Enric Benito : « Mourir est un processus intéressant, ça ne fait pas mal et ça finit bien »

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11.04.2019 – Madrid, Espagne Redacción Madrid

Par Javier Pagola/Unai Beroiz/Nouvelles de Navarre

Le Dr Enric Benito possède une vaste expérience clinique en oncologie et en soins palliatifs. Il fait partie du groupe sur la spiritualité de la Société espagnole de soins palliatifs. À la fin de cette entrevue, vous trouverez la vidéo complète de la conférence qu’il a donnée à 550 personnes en novembre 2018, au Forum Gogoa.

–Enric Benito répète souvent que « mourir est normal et que cela finit toujours bien ». La première chose est évidente : Borges a écrit que « mourir est une coutume qu’ont les gens, comme la sieste ». Mais pourquoi est-ce que cela finit toujours bien ?

–Quand j’essaie de faire de la pédagogie, je fais face à une société où la peur et l’ignorance sont si grandes que je me donne la permission de provoquer un peu avec mon langage. Mourir est le processus le plus intéressant de notre vie. Ce sont des moments d’intensité vitale et anthropologique maximale. Il est dommage de ne pas être prêt à mourir, et avoir peur de la mort, c’est perdre la vie. Beaucoup d’entre nous vivent à la périphérie de nos profondeurs, nous ne nous connaissons pas nous-mêmes, et se dire au revoir sans se connaître est très triste : c’est de là que viennent la peur et l’incertitude. Mourir n’est pas facile, mais ce n’est pas comme on le pense, ni aussi simple que je le peins. Eh bien, pour commencer, personne n’est laissé à moitié mort ; le processus se termine avec des gens bien morts. Les temps changent et, comme le disait un humoriste, « avant, les gens mourraient plus jeunes et d’un coup ; maintenant, nous mourons à un âge avancé et après plusieurs tentatives. Mais c’est qu’après mon expérience au pied du lit de centaines de patients en agonie, m’approchant d’eux avec respect, intérêt et curiosité pour comprendre ce processus, j’ai eu de nombreuses surprises. Je sens, j’observe, que tout finit bien, dans une conscience heureuse, après avoir trouvé le plus intime et le plus profond de notre intérieur. Et j’en ai conclu que résister n’empêche pas le processus de la mort, mais le complique.

–Ne craignez-vous pas la mort ? Quel est le sens de la vie et de la mort ? Comment les considérez-vous ?

–Je n’ai pas peur de mourir. La mort n’est pas, comme disent certains, « la fin de la vie ». Et ils le disent parce qu’ils ne veulent pas nommer la mort. Mais la mort n’est rien d’autre que l’épouvantail que nous avons habillé de nos peurs. La vie n’a pas de fin. Ce qui a une fin, c’est notre petite biographie. Il n’y a pas de mort, il y a le processus de la mort. Comme celui de la naissance. Il y a une mort, comme il y a une naissance. Il n’y a pas non plus de « malades en phase terminale », mais plutôt des « malades en phase culminante » qui s’éveillent à un maximum de conscience. Avoir une confiance de base dans la vie est fondamental. Il y a des raisons de s’interroger sur ce que nous sommes venus faire ici, de le découvrir et ensuite d’être cohérents.

–Pourquoi dites-vous aussi que « mourir ne fait pas mal » ?

–Le fait de mourir ne fait pas mal; ce qui peut faire mal, c’est la maladie sociale qui peut mener à la souffrance. Nous répétons souvent dans les soins palliatifs que « le corps fait mal et les personnes souffrent ». Au XXIe siècle, nous avons la morphine et la méthadone pour contrôler la douleur. La souffrance existentielle ne peut être guérie avec des médicaments, et ceux-ci ne peuvent répondre à des questions telles que « pourquoi cela m’arrive-t-il maintenant ? ». Nous cherchons donc d’autres aides pour l’accompagnement palliatif, qui n’existent pas en tant que service spécifique dans la plupart des hôpitaux, bien qu’il puisse y avoir des personnes formées pour donner ce service. Mais dans les hôpitaux, nous avons trop compliqué et médicalisé un processus qui n’est ni médical ni sanitaire. Dans les pays industrialisés comme le nôtre, 70 % des gens meurent dans un hôpital, le pire endroit où mourir. Parce que personne ne sait comment bien gérer le processus de la mort, sauf les quelques professionnels des soins palliatifs. Un indicateur de la façon dont les gens meurent à l’hôpital est le nombre de personnes qui meurent avec le sérum ou l’oxygène en place, ce qui est une faute professionnelle clinique : personne n’a besoin d’oxygène ni de sérum pour mourir. Les professionnels en charge des soins font croire qu’ils font quelque chose, parce qu’ils ne savent pas quoi faire.

–Y a-t-il de la souffrance parmi les professionnels de la santé ?

–Je sais que tout le personnel médical, infirmier et auxiliaire est bien intentionné pour soulager la douleur et la souffrance des autres. Mais dans mon testament biologique, j’ai dit clairement que je ne voulais pas aller à une unité de soins intensifs. Un jour, dans un cours avec des professionnels, j’ai dit : « Il y a un mantra qui est répété chez les professionnels des soins intensifs : Ce patient ne meurt pas pendant ma garde. » Et après que j’aie dit ça, il y a eu un tonnerre d’applaudissements. Oui, il y a de la souffrance parmi les professionnels, précisément parce qu’ils savent comment combattre la douleur, mais ils n’ont pas les outils pour répondre à la souffrance humaine.

–Quelles sont les raisons qui ont poussé un médecin oncologue comme vous à se consacrer aux soins palliatifs ?

–Il y a des années, on ne cachait pas la réalité. Le processus de la mort et les veillées se déroulaient dans les maisons. Ma biographie vitale et académique explique mon parcours personnel. À la fin des années 1950, alors que j’avais 9 ans, j’ai vu mon grand-père mourir dans une douleur terrible parce que la morphine ne pouvait pas être utilisée à l’époque ; cela m’a beaucoup marqué, et je me suis promis que ça ne finirait pas comme ça. J’ai étudié la médecine dans ma jeunesse, je me suis spécialisé en oncologie, j’ai fait des recherches et j’ai travaillé comme clinicien pendant 23 ans. J’ai eu une crise personnelle profonde parce que je me suis rendu compte que ce que je faisais, c’était traiter des tumeurs alors que je voulais accompagner et aider les gens. Je suis donc passé aux soins palliatifs et j’y suis depuis près de 20 ans. En 2004, au sein de la Société espagnole de soins palliatifs (SECPAL), nous avons constitué le groupe de spiritualité, et je me consacre à enseigner dans des ateliers, à partager des expériences avec des professionnels, et à donner des conférences.

–De quoi les gens ont-ils besoin quand ils meurent ?

–La mort est un processus naturel dans lequel la personne a besoin d’intimité, d’être reconnue, de ne pas avoir mal, d’avoir un environnement rempli d’affection, de sécurité et de confiance et d’être soignée intégralement pour pouvoir accomplir trois tâches : accepter son vécu, se connecter avec ce qui lui est cher et s’abandonner à ce qui lui appartient, à sa foi ou ses convictions profondes. Humaniser le processus de la mort, c’est reconnaître notre vulnérabilité, mais sans oublier ce que nous sommes vraiment, notre dimension transcendante.

–La Société espagnole de soins palliatifs forme des professionnels pour humaniser et accompagner le processus de la mort, sur quoi insistez-vous ?

–Il s’agit de bien connaître, à partir de l’expérience clinique, ce qui se passe dans le processus de la mort ; et il est nécessaire de travailler sur les attitudes et les outils que doit posséder la personne qui accompagne. De plus, pour l’accompagnement spirituel, nous avons construit une carte de l’architecture intérieure de l’être humain et un questionnaire pour travailler sur les relations du patient avec son intérieur, avec d’autres personnes et des choses et avec la réalité transpersonnelle et transcendante.

–Combien de gens savent qu’ils vont mourir, le moment venu ?

–L’une des choses fondamentales que nous devons savoir – et ça je l’ai appris et j’en suis sûr – est que personne ne meurt sans savoir qu’il meurt. Lorsque vous retirez à une personne l’information de base sur ce qu’elle a besoin de savoir, vous ne pouvez pas l’empêcher de remarquer ce qui lui arrive. Le processus de la mort est un temps précieux pour que chacun fasse la paix avec son histoire, pour laisser les choses comme il faut les laisser et même pour choisir la forme et la musique de ses propres funérailles. Il y a des gens qui commettent une autre erreur, bien pire, celle de ne pas laisser partir le mourant et de vouloir le retenir de façon possessive ; non, la bonne chose à faire est de lui dire qu’il a bien fait dans sa vie, qu’il est aimé et qu’il peut partir calme et satisfait.

–Quand la mort est proche, comment les gens se comportent-ils habituellement ?

–L’itinéraire de base à l’approche de la mort comporte trois étapes très claires, que nous avons pu mettre en évidence après avoir vécu des centaines d’expériences et passé en revue les traditions de la sagesse spirituelle. Il y a un premier temps de chaos, de peur, d’incertitude et de lutte, de déni de la réalité, de recherche d’autres opinions ou d’autres traitements, mais il vient un temps où la résistance à la mort n’est pas soutenue. Une deuxième étape apparaît dans laquelle la personne doit accepter la situation et s’abandonner à la vérité de ce qui lui arrive. Et après vient la vraie guérison et la transcendance, dans le sens où Levinas l’explique, un « passer et connaître » et arriver à une conscience que nous n’avions pas avant. Mais nous devons nous rendre compte que cela ne se produit pas seulement dans le processus de la mort, mais dans toute crise existentielle tout au long de la vie. De nombreux patients subissent un processus au cours duquel leur résistance à la mort est adoucie et un potentiel interne qu’ils ignoraient auparavant émerge d’eux-mêmes. Ils passent de la lutte à l’acceptation et finissent par dire : « J’espère que tout ira bien ». Certains patients atteignent le seuil même du mystère en se crispant, en luttant et en résistant, et c’est dans ces cas-là que la situation nous oblige à pratiquer la sédation et à abaisser le niveau de conscience, comme s’il s’agissait d’une naissance où le bébé refuse de naître. Toute résistance à un processus naturel, qu’il s’agisse de l’accouchement ou de la mort, complique ce processus.

–Qu’est-ce qui, en nous, résiste à l’heure de mourir ?

–Les ombres, ce que nous n’avons pas vécu, ce que nous n’avons pas résolu, ce que nous avons laissé en suspens. Il faut prévoir que le moment de mourir peut venir pour nous à tout moment. Nous devons vivre éveillés et en paix avec nous-mêmes et avec les autres, en particulier avec les personnes qui nous sont chères.

–Quelles attitudes devraient avoir ceux qui accompagnent les autres dans le processus de la mort ?

–Tout d’abord, ils doivent comprendre que mourir n’est pas facile et que chacun suit le processus quand il le peut et de la façon qu’il le peut. Mais les accompagnateurs peuvent faciliter les choses. Il doit y avoir une acceptation inconditionnelle de l’autre ; l’accompagnateur ne peut lui mentir ou le juger. Dans la proposition d’accompagnement spirituel que notre commission a élaborée, nous indiquons que l’accompagnateur doit avoir trois attitudes : hospitalité, présence et compassion. Comme le dit le prêtre américain Henry Nouwen dans son livre The Wounded Healer  (Le guérisseur blessé) : « L’hospitalité, c’est ouvrir sa maison pour accueillir les impuissants ou les étrangers, sachant que votre salut vient sous la forme d’un pèlerin las ». Mais pour ouvrir votre maison, il faut l’avoir rangée, se conduire avec une certaine harmonie intérieure et ne pas avoir peur que la personne que vous accueillez salisse un peu votre canapé et vous contamine avec quelque chose qui lui appartient. La Présence, c’est devenir sans crainte le miroir de l’autre : respecter et admirer la dignité de cette personne. Et l’archétype de la Compassion, dans notre tradition, est le Bon Samaritain : pour être compatissant, il faut être éveillé, voir celui qui est gravement blessé dans le caniveau, être sensible à sa souffrance, faire tout son possible pour le sortir de son inconfort et avoir confiance que tout va bien finir. Le philosophe Martin Buber dit que « personne n’a vu Dieu, mais quand quelqu’un souffre et qu’une autre personne vient l’accompagner, il y a une présence entre les deux qui les transfigure ».

–Vous dites que pour créer un bon modèle d’attention spirituelle aux malades, vous avez construit une carte de l’architecture intérieure de l’être humain, D’où vient cet instrument ?

–Pour faire ce bon modèle, nous avons consulté plusieurs sources : notre pratique clinique de groupe (j’ai travaillé de nombreuses années dans une unité de soins palliatifs de 20 lits où environ 300 personnes mouraient chaque année), la bibliographie médicale qui a été publiée dans le monde entier et toutes les traditions spirituelles de la Sagesse : les prières funèbres, les livres des morts égyptien et tibétain ou l’Ars moriendi de la fin du Moyen-Âge, inspirés des principes chrétiens. De plus, certains membres de notre groupe avaient une expérience personnelle assez considérable de la souffrance. C’est ainsi que nous en sommes arrivés à comprendre la Spiritualité comme « l’humanité en plénitude ».

–Où mène cette carte de notre architecture intérieure ?

–Ce qui constitue tout être humain, croyant ou non, sa constitution intérieure, est la Conscience : un dynamisme qui le conduit vers un désir infini de plénitude – la recherche de l’excellence, de la vertu, du bonheur. Nous sommes des êtres en relation, une triple relation, avec nous-mêmes (intra), avec les autres et le reste (inter) et avec le fondement qui nous soutient (trans). Tout cela culmine dans le processus de la mort, dans lequel chaque personne doit accomplir trois tâches : La première (intra) est d’accepter la vie vécue avec toutes ses joies et ses ombres et de reconnaître que tout aura eu un sens. La deuxième (inter) est de se connecter avec ce qui nous est cher, parce que nous avons besoin de pardonner et de nous sentir pardonnés et reconnus. Et la troisième est de s’abandonner à ce qui nous a appartenu, aux croyances et convictions profondes, et à l’héritage personnel d’humanité que l’on laisse derrière soi.

–Il semble que le mystère du mal sera toujours présent, car il y a beaucoup de gens qui ne meurent pas dans leur lit. Des millions de personnes sont mortes et meurent injustement et, dans notre monde, 19 000 enfants meurent chaque jour de causes évitables.

–Je n’ai pas de réponse à cette question. Mon expérience est de m’occuper de patients en oncologie et en soins palliatifs. Il me vient seulement à l’esprit de dire que quand on est petit et qu’on a peu de connaissance de la vie, on peut croire que tout est chaos et désordre. Mais, quand un enfant arrive à avoir une connaissance plus élevée, sa perception et son expérience changent. Quand quelqu’un s’interroge sur l’injustice et les raisons de son existence, c’est comme si un grain de sable du désert s’était levé et voulait auditer l’univers, lui reprochant qu’il est mal structuré et doit être changé. Tout le cosmos doit rire et répondre : mais où vas-tu, si tu n’as rien compris ? La question à million, disait Albert Einstein, est de savoir si l’univers est un lieu accueillant ou menaçant, si c’est un cosmos ou un chaos, si on peut faire confiance ou s’il faut se méfier. Je n’ai pas de réponse, mais j’imagine qu’il y a un ordre, mais je ne le comprends pas. Et je n’évalue pas ce qui ne va pas, parce que ce n’est pas à moi de le faire.

–Le débat social sur l’euthanasie a été soulevé. Des anthropologues, des éthiciens et des théologiens catholiques – comme Hans Küng dans son livre La mort heureuse – parlent du fait qu’une personne peut et doit devenir responsable de son propre processus de vie et de mort. Qu’en pensez-vous ?

–Je parlerai en fonction de mon expérience : je suis membre honoraire de la Société de soins palliatifs, qui s’inquiète du fait que les soins de qualité pour accompagner et soulager la souffrance n’atteignent même pas 45 % de tous les Espagnols. De notre point de vue expert, professionnel et humain, nous considérons qu’il est prioritaire de légiférer sur la nécessité d’étendre les soins palliatifs à tous les citoyens. Personnellement, je ne suis pas contre une loi sur l’euthanasie. Mais, en ce moment, il me semble qu’il s’agit d’une position politique, intéressante pour certains mais non prioritaire pour la communauté. Ce qu’il faut de toute urgence, c’est former des professionnels, supprimer la peur de la mort et bien accompagner. Malgré cela, nous trouverons des gens qui ont le droit de réclamer l’euthanasie, et ces gens doivent être entendus.

 

 

vient de paraître « Gestalt Approaches with Organizations »

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From the back cover:

Organizations are the operative arm of any State and also the place where individuals realize their uniqueness and commitment to the world. They are essentially the contact boundary between individuals and society.

 This book is a collection of practical experiences and theoretical reflections of some skilled trainers, coaches and consultants, who for many years have been using the Gestalt approach in their work with organizations. Each chapter is followed by a comment of an expert of the organizational and/or Gestalt field. This structure provides both a dialectical frame of reference for Gestalt therapy work in organizations and practical tools for working in various situations. Gestalt concepts will powerfully contribute to the maintenance and care of the organizational work.

 The book is addressed to anyone who wants to improve their skills to help people live better and give their very best to the organization they are part of. The aim is to support every one’s sense of active commitment to society and enable a creative contribution to it.

 You can see more and order the book here:

https://www.gestaltitaly.com/gestalt-approaches-with-organisations-margherita-spagnuolo-lobb-franz-meulmeester-eds/

Colloque DESIGNING COMMUNITY, 19 et 20 avril 2019

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A une époque où l’urgence écologique et sociale fait peser plus que jamais la nécessité d’une nouvelle pensée et fabrique du commun, nous interrogerons le design sur sa capacité à contribuer à la fabrique de son organe culturel, la communauté, à partir de ses ressorts psychosomatiques, l’affect commun et le territoire.
Si la recherche en design consiste notamment dans l’invention de nouveaux processus et circuits de production, l’enjeu de ces rencontres consistera à réfléchir à la production de notre être-en-commun à partir des infrastructures de production de notre milieu technique, et de leur capacité à tisser et vivifier des affects communs portés par des enjeux démocratiques, cosmopolitiques et esthétiques.
Scientifiques, philosophes, designers, artistes, architectes et entrepreneurs français et européens sont invités pour réfléchir et formuler ensemble un nouvel âge numérique et participatif de la fabrique de la communauté, appelé de vive-voix par la crise politique exprimée par le mouvement français des Gilets Jaunes.
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At a time when ecological and social urgency makes more than ever the need for a new thinking and making of the common, we will question design on its ability to contribute to the making of its cultural organ, the community, from which psychosomatically springs, the common affect and the territory.
If research in design involves the invention of new processes and circuits of production, the challenge of these meetings points will be to reflect upon the production of our being-in-common as a reflection about the production infrastructures of our technical milieu and their ability to weave and invigorate common affects lead by democratic, cosmopolitic and aesthetic issues.
Scientists, philosophers, designers, artists, architects and entrepreneurs from France and Europe are invited to reflect and formulate together toward a new digital and participative age of the making of community.

Groupe de thérapie « être là, ou ailleurs »

Au contact de l’autre, lorsque nous éprouvons de l’inconfort, de la vulnérabilité, voire du danger, nous risquons de nous échapper de la rencontre. Or, la saveur de la vie prend sa source dans l’intimité, cette capacité à entrer – et laisser entrer l’autre – dans nos espaces

eprouver.jpgde proximité, avec tranquillité.

Quelles difficultés viennent perturber notre présence à l’autre ? Comment découvrir, explorer, étendre notre sensualité ?

Nous questionnerons durant ce stage nos peurs et inventerons d’autres manières de demeurer présent et incarné dans la rencontre.

Retrouver un corps vivant

Une coanimation Astrid Dusendschön et Bernard Elyn
Du 5 au 7 avril 2019 – Stage résidentiel en Anjou.

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Renseignements et inscriptions : COMPLET

En avril avec Parentel… détails

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Psychiatres, psychologues, psychanalystes… qui pour quoi ?

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Psychiatres, psychologues, psychanalystes… comment bien choisir son psy?

Par Manon Duran_Publié le

De nombreux clichés subsistent autour des métiers de la « psychologie ». Comment différencier ces professionnels qui soignent nos esprits et apaisent nos angoisses?

Ce n’est pas parce qu’on va voir un psy qu’on est fou. Cette phrase n’est pas de nous, mais de Mickael Benyamin*, psychologue clinicien spécialisé dans l’accompagnement d’adolescents et maître de conférences à l’Université Paris-Diderot. En effet depuis plusieurs années, aller voir un psy n’a plus rien d’extraordinaire. Bien au contraire. C’est même encouragé dans de nombreux cas de figure. D’après un récent sondage** réalisé par la société YouGov, 1 Français sur 3 aurait d’ailleurs déjà fait appel à un psy.

Seulement, il n’est pas facile de se repérer parmi la multitude de professionnels qui se cachent derrière cette étiquette de « psy ». “En fonction de ses attentes et de ses symptômes, il est primordial de se renseigner sur la spécialisation de son interlocuteur et sur les modalités du suivi”, préconise Mélanie Gauché***, présidente de la Commission Nationale Consultative de Déontologie des Psychologues (CNCDP).

Les “psys” dont le titre est reconnu par l’État

Au sein de la grande famille des psys, il y a d’abord et avant tout ceux qui bénéficient d’une formation reconnue par la loi.

  • Les psychiatres

Les psychiatres sont avant tout  des médecins, spécialisés dans le traitement des maladies mentales. “Ils sont les seuls à pouvoir traiter les troubles psychiatriques lourds comme les psychoses, la schizophrénie, la bipolarité ou la dépression chronique”, explique Mickaël Benyamin. “En tant que médecins, ils sont les seuls habilités à prescrire des psychotropes – à savoir anxiolytiques, antidépresseurs, somnifères et autres neuroleptiques”, précise-t-il en ajoutant que lorsque la situation l’exige, ils sont aussi en mesure de proposer ou d’imposer une hospitalisation dans un centre spécialisé. Autre particularité – et pas des moindres d’après Mélanie Gauché  : “leurs consultations sont remboursées par la sécurité sociale”.

Outre les pathologies psychiatriques et les cas de dépression sévères qui nécessitent la prise de médicaments, certains psychiatres complètent leur formation par des stages en instituts privés. “Auquel cas, ils peuvent proposer – en plus – des thérapies psychanalytiques ou des psychothérapies”, spécifie Mickaël Benyamin.

  • Les psychologues

Le titre de psychologue est protégé et reconnu par la loi depuis 1985. Titulaires d’un Master 2 de psychologie, ils ne sont pas médecins, mais “spécialistes de l’étude du comportement humain et de son fonctionnement psychique”, détaille Mickaël Benyamin. Ils ne prescrivent donc pas de médicaments et leurs séances ne sont pas remboursées. En fonction du patient et des méthodes de travail du psychologue, le suivi peut s’étendre de quelques mois à plusieurs années.

Il est possible de consulter seul, en couple ou en famille en fonction des problématiques : “chaque psychologue est spécialisé dans un domaine bien précis”, insiste Mélanie Gauché. “Il existe des psychologues cliniciens qui travaillent en hôpitaux et sont spécialisés dans la prise en charge thérapeutique des patients, des psychologues spécialistes des troubles neurodégénératifs, des psychologues pour enfants ou adolescents, des psychologues du travail, des psychologues scolaires et bien d’autres”, énumère-t-elle.

Qu’ils exercent en libéral ou en institution, “les psychologues sont habilités à faire passer divers tests de personnalité, de développement neuropsychologiques, ou encore des test de Q.I. », explique Michaël Benyamin qui ajoute que comme les psychiatres, ils peuvent être également formés à la psychanalyse ou à la psychothérapie pour proposer des thérapies de soutien ou des thérapies cognitivo-comportementales à leurs patients.

  • Les psychothérapeutes

Le terme de psychothérapeute est peut-être le plus difficile à introduire. Très galvaudé, “il a longtemps été utilisé sans que l’on puisse avoir de visibilité sur les pratiques qu’il englobait”, rappelle Mélanie Gauché. Depuis 2010, ce titre est reconnu par la loi – mais l’exercice de la psychothérapie, lui, n’est pas encadré. “Aujourd’hui, le titre de psychothérapeute est réservé aux psychiatres et aux psychologues qui ont suivi une formation complémentaire en psychothérapie”, détaille Jean-Luc Colia****, vice-président de la Fédération Française de Psychothérapie et Psychanalyse (FF2P). Les “anciens psychothérapeutes” pouvant justifier de cinq années d’exercice peuvent aussi déposer une demande de titre devant une commission d’agrément.

“L’objectif d’une psychothérapie est de traiter les troubles psychologiques, sociaux-affectifs ou encore psychosomatiques”, indique Mickaël Benyamin. Concrètement, elles permettent d’accompagner un suivi médical en traitant par exemple l’anxiété, certaines phobies et certains TOCS ou encore parfois, les problématiques d’anorexie ou de boulimie. Dans d’autres cas, elles ont aussi vocation à soulager les troubles comme la timidité, le manque d’estime de soi ou les problèmes de stress.

Il existe des psychothérapies comportementales, verbales, psychanalytiques, ou corporelles enseignées en instituts de formation privés. Par ailleurs, il est conseillé d’avoir expérimenté soi-même les thérapies dans lesquelles on se spécialise.

Les “psys” dont la profession n’est pas réglementée

Il existe d’autres catégories de “psys” qui exercent sous couvert de titres en apparence sérieux mais pas encore réglementés par la loi. C’est pourquoi il convient d’être vigilant avant d’approcher un spécialiste qui, même bien intentionné, peut faire plus de mal que de bien s’il n’est pas suffisamment formé.

  • Les psychopraticiens

Comme évoqué plus tôt, le décret de 2010 n’encadre pas l’exercice de la psychothérapie, mais simplement le titre de psychothérapeute. Aussi, les “anciens psychothérapeutes” – ne pouvant plus se revendiquer comme tels – mais dont la formation touche à la psychothérapie exercent aujourd’hui sous le titre de psychopraticien. “Il ne s’agit pas d’un titre reconnu par l’Etat, mais bien de la dénomination d’une activité professionnelle”, précise Jean-Luc Colia. Ce dernier définit les psychopraticiens comme “des professionnels de la relation d’aide dans un champ de la psychothérapie”.

Selon la FF2P, pour être considéré comme psychopraticien : un professionnel doit avoir étudié cinq années dans une école qui enseigne une méthode psychothérapeutique reconnue par l’Association européenne de psychothérapie (EAP) – comme la Gestalt-thérapie, l’analyse transactionnelle, l’hypnothérapie, la sophrothérapie, la programmation neuro-linguistique ou les approches psychocorporelles. Il peut aussi justifier d’une formation en psychopathologie et d’une thérapie personnelle. Autant de facteurs, conjugués à un travail de supervision obligatoire qui garantissent le professionnalisme et l’éthique d’un psychopraticien.

Toutefois, il faut insister sur le fait que ce titre est à usage libre, ce qui entretient le flou autour de la profession. Tous les psychopraticiens ne suivent pas ces règles déontologiques. Jean-Luc Colia reconnaît lui-même que si les fédérations comme la FF2P travaillent pour la reconnaissance légale de ce titre « afin d’éviter les dérives engendrées par l’ouverture du métier à n’importe qui », il est à ce jour impossible de contrôler les personnes qui se disent psychopraticiens. “L’important donc c’est de vérifier la formation du professionnel”, insiste-t-il.

  • Les psychanalystes

Comme l’explique Mélanie Gauché, le titre de psychanalyste n’est pas reconnu officiellement par la loi et leur activité n’est pas encadrée. “Les psychanalystes ne suivent pas de formation universitaire, mais sont formés dans des écoles privées inspirées des théories freudiennes ou lacaniennes”, développe l’experte. Prudence donc. Avant de se livrer, mieux vaut se renseigner sur les qualifications de son interlocuteur, car “on peut tomber sur des personnes qui jouent à être psychanalystes”, déplore Mickaël Benyamin.

La psychanalyse est basée sur l’écoute du patient : “il s’agit, par la parole, de faire le point sur son parcours, son histoire, celle de sa famille, pour être en phase avec soi-même”, détaille Michaël Benyamin. Cependant, comme le souligne Mélanie Gauché, il faut bien avoir conscience que ce travail psychanalytique s’effectue sur le très long terme et n’est pas adapté à tous.

En général, les psychanalystes ont eux-même suivi une cure analytique supervisée par un pair expérimenté. Pour intégrer leurs formations, ils doivent justifier d’une expérience pratique conséquente, complétée ensuite par des séminaires théoriques. “C’est pour cela que la plupart des psychanalystes sont généralement soit psychiatres, soit psychologues”, tempère la spécialiste.

De l’importance de l’alliance thérapeutique

Quel que soit le spécialiste qu’on sollicite, il faut garder en tête que le premier rendez-vous n’engage en rien. “Il arrive que le contact ne se noue qu’au bout de 2 ou 3 consultations. Il faut laisser le temps à l’alliance thérapeutique de s’établir”, rassure Mickaël Benyamin. Comme le confirme Mélanie Gauché, il s’agit avant tout d’une rencontre et les sensibilités humaines doivent s’accorder. Quoi qu’il en soit, le choix de l’interlocuteur est fondamental pour la réussite d’un suivi. Sans tomber dans le nomadisme, “ si vous ne vous sentez pas tout à fait à l’aise, n’hésitez pas à consulter un autre professionnel”, recommande-t-elle.

Où trouver un bon psy ?

Pour trouver un bon psychothérapeute, psychiatre ou psychologue, le gage de sérieux indispensable est l’inscription sur une liste ADELI qui répertorie tous les professionnels agréés auprès de l’Agence Régionale de Santé (ARS).

Pour trouver un bon psychopraticien, Jean-Luc Colia recommande de consulter l’annuaire des spécialistes répertoriés par la FF2P sur le site http://www.ff2p.fr.

Plus généralement, il est possible de demander conseil à son médecin traitant, aux hôpitaux, aux services institutionnels – comme les centres médico-pédagogiques (CMP) et les centres médico-psycho-pédagogiques (CMPP) – ou à des groupements de professionnels. “Les psys travaillent en réseau”, rappelle Jean-Luc Colia. On peut donc faire confiance un à professionnel de santé qui nous adresse à un collaborateur.

* Mickaël Benyamin – Maître de conférences à l’Université Paris-Diderot, psychologue clinicien et psychanalyste spécialisé dans l’accompagnement d’adolescents, auteur de “Choisir son psy” paru en 2006 aux éditions Déclics

**Sondage réalisé par la société YouGov pour le magazine Psychologie et publié en juin 2017

*** Mélanie Gauché – Psychologue, maître de conférences et présidente de la Commission Nationale Consultative de Déontologie des Psychologues

**** Jean-Luc Colia – Vice président de la Fédération Française de Psychothérapie et Psychanalyse (FF2P). Co-directeur de “Ma bible de la psychothérapie » publié en octobre 2018 aux éditions Leduc.s

« Sous couvert de quête existentielle, la juteuse industrie du bien-être fait parfois mal »

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Par Mélanie Mendelewitsch, p

Sous couvert de quête existentielle, la juteuse industrie du bien-être fait parfois mal.

La scène tragi-comique se déroule dans un célèbre club de yoga parisien, situé en plein cœur du Marais. « L’univers met toujours les bonnes personnes sur votre route pour vous aider à accomplir vos buts », répète à trois reprises le professeur au sourire béat devant un parterre d’élèves acquises à sa cause.

Mères de famille, femmes actives surchargées, elles sont venues s’offrir une parenthèse de « lâcher-prise », afin de « se recentrer sur elles-mêmes », comme elles disent en sirotant un jus vert dans les vestiaires. « Tout arrive toujours pour une raison », poursuit l’enseignant, sur fond de musique planante.

Face à de tels lieux communs, on peine à réfréner un regard moqueur en direction des autres participantes, en vain. Yeux fermés, les élèves récitent d’un air pénétré des mantras en sanskrit dont elles ne comprennent pas un traître mot.

Remède au burn-out

Séminaires de sophrologie en open space à la pause déj, injonctions à la « bienveillance », débats autour des intolérances alimentaires, explosion des ventes de manuels de développement personnel : le bien-être, domaine à la croisée de la santé et de la spiritualité, a investi les moindres sphères de notre quotidien.

Remède à un mode de vie urbain stressant et au burn-out qui guette plus d’un salarié français sur deux, cette tendance sociétale est devenue un business fructueux. Elle influence désormais jusqu’aux acteurs du luxe, qui surfent sur la demande croissante de vivre-sain chez les consommateurs les plus privilégiés.

Ainsi, les rues de la capitale regorgent de cafés véganes où l’on sert des açai bowls à 16 euros, tandis que les spas des palaces parisiens proposent des parcours holistiques inspirés des quatre éléments, des séances privées de qi gong ou de reiki. Autant de disciplines aux innombrables vertus, prônées par nombre de gourous grâce aux réseaux sociaux.

La reine Gwyneth Paltrow

Ce phénomène mondial a une reine : l’actrice Gwyneth Paltrow. Dès 2008, elle lance Goop, une newsletter confidentielle pour CSP+ en quête de bonnes adresses et de recettes, transformée depuis en véritable empire digital.

Grâce à une esthétique léchée et un contenu travaillé à la manière d’un magazine féminin, sa plateforme combine e-commerce, ouvertures de pop-up stores, organisation de conférences (payantes) et collaborations avec des marques.

Le site élitiste et « inspirationnel » propose des jeux de cartes provocateurs d’empathie (17 euros), des pailles en métal agrémentées de cristaux purifiants visant à assainir l’eau et lutter contre les déchets plastiques (75 euros), un spray infusé aux huiles essentielles supposé protéger des attaques psychiques (30 euros), un luxueux fil dentaire enrichi en fibres de noix de coco (9 euros), sans parler d’haltères en marbre massif (111 euros pièce) ou d’un cache pour les yeux avec une face « sleep » et une face « fuck » de la marque Kiki de Montparnasse (201 euros).

Pas sûr que la laveuse de bouteille chez Félix Potin, née dans la misère en Bourgogne, devenue modèle pour Man Ray, ait apprécié.

Accumulation des controverses

Si cette success story est unanimement encensée, le site du mieux-vivre accumule les controverses. En septembre dernier, Goop s’est vu condamné par les tribunaux californiens pour publicité mensongère : il vendait à 66 dollars l’unité des œufs de Jade – des accessoires vaginaux supposés lutter contre les dérèglements hormonaux et la dépression nerveuse, dénoncés par des gynécologues et des associations de consommateurs.

Un an plus tôt, des patchs corporels Body Vibes, permettant de « réguler les fréquences énergétiques du corps », étaient critiqués parce que présentés comme constitués d’un matériau utilisé par l’agence spatiale américaine Nasa pour préserver les forces vitales de ses astronautes en mission -« un tas de foutaises », dénonçait l’ancien chef de la recherche scientifique de l’agence.

Autre impair : avoir mis en avant les pouvoirs paranormaux d’Anthony William, plus connu sous le nom de « Medical Medium », gourou de l’auto-guérison dont les « remèdes » permettraient de soigner la dépression, l’autisme, les chocs post-traumatiques, le diabète ou la maladie de Lyme. Malgré les controverses, la valorisation de Goop est estimée à 250 millions de dollars.

3.000 euros la semaine

Des Etats-Unis à la France, les cures de jeûne hors de prix, les soins énergétiques opaques, les régimes à partir de jus et autres retraites dédiées à la santé mentale se multiplient également. Intrigués par les compliments que recueille une de ces retraites méditatives, nous sommes allés la voir de plus près.

Cap sur un manoir anglais à une heure de Londres où se déroule cette échappée cinq-étoiles, encadrée par une équipe d’experts en « régénération du corps et de l’esprit ». On y apprend à soigner les maux dus au stress et à s’ouvrir aux bienfaits de la méditation. Parmi les participants, on croise pêle-mêle une starlette de la BBC au bord de la crise de nerfs, une retraitée fraîchement plaquée par son mari, un couple d’entrepreneurs fortunés au rythme de vie survolté vivant sur l’île de Man, sans oublier un top model à la renommée internationale connu pour ses excès en tout genre, reclus dans sa vaste chambre et que nous n’apercevrons pas de tout le séjour, privacy oblige.

Au programme : un semi-jeûne non encadré, composé de trois jus pressés à froid pour seule alimentation journalière, et des séances quotidiennes de méditation et de yoga. Résultat des courses ? Mis à part une rapide séance d’acupuncture et un rendez-vous expéditif avec la nutritionniste maison, aucune quête de spiritualité.

Chaque matin, on se retient de pouffer au moment de garder en bouche un morceau compact d’huile de coco supposé améliorer la digestion et l’hygiène buccale, deux facteurs clés pour relancer les énergies. Un peu raide tout de même pour 3.000 euros la semaine.

Domination financière

Plus préoccupant encore, l’argument du bien-être peut entraîner des dérives sectaires. Qui n’a jamais assisté à la « reconversion » subite d’un proche, initié au yoga ou à la méditation, comme on entre en religion ?

« Au gré des cours, j’ai découvert du bon comme du mauvais : de vrais professionnels investis et sérieux, mais aussi des bonimenteurs malsains qui jouent sur les insécurités et les complexes des femmes », confie Florence, responsable de communication parisienne.

Face à un mode de vie éreintant qui pousse à chercher des refuges spirituels, une de ses proches a, affirme-t-elle, « totalement vrillé » : « Elle n’a plus que le vocabulaire new age de son prof de yoga, vit uniquement pour ça, et ne fréquente plus que des yogis hardcore comme elle. Elle qui adorait le shopping prétend subitement se détacher de tout aspect matériel, elle a quasiment rompu avec ses parents qu’elle juge ‘toxiques’. Elle envisage de plaquer son boulot pour devenir prof de yoga, en se faisant fourguer au passage des stages hors de prix où on lui dispense des supposés lavements ayurvédiques qui l’ont rendue à moitié sourde. »

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Bikram Choudhury, au premier plan, donne un cours de yoga, à Los Angeles (Reed Saxon/AP/Sipa)

Détresse émotionnelle

Des discours alarmants sur les accros au wellness, on peut en recueillir à foison sur les forums spécialisés. Certains rappellent le cas de Bikram Choudhury, fondateur du yoga éponyme dispensé dans une salle chauffée à 40°C. Condamné pour harcèlement sexuel et intention manifeste d’infliger une détresse émotionnelle, la rockstar du bien-être a fini par fuir le continent américain.

Serge Blisko, président de la Mission interministérielle de Vigilance et de Lutte contre les Dérives sectaires (Miviludes), déplore les conséquences désastreuses des cours dispensés par des professeurs formés à la va-vite, désireux d’exercer une domination psychique, voire financière et sexuelle sur des patients en quête de repères.

« Le reiki et la kinésiologie sont longuement évoqués dans notre rapport annuel de 2017 comme des disciplines dévoyées par des individus sans scrupule. On vous parle de spiritualité, on sort du cadre strict de la relaxation et il y a un phénomène d’emprise qui s’installe, même léger. »

Selon la Miviludes, près de 40% des signalements de manipulations mentales proviennent de l’univers de la santé.

« Vous êtes vulnérable »

Un constat partagé par Catherine Picard, présidente de l’Union nationale de Défense des Familles et de l’Individu (Unadfi), qui a publié le guide « les Faces cachées du yoga et de la méditation ». « Ce sont des produits d’appel, des appâts servant à véhiculer des emprises diverses », explique-t-elle. « En se concentrant sur le corps d’autrui, même en visant au mieux-être, on met le patient dans une position d’infériorité et de potentielle faiblesse. Quand vous vous trouvez nu sur une table avec une serviette pour faire circuler vos énergies, vous êtes vulnérable. »

Son organisme recueille des témoignages faisant état d’atteintes sexuelles, notamment à travers l’apprentissage de yogas dits « tantriques » où le consentement est biaisé, et où, au fur et à mesure des cours, pointent des dérives insidieuses facilitées par l’effet de groupe et la fascination pour le maître.

Le portrait type de la cible idéale ? « Majoritairement des femmes entre 25 et 45 ans, au moins bac+3. Des personnes insérées dans la vie active qui, après un échec professionnel, un deuil, une rupture… vont s’intéresser à ces disciplines. Il y a bien sûr une demande légitime de soulager le stress, tout n’est clairement pas à jeter, même si c’est souvent très fantaisiste. »

On rappelle que, selon les lexicologues du « Petit Robert », « bienveillance » était le mot de l’année dernière, ce qui enrage Catherine Picard :

« L’omniprésence de ce terme est d’une hypocrisie sans nom. Il fait oublier qu’on a besoin de cadre, de sanctions et évidemment de récompenses. Etre bienveillant, c’est aussi parfois dire à quelqu’un qu’il est en train de s’égarer. »

Pense-bête : le mot de l’année 2016 était « poudre de perlimpinpin ».

Mélanie Mendelewitsch

« De la mindfulness à la McMindfulness… »

 » (…) Pourtant la poursuite de la sagesse n’est-elle pas parfois en contradiction avec la quête du pouvoir et de la richesse ? (…) Les programmes de pleine conscience se sont multipliés et ont perdu de leur substance spirituelle héritée des traditions bouddhistes. Sa pratique (…) a été corrompue par un mouvement contemporain de la pleine conscience qui célèbre la liberté individuelle et met l’emphase sur la primauté accordée à l’individualité. Chacun d’entre nous, souverainement et en toute autonomie, est donc en charge de reprendre le contrôle sur soi-même, d’être en charge de son propre bien-être et de sa sécurité. Dans cette vision spirituelle capitaliste, les maux créés par la société doivent être pris en charge par les individus, sur qui se trouve reportée la responsabilité de réguler des états internes et des émotions devenues difficiles à gérer, en devenant « conscients » (mindful). »

par , 28 février 2019 – article orignal ici.

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L’essor du mindfulness peut être analysé comme un transfert sur les individus de la responsabilité de traiter les maux créés par la société. Fizkes / Shutterstock

Notre société a été transformée par plusieurs vagues de compression de l’espace-temps. Nous courons tous après le temps, nous avons toujours plus de choses à faire, et toujours moins de temps pour le faire. Nos modes de consommation modernes font de nous des consommateurs exigeants, et impatients. L’intensité du travail s’en trouve renforcée, les processus de production et de logistique sont mis sous pression. Mais cette accélération du temps n’est pas seule, elle s’accompagne d’une accélération de l’espace, rendue possible par la digitalisation de nos économies devenues globales, qui transforment nos voisins « physiques » en inconnus, et des inconnus disséminés sur le globe, en partenaires « virtuels ».

Il nous faut aussi faire face à l’accélération des cycles de consommation, puisque la durée de vie des produits est intentionnellement raccourcie, à l’accélération de nos actions, sollicitées par un environnement qui nous bombarde d’informations – fake ou non – de distractions et d’interruptions… Face à tous ces types d’accélération, il faut plus de nous, et dans l’impossibilité de nous démultiplier, nos engagements s’érodent, nos vies se fragmentent, et le sens de nos vies se perd.

Cette perte de sens, associée à notre aliénation au temps, à l’espace, aux biens et aux actions, génère les phénomènes de stress et de burn-out. Pour faire face aux exigences de nos sociétés modernes caractérisées par l’urgence, la technologie, les frontières de plus en plus floues entre vie personnelle et vie privée, le physique et le virtuel, de nombreux auteurs proclament, dans la lignée d’une citation présumée de Malraux, que le XXIe siècle sera spirituel… ou ne sera pas. Et l’une des voies vers cette spiritualité se trouve être la pleine conscience ou mindfulness. Ces deux dernières décennies ont vu exploser le nombres d’études scientifiques démontrant les bienfaits de la pleine conscience – tant sur le plan individuel que collectif – et la pleine conscience est parfois présentée comme un remède à de nombreux maux, la méditation de pleine conscience constituant un « bouton pause » nécessaire pour de plus en plus de pratiquants.

Toujours plus de programmes

De nombreuses entreprises et organisations publiques mettent en place des programmes de formation à la pleine conscience. Pour ne prendre que quelques exemples marquants, une étude de 2014 a estimé à 100 millions de dollars les sommes investies dans la recherche sur la pleine conscience par l’Institut national pour la santé américain (Harrington 2014). Les hommes politiques tels que le membre du congrès américain Tim Ryan, promeuvent la pleine conscience comme un paramètre clé dans la santé préventive.

Sur le plan des institutions privées, de nombreuses organisations se sont lancées dans la mise en place de formation à la pleine conscience. C’est le cas de Google, Goldman Sacks, Ford Motor, Aetna pour n’en citer que quelques-unes, qui ont formé des milliers de managers et de salariés à des programmes de réduction de stress, dont le plus connu est le célèbre programme MBSR (mindfulness-based stress reduction) développé par Jon Kabat-Zinn, professeur émérite de médecine, fondateur et directeur de la Clinique de réduction du stress et du centre pour la pleine conscience en médecine de l’Université médicale du Massachusetts.

Le non moins célèbre programme Search Inside Yourself, né au sein de Google (Chade-Meng, 2012), s’est essaimé dans les programmes de développement du leadership de Ford, American Express ou encore LinkedIn. L’Institut du Mindful Leadership développé par Janice Marturano au sein de General Mills est désormais déployé chez Procter & Gamble mais aussi dans l’US Air Force. Les programmes de pleine conscience ont également gagné les milieux sportifs (par exemple l’équipe de basket-ball des Los Angeles Lakers), et éducatif, à l’image de la prestigieuse Harvard Business School, ou encore du récent programme expérimental Mindfulness in schools lancé par le gouvernement britannique début 2019 qui prévoit l’intégration de cours de méditation dans 370 écoles anglaises. Les programmes de pleine conscience se sont même propagés jusque dans les formations des traders de Wall Street !

De la mindfulness à la McMindfulness

La définition la plus fréquemment citée dans les articles de recherche sur la pleine conscience est certainement celle de Brown & Ryan (2003) : le fait d’avoir conscience d’être conscient (conscious awareness), et de porter son attention sur ses pensées, ses émotions et ses actions dans l’instant présent. Il s’agit bien d’être présent, ici et maintenant, par opposition à rester plongé dans le passé (et souvent à « ruminer » des pensées ou des émotions négatives) ou à se projeter dans des avenirs possibles… mais très incertains.

La pleine conscience nous vient principalement de la philosophie bouddhiste, bien qu’on puisse aussi en trouver des manifestations dans d’autres religions. La pleine conscience y est appréhendée comme une capacité devant être développée pour parvenir à discipliner l’esprit. Les pratiques méditatives permettent de développer cette capacité ; c’est un apprentissage de l’autorégulation intentionnelle, à vivre dans le moment présent. Dans la tradition bouddhiste, la pleine conscience est l’un des chemins qui mènent à la sagesse. C’est Jon Kabbat-Zinn qui en fait une pratique méditative laïque dans nos sociétés occidentales, notamment en développant un programme de méditation en pleine conscience (MBSR) très efficace pour soigner les maladies physiques ou mentales. Ellen Langer, professeure à Harvard, amène la pleine conscience dans le champ de la psychologie sociale, puis Karl Weick dans celui du management.

À la suite des travaux pionniers de Langer et de Weick, la pleine conscience a bénéficié de nombreuses recherches très concluantes sur ses bienfaits, qu’il s’agisse de bien-être physique et mental, ou de performance. La pleine conscience est désormais présentée comme une panacée, un « quick fix » à tous les troubles de nos sociétés post-modernes ; elle diminue le stress et améliore l’engagement professionnel, deux des grands fléaux de notre temps. Ainsi une étude Gallup de 2013 estime à 550 millions de dollars de pertes le manque d’engagement des salariés dans leurs entreprises. Les tenants de la pleine conscience cherchent même à réconcilier capitalisme et spiritualité : pourquoi choisir quand on peut tout avoir : l’argent, le pouvoir et le bonheur ! (voir par exemple l’ouvrage d’Arianna Huffington, 2015).

Pourtant la poursuite de la sagesse n’est-elle pas parfois en contradiction avec la quête du pouvoir et de la richesse ? C’est cet amalgame que dénoncent Ron Purser et David Loy dans un article du Huffington Post, intitulé « Beyond McMindfulness » en 2013. Les programmes de pleine conscience se sont multipliés et ont perdu de leur substance spirituelle héritée des traditions bouddhistes. Sa pratique – dont le but ultime est de libérer les humains de l’illusion d’être des êtres séparés – a été corrompue par un mouvement contemporain de la pleine conscience qui célèbre la liberté individuelle et met l’emphase sur la primauté accordée à l’individualité.

Chacun d’entre nous, souverainement et en toute autonomie, est donc en charge de reprendre le contrôle sur soi-même, d’être en charge de son propre bien-être et de sa sécurité. Dans cette vision spirituelle capitaliste, les maux créés par la société doivent être pris en charge par les individus, sur qui se trouve reportée la responsabilité de réguler des états internes et des émotions devenues difficiles à gérer, en devenant « conscients » (mindful).

Le mouvement pour la pleine conscience, né de la volonté de soigner et de développer le bien-être dans le monde occidental, est ainsi victime de son succès. De plus en plus d’auteurs, à la suite de Ronald Purser, suggèrent une utilisation alternative de la pleine conscience, moins « instrumentalisée » par une logique économique à la recherche perpétuelle d’amélioration de la performance individuelle et collective, mais bien spirituelle dans le sens oriental, dans une logique plus humaniste, sociale et éthique.

51ème journée du GEPS à Brest

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Workshop: “Atmospheres and Shared Emotions”

workshop.jpgOn April 25-26 2019 a two days workshop on Atmospheres and Shared Emotionswill take place at the University of Vienna (Department of Philosophy).
Organized by Dylan Trigg and Hans Bernhard Schmid, this workshop is a part of the FWF project “A Phenomenological Investigation Into Shared Anxiety” (M2300).

Confirmed invited speakers are:

For more information click here.

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