Lacan : le désir dans tous ses états

Les Chemins de la philosophie , France Culture, 12/07/2013 

par Adèle Van Reeth et Philippe Petit

Aujourd’hui, j’ai le plaisir de recevoir les psychanalystes Clotilde Leguil et Jacques-Alain Miller à l’occasion de la parution du séminaire de Jacques Lacan de 1958 : Le désir et son interprétation.

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Le désir et son interprétation. Imaginez ce qu’il se passerait s’il nous fallait désirer et comprendre la cause du désir dans un même mouvement simultané, nous laissant croire à la possibilité d’un accès direct à ce qui nous porte à désirer. Ce serait faire du désir une idole, une puissance d’être, le faisant coïncider avec l’extase ou la joie, telle une plénitude sans reste. Par cet appétit d’être, nul doute que Spinoza fut tenté. Et il n’est pas le seul des philosophes à céder à cette exaltation. Après tout, aujourd’hui, il n’est pas rare de voir des corps en monstration exhiber une telle croyance. Regardez comment j’embrasse ! Vous voyez bien quel est l’objet de mon désir. Pardon, de mon plaisir. Sauvons au moins Spinoza de cette dérive. « Il y a beaucoup de haine ou de peur à l’égard du désir dans le culte du plaisir » disait Gilles Deleuze.

Sans compter que le désir, n’est pas que le désir amoureux. Et que tous les philosophes n’ont pas fait preuve de cet appétit d’être propre à un certain hédonisme contemporain. Locke définit le désir comme « le malaise que ressent en lui un homme en absence de quelque chose dont la jouissance actuelle entraîne l’idée de joie ». Entre être et non-être, manque et plénitude, joie et souffrance, le désir participe de bien des équivoques. Son ambivalence traverse la philosophie de Platon : alors que dans Phèdre et la République le désir est la partie de l’âme qui est l’esclave du corps, opposé à la raison et à la vertu, dans le Banquet, il est cette force motrice qui exalte dans le sensible la beauté de l’Idée et donne en conséquence à l’âme sa véritable destination. A l’âme, cela peut s’entendre? Mais au désir, à l’acte qui le sous-tend, peut-on sérieusement lui assigner une destination ? Desiderare signifie en latin « cesser de contempler les astres », et par déplacement constater avec regret l’absence de quelqu’un, de quelque chose. Mais dans d’autres langues, il signifie encore autre chose. Le Wunsch allemand ne coïncide pas au « désir » français. Entre le pur et l’impur, le désir ne cesse d’osciller. Et c’est bien pourquoi le sujet y a sa part, lui, qui ne cherche qu’à trouver la place de son désir.

Alors, devant tant d’embarras : faisons au moins une pause.

Ecoutons, une heure durant, comme si c’était la première fois, ce que Lacan nous disait des tours du désir. De ses fantasmes. De sa perversion. De son extravagance. Ecoutons l’écho de notre désir.

Intervenants
  • professeure au Département de psychanalyse de Paris 8 Saint Denis, philosophe et psychanalyste de l’Ecole de la Cause freudienne
  • Psychanalyste et éditeur.

 

 

P. Guyomard – « L’éthique de la psychanalyse »

 

« La psychanalyse est un remède contre l’ignorance. Elle est sans effet sur la connerie. » Jacques Lacan

L’éthique de la psychanalyse

À cette interrogation que Lacan déploie en 1960, le séminaire « L’Éthique de la

41PS1C64K2L._SX285_BO1,204,203,200_.jpgpsychanalyse » a longtemps semblé donner une réponse. Mais la possibilité même d’une telle éthique lui importait sans doute moins que la transformation de la question par sa

propre théorie de l’inconscient. Aussi est-ce davantage le développement de la psychanalyse et du discours analytique jusque dans sa radicalité, qui produit des réponses dont la pluralité semble interdire ce qui serait une Éthique.

 

Une conférence enregistrée en mars 2016 : à écouter ici.

Patrick Guyomar, psychanalyste, professeur émérite à l’Université Paris Diderot et président de la Société de psychanalyse freudienne (SPF).

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