webinaire « UN ENFANT EST BATTU », … 100 ANS APRES

Voici donc la 2è partie de ce webinaire qui aura lieu samedi 16 janvier prochain à partir de 9h. J’ai apprécié la qualité du 1er volet et ne peux que recommander ce 2è à venir.

Pour rappel, le 1er volet avait eu lieu le 7 novembre dernier. Ces deux webinaires proposent une lecture et réflexion sur un texte majeur de Freud, et sa prolongation dans notre contexte, 100 ans après. Ils sont proposés par l’association Caméléon , basée en Nouvelle Aquitaine, et qui a pour objet de, je cite « approcher les cultures adolescentes en lien avec la modernité : réalisation de projets de recherche (séminaires, conférences, bourses d’études, etc)réalisation d’actions d’information, de communication et de prévention des risques en santé de l’adolescent;réalisation d’actions d’information, de communication et de prévention auprès des proches et professionnels de l’adolescence;réalisation d’actions de formation et d’audits;réalisation de recherches actions dans le domaine de l’adolescence« .

Heure et lieu

16 janv. à 09:00 – 12:30Zoom

À propos de l’événement

9h : Ouverture : Dr VALÉRIE ADRIAN, pédopsychiatre, membre titulaire de la SFPEADA, trésorière de CAMÉLÉON.

9h15 : Soumission et survie… de la désobéissance.

Dr RÉMY PUYUELO, pédopsychiatre, psychanalyste, ancien membre titulaire formateur de la SPP, membre de la SEPEA, rédacteur en chef de la revue Empan.

9h45 : Du fantasme à la représentation, en art et au psychodrame.

SARA GUINDANI, docteur en philosophie, psychologue clinicienne, psychanalyste, directrice du programme « Politique des images » à la Fondation Maison des sciences de l’homme, enseignante en théorie de l’art à l’Université Paris 8 Vincennes-Saint Denis.

10h15 : Débat animé par le Dr VALÉRIE ADRIAN.

10h45 : table ronde « Actualité des violences de l’enfant et de l’adolescent : victime et/ou auteur ? »

· Violences sur l’enfant et protection de l’enfance.

MICHÈLE CRÉOFF, juriste, vice-présidente du Conseil national pour la protection de l’enfance.

· Doit-il y avoir une narration de la violence ? Une lecture des tendances actuelles et de leurs représentations pour l’enfant et l’adolescent.

FLORENT FAUGÈRE et JEAN-PHILIPPE MOUTTE, psychologues cliniciens, vice-présidents de CAMÉLÉON.

· Violences de l’image. Autour de la pornographie : activité ou passivité des enfants et des adolescents ?

MARION HAZA-PERY, psychologue clinicienne, maître de conférences HDR à l’université de Poitiers, secrétaire générale du CILA, présidente de CAMÉLÉON.

12h – 12h30 : réponses aux questions et conclusion

Tarif : Formation permanente: 50,00 € / Individuel : 25,00 € / Membre : gratuit / Étudiant ou sans emploi: gratuit

Renseignements : assocameleon33@gmail.com https://www.cameleon33.org/

Parentel recrute : poste de Direction à pourvoir

Merci de diffuser, et pour les personnes intéressées contacter à l’adresse indiquée en bas de l’annonce.

« Allô quoi… » – le bêtisier sur la Gestalt

Mon regard croise régulièrement de courts articles, interviews, sites de « professionnels » … qui ont une conception, et probablement formation à, « la Gestalt » qui interroge… Grave car cela induit en erreur, trompe et abuse les personnes en souffrance qui sont à la recherche d’espaces et de lieux tenus par des professionnels réellement formés (et non, au mieux !, plein de bonnes intentions comme les pavés menant à l’enfer), ayant eux-mêmes fait un parcours significatif de travail sur eux-mêmes, et en supervision professionnelle.

« J’ai choisi la Gestalt thérapie car c’est avant tout une philosophie de vie humaniste, « centrée sur la personne ». »
–> Une « philosophie de vie » ? Rappelons que la gestalt-thérapie est un modèle psychothérapeutique.

–> « Centrée sur la personne » ? Carl Rogers a été l’ « inventeur » du modèle de thérapie « centrée sur la personne », la gestalt-thérapie n’y est pour rien.

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X pratique son « métier passion », la Gestalt, « une thérapie alternative qui fait partie des médecines douces« .

–> une « médecine douce » ? Rappelons que la gestalt-thérapie est un modèle psychothérapeutique et ne relève pas de la médecine, douce ou autre

–> Une « thérapie alternative » ? Rappelons que la gestalt-thérapie est un des modèles psychothérapeutiques les plus répandus et connus (avec la psychanalyse, la systémique et les TCC), et ne relève pas de l’ « alternatif »

« Nous ne sommes pas des huîtres » par O. Steiner

Ce court texte m’a plu pour ce qu’il interpelle sur des mots devenus « concepts » comme celui de « résilience », utilisés à tire-larigot, et devenant porte-bannière d’une vision du monde implicite qui ne se questionne pas.

Paru dans Libé du 5 janvier 2021, par Olivier Steiner, écrivain, original ici.

Que cache le terme de «résilience» élevé au rang d’idéologie ? Telle l’huître qui fait de sa souffrance une perle, on nous enjoint de sortir plus forts du malheur.

Tribune. A l’origine, le terme était physique, «la résilience» était la capacité d’un métal à résister aux chocs et à reprendre sa structure initiale – chaque matière ayant son propre coefficient de résilience. Puis le terme est devenu une qualité de l’esprit, celle de résister aux traumatismes et aux aléas de la vie, le fameux (et fumeux) «pouvoir de rebondir».

Ce fut ensuite au tour des ONG qui voulaient renforcer la «résilience des plus vulnérables». C’est arrivé ensuite dans le monde de l’entreprise et de l’économie, les ressources humaines se sont mises à considérer la résilience comme une qualité d’embauche sine qua non, une sorte de «monnaie positive». Puis le télétravail s’est imposé, devenant une norme au nom de la résilience en temps de confinement, et ça a contaminé tout le vocabulaire comme un cancer qui métastase : résilience du marché de l’auto, balles de tennis à haute résilience, résilience climatique, etc. Jusqu’au champ lexical des politiques : la «start-up nation» se devra d’être résiliante, on donna même ce nom à une opération militaire ainsi qu’à une capsule spatiale. Puis c’est devenu une valeur morale, un but, un objectif, une injonction : une vertu sans vertu. Et le développement personnel de nous répéter qu’il faut aller de l’avant, avancer, ne pas se plaindre, positiver, se relever, bla-bla-bla.

La résilience est partout, on parle même de villes résiliantes, inventives, connectées entre elles. Mais que cache ce gentil terme de «résilience» ? Il part d’une image a priori inoffensive, celle de l’huître qui pour se protéger du grain de sable qui la blesse, sécrète du calvaire (lapsus, du calcaire) faisant ainsi de sa souffrance une perle. Et cette image a la vie dure ! Peu à peu nous sommes sommés de fabriquer des perles. Une sorte d’idéologie de la croissance appliquée au malheur. Car la résilience qui était le nom d’une faculté ou d’une qualité exceptionnelle est devenue une idéologie aux inquiétants accents darwiniens, une croyance en une sorte de résurrection qui est de moins en moins appelée ou souhaitée mais plutôt exigée et attendue.

Plus grave encore, elle gomme la souffrance, la négativité, les blessures voire les morts. Un monde résilient ne veut pas remettre en cause un fonctionnement mais impose une sorte de devoir psychologique à bien aller quoi qu’il arrive en demandant aux gens de s’accommoder au système en place, qu’il soit économique ou politique.

C’est pratique, la résilience ! Exit la résistance mais vive la résilience ! Et si la résilience était la version positive de la soumission ? C’est ainsi qu’un gilet jaune résistant fera entendre sa voix dans la rue, un gilet jaune résilient restera devant sa télé. Imagine-t-on De Gaulle appeler «la Résilience» son mouvement contre le nazisme ? C’eût été perdu d’avance. La Résilience aurait cherché à faire avec, à composer avec l’occupation nazie. Résistance, qui suppose combat et communauté, tend à disparaître sous le mot de Résilience qui implique individualité et passivité. Macron ne s’y est pas trompé en appelant «Résilience» son premier plan d’action contre le Covid-19, il disait en sous texte qu’il ne s’attaquerait pas aux causes structurelles de l’épidémie, le politique aujourd’hui cherchant à sauver le système en place, pour tenter de survivre jusqu’à la prochaine épidémie.

Mais je ne suis pas une huître, je ne fais pas des colliers de perles de mes blessures, ce qui ne m’a pas tué ne m’a pas rendu plus fort, au contraire. J’ai eu du temps en 2020 mais c’était un temps empoisonné, négatif, morbide, peu favorable à la création, et non je n’ai pas été résilient, non je n’ai pas été «gentil», j’ai même été malade au point de passer à deux reprises par la case hôpital. Je ne suis pas mort, certes. Mais ce qui ne m’a pas tué m’a tué autrement. Serai-je résilient en 2021 ? On verra. Mais il est possible que je ne le sois jamais. Nous sommes toujours dans le temps du traumatisme, et je crois qu’il va durer, en appeler encore et toujours à la sempiternelle résilience (subito Résilient, Santo subito) c’est nier cela : ce temps de nos blessures, de notre douleur, de nos maux. Car enfin, si je ne suis pas cet être résilient que la société attend de moi, où sera ma place dans ce monde croissant, toujours plus positif, celui des héros résilients, et des autres culpabilisés et passés sous silence ?

Olivier Steiner est un écrivain, producteur de radio et chroniqueur français. Il publie en mars 2012 aux éditions Gallimard son premier roman, Bohème, et est récompensé du prix Rives Gauche à Paris avant de continuer avec La Vie privée en 2014. Il publie un nouveau roman en 2016, La Main de Tristan, qui est un récit intime entre l’auteur et le metteur en scène Patrice Chéreau, sélectionné pour le Prix Wepler.

Inceste et enfants du silence…

L’actualité – cf. article du Monde paru ce mardi 5 janvier 2021, ci-dessous – nous rappelle la violence de l’inceste.

Muriel Salmona , psychiatre psychotraumatologue, qui fait référence en France sur la questions des violences sexuelles intra familiales faites aux enfants, rappelle :

« La famille est le lieu où s’exercent la grande majorité des violences envers les enfants et la quasi totalité des homicides d’enfants. Selon les statistiques (Observatoire National de la Délinquance, 2010, par le 119, numéro d’appel pour les enfants en danger) les auteurs des violences sont très majoritairement les parents, les pères pour les violences sexuelles (81,6% des auteurs), les mères pour les négligences graves et les conditions d’éducation défaillantes (en sachant que les enfants sont le plus souvent avec leur mère), et les violences graves sont également partagées. En toute impunité, la famille peut se révéler comme une des pires zones de non-droit, et se transformer en un véritable système totalitaire où tous les droits fondamentaux des enfants peuvent être bafoués, où il est possible de commettre des crimes et des délits inconcevables sur des personnes sans défense, totalement dépendantes, et privées de liberté. L’enfant est encore trop souvent considéré comme la propriété de ses parents auxquels il doit respect et obéissance quoi qu’il arrive. (…) ». (article complet ici)

Par Ariane Chemin, Le Monde, 4 janvier 2021, original ici.

ENQUÊTE

Dans « La Familia grande », publié au Seuil jeudi 7 janvier, la juriste Camille Kouchner accuse son beau-père d’avoir abusé de son frère jumeau quand ils étaient adolescents. Le célèbre constitutionnaliste a démissionné de la Fondation nationale des sciences politiques.

Les affaires d’inceste sont des histoires de mutisme et d’omerta. Celle-ci est une suite de silences emboîtés. Nous sommes à la fin des années 1980. Dans une famille d’intellectuels parisiens, un garçon de 13 ans voit son beau-père, universitaire de renom, s’inviter le soir dans sa chambre. Il confie ce secret à sa sœur jumelle, Camille, mais lui demande de se taire. L’inceste, un crime sur lequel ces adolescents ne posent pas encore de nom, dure deux ans au moins. Vingt années plus tard, alors qu’ils ont chacun atteint la trentaine, la jeune femme pousse son frère à confier enfin cette souffrance enfouie à leur mère. Mais celle-ci décide de protéger son mari et reste muette, elle aussi, comme les amis du couple, des personnalités en vue soucieuses d’éviter tout scandale.

Ce beau-père si longtemps secouru, c’est le politiste Olivier Duhamel. Son épouse ? Evelyne Pisier, une spécialiste de l’histoire des idées politiques, décédée en 2017. Sa fille Camille, née comme ses frères d’un premier mariage avec l’un des pionniers de la médecine humanitaire, l’ancien ministre Bernard Kouchner, dévoile cette histoire édifiante dans un récit intitulé La Familia grande, qui doit être publié jeudi 7 janvier aux éditions du Seuil. Juriste et spécialiste du droit du travail, Camille Kouchner a voulu, même si les faits en question sont frappés de prescription, rendre compte de l’emprise exercée, selon elle, par cet homme qui les a en partie élevés, elle et ses frères. « Pourquoi aurait-il le droit de vivre hors de cette réalité quand, moi, elle me hante ? »

Olivier Duhamel est un homme doté d’une surface sociale comme Paris sait si bien en faire émerger. A 70 ans, le constitutionnaliste règne sur la Fondation nationale des sciences politiques (FNSP), qui finance Sciences Po et dont le conseil d’administration est l’un des lieux d’influence les plus verrouillés du monde universitaire. Ni vraiment militant ni pur mandarin, il est l’auteur d’un ouvrage potassé par des milliers d’étudiants en droit « constit », La Gauche et la VRépublique (son sujet de thèse, publié aux PUF en 1980), et préside Le Siècle, ce club prestigieux – et très masculin – où se retrouve l’élite française.

Il coanime aussi chaque samedi sur Europe 1 l’émission « Mediapolis » et commente l’actualité politique sur les plateaux de la chaîne LCI. Enfin, il est membre du comité de pilotage de la Fondation Culture et diversité, de son ami l’homme d’affaires Marc Ladreit de Lacharrière. Olivier Duhamel, ancien compagnon de route du Parti socialiste et député européen de 1997 à 2004, n’a jamais quitté la scène du pouvoir. Le 23 avril 2017, cet ami de François Hollande faisait partie des happy few réunis à la brasserie parisienne La Rotonde pour fêter la victoire d’Emmanuel Macron au premier tour de la présidentielle.

(…)

« En 1988, ma mère sombre dans l’alcoolisme », résume Julien Kouchner. Cette même année, son premier mari, Bernard Kouchner, est nommé secrétaire d’Etat chargé de l’insertion sociale dans le premier gouvernement Rocard. Ce n’est plus le Vietnam ou l’Afrique qui éloignent le « French doctor » de ses enfants, mais ses charges ministérielles.

« Quel salaud »

D’après Camille Kouchner, l’inceste commence cette année-là. « Je pense qu’on avait 13 ans et que mon frère me le raconte quand on en a 14. » Elle dit entendre encore les pas de son beau-père dans le couloir, le soir, et la porte de la chambre de son jumeau qui se ferme. « Tout le monde fait ça »,assure Olivier Duhamel à son beau-fils, d’après le récit de Camille Kouchner. Pourtant, il faut se taire. A sa sœur, « Victor » confie : « Il dit que maman est trop fatiguée, qu’on lui dira après. » Quand le beau-père quitte la chambre, il passe dire bonsoir à sa « Camouche », comme il la surnomme, et la rassure : « Tu sais, pour ta mère, chaque jour est une victoire. Chaque jour est un jour de gagné. Laissez-moi faire. On va y arriver. » Un pacte tacite se noue alors : motus sur l’anormal contre la promesse d’un retour à la normale. L’adolescente aime Olivier Duhamel « comme un père ». S’il agit ainsi avec « Victor », se persuade-t-elle, c’est que ce n’est ni grave ni mal. « Ça s’appelle l’emprise, analyse-t-elle trente-deux ans après. Pendant toutes ces années, plus que de me taire, j’ai protégé mon beau-père. Face à l’alcoolisme de ma mère, il organisait nos vacances, nous emmenait au ciné, m’initiait au droit… » Et puis, « Victor » lui-même exige que sa jumelle n’en dise rien. « Fais-le pour Evelyne, insiste-t-il, sinon, il va se suicider et elle ne va pas le supporter. » Vingt ans passent. Les jumeaux cachent tout. Jusqu’à ce qu’un jour de 2008 ou 2009 leur frère aîné Julien annonce son intention d’envoyer ses propres enfants à Sanary passer l’été chez « Olivier » et leur grand-mère. Camille presse « Victor » : il faut confier le secret à Julien et s’ouvrir aussi à leur mère, Evelyne. « Je hais ce con et je ne veux plus entendre parler de rien », rétorque « Victor ». Camille prévient : « Si tu ne le fais pas, c’est moi qui le ferai. »Julien Kouchner revoit la scène, plus qu’il ne se souvient des mots : « C’était juste avant l’été. Mon petit frère vient jusqu’à mon appartement. Il s’est posé sur le bord de la fenêtre. J’écoute, sidéré. Je revisite d’un coup son attitude, ses énervements et sa manière de fuir à chaque discussion familiale. Je comprends enfin. Il me parle de prescription. Je pense à mon beau-père et je me dis : “Quel salaud, ça relève du pénal !” Ensuite, un rideau tombe devant moi, comme au théâtre. Je comprends que les vingt-cinq ans de souvenirs familiaux que je me suis forgés sont tous faux. Cette idée me ronge et ne me quitte plus. Depuis ce jour, ma vie est abîmée. »

Ambiance mortifère

L’été passe. Julien ne se rend pas à Sanary. En septembre, « Victor » finit par aller livrer son secret à sa mère. Un tsunami. Selon les enfants Kouchner, Olivier Duhamel ne nie les faits que durant 48 heures. Evelyne se réfugie chez sa sœur Marie-France, qui n’a jamais habité très loin d’elle. « J’étais à la maison, chez mes parents, à Paris, témoigne la comédienne Iris Funck-Brentano, 34 ans, fille de l’actrice et de l’homme d’affaires Thierry Funck-Brentano – lui-même cousin d’Olivier Duhamel. Evelyne est arrivée en larmes, puis mon père a débarqué. Ils ont fermé la porte. J’ai demandé : “Qui est mort ?” Ils m’ont répondu : “Personne, mais pour l’instant on ne peut rien te dire.” C’était bizarre, car je me disais qu’il n’y a pas pire que la mort, et pourtant ce n’était pas elle. »Au fil des jours, comme dans tant d’histoires d’inceste, Evelyne Pisier choisit de protéger son mari. Tous les arguments sont bons. Successivement, on l’entend dire : « Il regrette, tu sais. Il n’arrête pas de se torturer. » « Olivier a réfléchi, (…) tu devais déjà avoir plus de 15 ans… » « Ton frère n’a jamais été forcé. » Elle va jusqu’à accuser Camille (« Si tu avais parlé plus tôt… »). « Evelyne était faible, elle ne pouvait pas accuser son premier soutien : son mari. Il fallait un coupable, ça a été sa fille »,confirme une amie de toujours d’Evelyne Pisier. L’universitaire estime aussi que puisqu’il n’y a pas eu sodomie, mais « seulement » fellations, il n’y a pas viol. « Après plusieurs semaines, Evelyne se met même à expliquer que la vraie victime, c’est elle, poursuit Julien Kouchner. C’est là que nous, les enfants, avons perdu notre mère. » Marie-France et Evelyne Pisier étaient plus que des sœurs, des confidentes inséparables. Pour la première fois, elles ne se comprennent plus. « Dès qu’elle a su pour Olivier, Marie-France a parlé à tout le monde. Elle voulait lui faire la peau », poursuit Camille Kouchner. Aussitôt, elle propose d’héberger Evelyne. « Pars ! Parle ! » En vain. « Ma mère était très choquée que sa sœur ne protège pas d’abord ses enfants et que personne ne réagisse, ajoute Iris Funck-Brentano. Elles se sont brouillées. Je me souviens de tas de tentatives de réconciliation, toutes se soldaient par des échecs. » Evelyne Pisier s’entoure de nouvelles connaissances, prend sous son aile de jeunes élèves, puis une éditrice,reproche à sa sœur de lui « voler [sa] vie ». Quand, aux premiers jours du printemps 2011, Marie-France Pisier est retrouvée au fond de la piscine de sa maison de vacances de Saint-Cyr-sur-Mer, à vingt minutes de Sanary, le corps coincé par une lourde chaise en fer forgée, la presse déploie ses gros titres, mais ne devine rien du drame familial qui se joue en coulisses. Accident, vraiment ? « On a compris qu’Evelyne pensait que Marie-France s’était plutôt suicidée », affirme aujourd’hui Camille Kouchner. Son frère Julien est terrorisé. Dans le cercle des intimes, l’ambiance est mortifère. Une enquête est ouverte, puis fermée sans conclusion précise. Une amie de Marie-France Pisier témoigne auprès des enquêteurs que les raisons de brouille de la défunte avec sa sœur sont à chercher du côté d’Olivier Duhamel.Solide cordon sanitaire « Victor » est alors convoqué par la brigade des mineurs. Il dépose sur procès-verbal les éternels réflexes de culpabilité des victimes d’inceste et refuse de porter plainte. « Ils ne vont quand même pas foutre en l’air ce que j’ai construit au boulot, avec mes enfants, ma vie ! », lâche-t-il à ses frère et sœur. Dans leurs conversations, ils évitent le sujet. Sauf une fois.« C’était quelques mois plus tard, en avril 2012, au cœur de l’affaire du Carlton de Lille », raconte Julien Kouchner. Olivier Duhamel avait signé dans Libération une tribune où il s’en prenait à ces « chiens » de journalistes, ces « procureurs des mœurs » qui s’acharnaient sur Dominique Strauss-Kahn, impliqué dans cette affaire de prostitution. « Il saluait le courage d’Anne Sinclair, restée silencieuse aux côtés de son mari “pour le meilleur et pour le pire”. Ma mère avait sans doute relu le texte. Mon frère a pris son téléphone et m’a dit : “Comment il ose !” » Craignant que la mort de Marie-France Pisier ne mette la presse sur la piste de la brouille, donc de l’inceste, « Victor » décide un peu plus tard de confier son secret à son père. Alors que Bernard Kouchner compte aller « péter la gueule » à Duhamel, Camille insiste : « “Victor” ne veut pas en parler. Il faut avancer. » L’ancien ministre s’incline. La « familia grande », elle, reste dans son entre-soi. Une fois informés, seuls quelques habitués de la maison de Sanary rompent avec le couple Duhamel ; rares sont ceux qui, comme Fabienne Servan-Schreiber par exemple, viennent réconforter les enfants d’Evelyne. Le cordon sanitaire est solide. Au fond, seule la génération des « fils et filles de Sanary » se torture vraiment. Aux enfants Kouchner, ils rapportent, choqués, les conversations de leurs parents. Certains « anciens » accordent foi à l’histoire d’amour « vendue » par Olivier Duhamel et sa femme – et parlent même de « consentement », confie l’un des rares parents lucides. « Qui sommes-nous pour juger ? », entend-on chez les uns. « Ils sont cruels, ils la privent de ses petits-enfants », se désolent d’autres. Et encore : « L’inceste, il ne faut pas. Mais crier avec la meute… » Camille Kouchner bondit. « La meute ? Mais quelle meute ?, s’indigne-t-elle. De quoi parle-t-on ? La seule meute, c’est celle qui fait taire les victimes ! »

Un écrit libérateur

« J’ai aussi entendu : “C’était l’époque.” Alors ça, ça me rend dingue, réagit encore la juriste. C’est une manière de dire : “Ferme-la.” Il y avait de la déviance dans tout ça, point. Leurs copains se sont terrés. Ils nous avaient quasiment élevés, et ils ne sont pas venus (…) nous réconforter. » Gêne, lâcheté… « C’est comme si on était radioactifs. On n’existait plus. Surtout, ils auraient pu aller trouver notre mère pour lui dire : “Non mais, ça va pas la tête, Evelyne ?” Ils avaient peur de quoi ? De perdre Duhamel ? »Dans les affaires d’inceste, il faut souvent que l’un des parents disparaisse pour que la parole affleure. Evelyne Pisier meurt cinq ans après sa sœur, en février 2017, à la suite d’une opération qui a mal tourné. Ses enfants ne sont prévenus qu’après son décès. Quinze jours avant son hospitalisation, ils s’étaient croisés quelques instants – des moments devenus rares. Evelyne avait regardé sa fille dans les yeux : « Je sais très bien que vous vous en prendrez à Olivier quand je ne serai plus là. » Le ton était agressif. « Etait-ce un reproche? Ou, qui sait, peut-être un feu vert libérateur ? », s’interroge encore Camille Kouchner.

De ce jour-là, en tout cas, le livre commence à mûrir. Dix ans de psychanalyse et la lecture des travaux d’une psychiatre spécialisée dans les traumatismes de victimes font le reste :

« Muriel Salmona explique que les violences ne concernent pas seulement les victimes directes, même si les autres n’ont pas de statut en droit, précise Camille Kouchner. Le mot “victime” lui-même me dérange, d’ailleurs. Il emprisonne et condamne à nouveau mon frère. Je cherche, mais je n’arrive pas à trouver le juste terme. Je dirais que mon frère est un rescapé, et moi, j’aimerais ressembler à une affranchie. Adios ! Je veux m’évader de cette mafia qu’a été “la familia grande”. » Sa cousine Iris applaudit : « La peur doit changer de camp. Vous n’imaginez pas ma fierté que Camille ait osé écrire. » Julien Kouchner, le frère aîné, abonde : « Ma sœur est très courageuse. »

Jusqu’au dimanche 3 janvier, Olivier Duhamel n’était pas au courant de la publication du manuscrit. Sollicité par Le Monde, il n’a pas voulu commenter les accusations portées contre lui : « Je n’ai rien à dire là-dessus.»

Lundi après-midi, il a fait savoir sur Twitter qu’« étant l’objet d’attaques personnelles, et désireux de préserver les institutions dans lesquelles |il] travaille », il démissionnait de la présidence de la FNSP.

La confidentialité du texte a été préservée jusque début janvier par Camille Kouchner et Mireille Paolini, son éditrice au Seuil. Une maison d’édition où M. Duhamel a été auteur et éditeur de divers textes, à commencer par la fameuse revue de la FNSP qu’il a fondée en 1977 : Pouvoirs.

« Le Monde », Ariane Chemin

« L’obsession du temps présent » par François Hartog

…ou le retour de Chronos. François Hartog est l’un de nos plus grands historiens qui a le plus pensé notre rapport au temps. Voici une courte interview (5′) par Thomas Snégaroff dans l’émission « Regard sur l’info » du 3 janvier 2021. Elle vaut le détour pour ce que Hartog nomme le présentisme… Si le ici-et-maintenant a tout son sens par exemple en gestalt-thérapie, ce n’est qu’au prix de sa non-dogmatisation, non-idéalisation et non-réification…

Au début du mois de décembre, le magazine Time faisait de 2020 « la pire année de l’histoire ». François Hartog, je ne vais pas pour demander si c’est vrai ou pas, mais comment vous réagissez en voyant notre présent nier ainsi notre passé ? 

François Hartog : Il me semble que c’est assez caractéristique de ce que j’appelle « le présentisme », c’est-à-dire qu’on peut, de notre petit présent, juger de manière souveraine et décréter cela. C’est au fond une illusion et aussi une forme d’arrogance. Accorder une forme de privilège absolu à notre présent.  

Est-ce une rupture dans notre Occident chrétien, un nouveau rapport au temps que ce « présentisme ». 

Oui,  les dernières décennies ont été marquées progressivement partout par le fait que le présent est la seule catégorie active. Le témoignage de cela, c’est l’économie des médias qui sont dans l’instantanéité, dans l’immédiateté, alors que rappelons-nous encore au milieu des années 1960-1970, la grande catégorie, vers laquelle on se tournait, dans laquelle on mettait tous ses espoirs c’était le futur. Et le présent lui-même pouvait être considéré sans importance véritable, puisque l’important était d’aller vers le futur. Et ceux qui ont poussé le plus loin cette attitude ce sont les communistes, puisque l’espérance révolutionnaire faisait que les générations du présent devaient se sacrifier pour celles de l’avenir. Et nous, on est passé d’un extrème à l’autre. Il n’y pas plus que du présent et un présent qui se veut se confiner sur lui-même.  

On ne regarde donc plus un avenir, au moins radieux, mais comment regarde-t-on le passé ? J’ai l’impression qu’on le regarde avec de plus en plus de nostalgie. 

Il y a deux perspectives aujourd’hui. Ou bien le passé n’existe plus : tout ce qui est hier ou il y a 3000 ans, c’est la même chose. Mais nous avons aussi vécu depuis les dernières décennies sous l’empire de la Mémoire. Elle a fait revenir des éléments du passé qu’on avait oublié, maltraité, les événements traumatiques. Elle est aussi un moyen dans une conjoncture, où le présent occupe une si grande place, d’y échapper. Et c’est là que la nostalgie opère.  

La mémoire est non de l’histoire…La mémoire c’est d’ailleurs l’initation du passé dans le présent. 

Oui, la mémoire n’ouvre pas sur l’avenir. Alors que l’Histoire, concept, porté par le temps moderne était futuriste. On regardait toujours le passé en imaginant l’avenir.  

Regrettez-vous ce nouveau rapport au temps ? 

Moi ce qui m’intéresse, c’est de le comprendre. Et de dire aux générations actuelles qu’il y a eu d’autres rapports au temps et il y a peut-être quelque chose à retirer de ces autres expériences du temps, pour pouvoir mieux questionner nos évidences contemporaines, comme de dire que « 2020 est la pire année de notre histoire ».  

L’émission est à ré-écouter ici : https://embed.radiofrance.fr/franceinfo/player/aod/eda4e261-2794-4871-b796-267361e3c2e3

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Gallimard Bibliotheque Des Histoires

1 Octobre 2020

Sciences humaines & sociales

« Omniprésent et inéluctable, tel est Chronos. Mais il est d’abord celui qu’on ne peut saisir. L’Insaisissable, mais, tout autant et du même coup, celui que les humains n’ont jamais renoncé à maîtriser. Innombrables ont été les stratégies déployées pour y parvenir, ou le croire, qu’on aille de l’Antiquité à nos jours, en passant par le fameux paradoxe d’Augustin : aussi longtemps que personne ne lui demande ce qu’est le temps, il le sait ; sitôt qu’on lui pose la question, il ne sait plus. Ce livre est un essai sur l’ordre des temps et les époques du temps. A l’instar de Buffon reconnaissant les « Époques » de la Nature, on peut distinguer des époques du temps. Ainsi va-t-on des manières grecques d’appréhender Chronos jusqu’aux graves incertitudes contemporaines, avec un long arrêt sur le temps des chrétiens, conçu et mis en place par l’Église naissante : un présent pris entre l’Incarnation et le Jugement dernier. Ainsi s’engage la marche du temps occidental. On suit comment l’emprise du temps chrétien s’est diffusée et imposée, avant qu’elle ne reflue de la montée en puissance du temps moderne, porté par le progrès et en marche rapide vers le futur. Aujourd’hui, l’avenir s’est obscurci et un temps inédit a surgi, vite désigné comme l’Anthropocène, soit le nom d’une nouvelle ère géologique où c’est l’espèce humaine qui est devenue la force principale : une force géologique. Que deviennent alors les anciennes façons de saisir Chronos, quelles nouvelles stratégies faudrait-il formuler pour faire face à ce futur incommensurable et menaçant, alors même que nous nous trouvons encore plus ou moins enserrés dans le temps évanescent et contraignant de ce que j’ai appelé le présentisme ? »

« On a vécu dans nos corps l’expérience de l’ »effondrement » par Cynthia Fleury

Interview intéressante à plusieurs titres, je relèverai ici les notions d’ « incertitude » et de « corps », familières et qui font partie de « l’ADN » du modèle théorique, de la méthodologie et du dispositif en gestalt-thérapie.

Paru dans Le Figaro Madame par Ophélie Ostermann, le 22 décembre 2020, original ici.

Interview- Après plusieurs mois régis par la pandémie de Covid-19, il n’aura jamais été autant question de notre santé mentale, «sursollicitée», insiste la philosophe et psychanalyste Cynthia Fleury. En cette fin de mois de décembre, elle revient sur les répercussions de douze mois inédits sur les corps et les esprits.

Madame Figaro : Le 3 décembre, vous vous êtes jointe à des psychologues et psychiatres pour alerter sur les conséquences de la pandémie sur notre santé mentale. Vous avez ainsi rappelé que cette année 2020 avait fait ressurgir dans nos quotidiens le “réel de la mort”. C’est-à-dire ?

Cynthia Fleury (1).- La Covid-19 met en exergue l’extinction d’expérience épidémique qui est la nôtre, par rapport aux générations bien antérieures. C’est une conquête pour nos vies quotidiennes, qui sont plus douces, mais qui nous préparent moins à tolérer le risque que représente un compagnonnage avec le réel de la mort. Résultat, à cause de cette amnésie générationnelle, nous sommes plus fébriles, émotionnellement, face à cet événement.

Vous soulignez que cela sur-sollicite notre santé mentale…
Oui, elle va l’être à différents niveaux : 1 patient sur 5, qui a été positif à la Covid-19, développe dans les mois qui suivent la rémission des troubles psychiatriques : anxiété, insomnie, troubles compulsionnels. Il y a tous les patients atteints de pathologies psychiatriques qui avaient été plutôt épargnés lors du premier confinement qui là sont en décompensation plus conséquente, et il y a tous ceux qui sont sans antécédent psychiatrique, mais qui sont bouleversés dans leur vie, notamment avec une insécurisation économique maximale, qui éprouvent des troubles dépressifs.

Beaucoup ont l’impression de ne pas être atteint psychologiquement par l’épidémie. Quels signes ne trompent pas ?
L’incapacité de se concentrer et de se «reposer». Autrement dit, le sentiment d’hyper-vigilance, d’être agité, azimuté, inquiet sans raison apparente, fatigué sans raison apparente. Tout cela est le signe d’une lassitude mentale. Les troubles du sommeil et la permanence de l’anxiété, le sont également.

D’un côté nous nous sommes rapidement adaptés depuis le début de l’épidémie, de l’autre notre santé psychique est loin d’être épargnée. Pourquoi ? Qu’est-ce qui d’après vous, nous touche le plus durement ?
En fait, l’incertitude va devenir dans les années futures un champ d’expérience prioritaire. Or l’on sait que la tolérance au risque et à l’incertitude est un marqueur très pertinent pour évaluer une santé psychique. Or, le monde de demain va nous sursolliciter par rapport à cette aptitude. Entre le premier et le deuxième confinement, il y a la confirmation d’un fait : ce n’est pas seulement un «hapax» – un inédit, un accidentel – c’est du systémique, du récurrent. C’est la certitude que nous allons de nouveau être victimes de failles systémiques, avec des conséquences très directes dans nos vies. En somme c’est la conscientisation et l’expérience dans nos corps de l’«effondrement», et cela est très anxiogène. Le sentiment d’être dans des impasses, piégés, conscients des changements nécessaires mais les effets d’emballements sont maintenant compris, ce que la «modélisation dite de l’effondrement» tentait de faire comprendre, comment il se joue des irréversibilités, un phénomène de rétroactions, qu’on ne peut maîtriser. Il y a aussi le sens de la communauté qui change : l’affectio societatis, la qualité de nos sociabilités, bien sûr chacun a vu la valeur de l’éthique du care mais au jour le jour chacun perçoit la distance, avec des interrogations sur la durabilité de ce phénomène, son ancrage ou non dans les comportements, le fait que cela atteint nos résiliences et ressourcements possibles.

Après presqu’un an de pandémie, qu’observez-vous concrètement en cabinet chez vos patients et en supervision des soignants ?
Une vraie fatigue, une forme de découragement, de ras-le-bol généralisé, de sentiment d’un jour sans fin, de mauvaise répétition. Une forme d’assèchement aussi, avec le manque de relations sociales. Le fait de ne pas pouvoir se projeter aisément dans l’avenir commence aussi à peser.

Notez-vous des profils plus impactés que d’autres ?
Les enfants et les adolescents qui avaient été relativement épargnés lors du premier confinement sont plus exposés. Il y a une vraie fatigue mentale, le manque de sociabilisation, des fêtes, tout cela provoque une volonté de débordement chez certains.

Le reconfinement a été marqué par un sentiment nouveau ou plus présent : la colère. Contre le gouvernement, contre la mesure restrictive, ou contre celles et ceux qui ne respectent pas les règles, peut-elle laisser des traces dans le corps et l’esprit ?
Le problème n’est pas seulement ce nouveau confinement mais le fait qu’il y ait la possibilité d’un énième confinement, autrement dit d’une réédition incessante du stop and go, comme autant de faux départs. Résultat, vous avez une réaction d’attentisme généralisé et de frustration, et tout cela est intrinsèquement inflammable.

Restaurants, bars, cinémas, théâtres… Nous avons été privés des lieux dans lesquels nous vivons, nous nous ressourçons, dans lesquels nous éprouvons du plaisir. À long terme, cela aura-t-il des répercussions sur notre psychisme ?
Ce sont des lieux de convivialité où l’on échange de façon empathique avec les autres. Et puis ce sont des lieux «culturels» qui nous permettent aussi de sublimer les instincts mortifères, qui nous aident précisément à produire de la résilience. Heureusement rien n’est irréversible, et dès que ces lieux réouvriront nous retrouverons cette aptitude à la convivialité ou à la sublimation. En revanche, le problème est la survie économique de ces lieux et du monde de la culture.

Vous dites que l’incertitude ambiante peut avoir des conséquences sur la santé mentale. Pourquoi avons-nous besoin de certitudes pour avancer sereinement ?
C’est toujours une affaire de nuances. Trop de certitudes, et le schéma dans lequel vous êtes est psychorigide, dogmatique, incapable d’adaptation, sectaire et réfractaire. Trop d’incertitudes, et c’est alors une forme de panique ou d’automatisme annihilant la personnalité, comme si on se mettait en pilotage automatique.

Il faut, selon vous, se saisir de cette question de la prévention en matière de santé mentale. Quelles sont les urgences ?
Notre approche de la santé mentale est encore trop dramatisante et stigmatisante comme si la santé mentale s’occupait des marginaux alors même qu’elle fait partie intégrante de la santé, et qu’elle concerne chacun d’entre nous. L’objet de la santé mentale c’est la personne, la protection de la singularité, et non pas l’anormalité au sens de ce qui serait «dégénéré».

(1) Cynthia Fleury est professeur titulaire de la Chaire Humanités et Santé du Conservatoire National des Arts et Métiers, titulaire de la Chaire de Philosophie à l’Hôpital du GHU Paris Psychiatrie et Neurosciences. Elle est également auteure de Ci-gît l’amer, guérir du ressentiment, (Éd. Gallimard).

Bienvenue 2021 !

ANNE-SOPHIE MUTTER ~ Mozart Violin Concerto # 3 in G major – Camerata Salzburg

K.216 était le concerto pour violon et orchestre qui a fait « percer » Mozart, avec son style français flamboyant dans son mouvement d’ouverture. Anne-Sophie Mutter dirige l’Orchestre Camerata de Salzburg dans une interprétation encore une fois extraordinaire par cette violoniste virtuose.

K.216 was Mozart’s « break out » concerto for violin and orchestra with its flamboyant French style in its opening movement. Anne-Sophie Mutter plays and conducts the Camerata Salzburg Orchestra in another outstanding performance by the virtuoso violinist.

« Humans of Gestalt » in EAGT Winter 2020’s newsletter

Dans la lettre d’information Hiver 2020 de l’EAGT, j’ai eu plaisir de contribuer en invitant les deux créatrices du projet « Humans of Gestalt » à nous en dire plus. Cela a donné l’interview ci-dessous. J’ai eu par ailleurs moi-même plaisir de participer à ce projet en août dernier (voir post ici).

EAGT lettre d’infomation Hiver 2020

Membre depuis quelques années de la petite équipe contribuant à la « newsletter » de l’EAGT (Association Européenne de Gestalt-thérapie, membre de l’EAP – Association Européenne de Psychothérapie) qui paraît deux fois par an, j’ai eu le plaisir cette fois-ci d’en rédiger l’introduction.

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