas, multiplier les conduites asociales ou les comportements à risque. Tout cela est parfaitement connu des spécialistes… Mais de qui d’autre ? De pas grand monde.

Retrouver la nature du traumatisme pour guérir la victime

Ce que déplore la psychiatre Muriel Salmona : « Certaines victimes de stress post-traumatique s’isolent, d’autres versent dans la violence, d’autres présentent de graves retards cognitifs, mais, plutôt que de chercher le traumatisme à l’origine de cela, on le met sur le compte de leur personnalité, on les étiquette “psychotiques”. Bref, on les essentialise. Alors qu’au départ, il y a tout simplement une souffrance méconnue. » Une double peine pour les victimes.

En cas de violences récurrentes, et lorsque des enfants en sont la cible, les conséquences s’avèrent plus dramatiques encore. « Ils savent que ces maltraitances vont se reproduire, mais sont impuissants à les enrayer : dès lors, ils mettent en place des mécanismes de défense, comme le déni de réalité par exemple. Avec le risque, pour certains, de développer plus tard une personnalité borderline », déplore ThierryBaubet, professeur de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent et chef de service à l’hôpital Avicenne. Il nuance toutefois d’emblée : « Ce qui ne veut pas dire que derrière chaque trouble psy se cache un traumatisme dans l’enfance… »

Recours au « dépistage systématique des maltraitances »

Il n’empêche, l’urgence sanitaire est telle que le psychiatre et président de l’Institut de victimologie Gérard Lopez plaide pour un dépistage systématique des maltraitances : « On interroge bien les patients sur leurs antécédents chirurgicaux ou allergiques, pourquoi pas sur les violences graves auxquelles ils ont déjà été exposés. » C’est d’ailleurs ce que prône désormais l’association américaine de pédiatrie. « Les recherches sur le sujet avancent, poursuit le praticien, nos pratiques doivent aussi progresser ! »

Pour comprendre ce trouble anxieux, un détour par la neurobiologie s’impose. Face à un événement d’une extrême violence, certains individus se trouvent dans une détresse telle qu’un mécanisme de sauvegarde se met en place.

Un mécanisme qui fait « disjoncter » le circuit émotionnel. « Il s’agit d’un dysfonction

nement momentané des circuits cérébraux chargés de réguler les émotions et d’encoder les souvenirs », explique le neuropsychologue Francis Eustache. Le duo amygdale-hippocampe se trouve enrayé, aboutissant à une anesthésie émotionnelle – le fameux phénomène de dissociation – et à une distorsion de la mémoire (1).

« Ce ne sont pas réellement des souvenirs qui sont fabriqués à ce moment-là, mais plutôt des images fortes et disparates qui vont ensuite régulièrement faire intrusion chez le sujet, sans qu’il puisse les contrôler », poursuit le chercheur. La victime a mémorisé des détails épars des violences subies, mais pas le contexte de leur survenue. Dès lors, il suffit d’un détail (odeur, son, geste) évoquant ce contexte pour qu’elle le considère – à tort – comme à nouveau annonciateur de l’événement. D’où ces images récurrentes potentiellement terrorisantes…

Si ce mécanisme est désormais établi, reste à expliquer le comportement, parfois paradoxal, de certaines victimes. Pas simple. « Celles ayant subi des abus sexuels se remettent souvent en danger : en se scarifiant, en fréquentant des compagnons violents, en optant pour des pratiques sexuelles risquées, note Gérard Lopez. Il n’est pas exclu qu’elles cherchent ainsi à soulager leurs souffrances en recherchant l’anesthésie émotionnelle de la scène traumatique. »

Analyser l’origine et le contexte de « l’amnésie traumatique »

Autre paradoxe : comment comprendre que certaines oublient purement et simplement la violence subie ? « L’événement n’est pas racontable car la mémoire traumatique est comme anesthésiée, elle ne peut pas se transformer en mémoire autobiographique, explique Muriel Salmona. C’est ce qu’on appelle “l’amnésie traumatique”. »

Cette notion reste toutefois sujette à débat, certains chercheurs questionnant l’origine de cette amnésie. Les recherches se poursuivent donc autour de ce trouble encore en partie insaisissable. « Nous peinons à comprendre ce qui fait que, face à un même événement violent, certains réussissent à contrôler l’intrusion d’images de la scène traumatique quand d’autres restent submergés par elles », explique Francis Eustache. C’est tout l’enjeu de l’enquête « Remember »,menée avec d’autres spécialistes auprès de 120 victimes des attentats de novembre 2015, que de tenter de répondre à cette question.

« Amour et Violence »

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