« Si par hasard tu croises la psychanalyse… fripon fais gaffe ! » par Paul Machto

Article original publié par Paul Machto le 31 oct 2019 ici.

Si par hasard tu croises la psychanalyse… fripon fais gaffe!

IMG_0687.JPGY-t-il un hasard dans le social, le politique ? Après le voile, le voile, le voile… re-voilà la psychanalyse, la psychanalyse, la psychanalyse. Une drôle (sic) de pétition vient d’être lancée accusant «la psychanalyse, d’exercice illégal de la médecine» et appelant à bouter cette sorcière hors des universités et des tribunaux ! Rien moins que ça..

Le hasard existe-t-il ?

Mais pour sûr, mon cher Watson !

Après « le poumon, le poumon le poumon, vous dis-je » de Molière, « le voile, le voile, le voile » de ces dernières semaines, re-voilà « la psychanalyse, la psychanalyse la psychanalyse » !

C’est par un drôle de hasard qu’une pétition a été lancée ces derniers jours, « La psychanalyse ou l’exercice illégal de la médecine ».

Pétition relayée par le Nouvel Obs, puis par le Figaro, de ce jour, 30 octobre, « Des psychiatres et des psychologues appellent à exclure la psychanalyse des tribunaux » avec en sous-titre : « 60 psychiatres et psychologues demandent que les partisans d’analyses d’inspiration freudienne soient écartés des expertises judiciaires.

Après les mères voilées qui doivent être exclues des sorties scolaires, voilà les partisans d’analyse d’inspiration freudienne qui doivent être écartés des expertises judiciaires. Ferais-je là un amalgame abusif ?

Donc padamalgame comme on dit au Rassemblement National, … mais je ne peux m’empêcher de percevoir dans les flux de l’information et des mouvements collectifs quelques échos et rapprochements illustrant le moment politique actuel qui constitue cette ambiance générale de rejet, de violence et d’exacerbation.

Mais juste un rappel : n’est-ce pas le Figaro qui avait déjà relayé l’appel au déremboursement de l’homéopathie de 124 professionnels de santé – essentiellement des chirurgiens et des médecins généralistes- ? … et qui ont finalement eu gain de cause !

Cette pétition appelle à l’exclusion de la psychanalyse :

  • de la psychiatrie,
  • de la psychologie,
  • de l’université,
  • des tribunaux.
  • de toutes les institutions.

Mais pour bien montrer que ses rédacteurs ne sont pas féroces, sectaires, et font preuve de grande mansuétude, paradoxalement ils précisent que « l’exercice de la psychanalyse à titre privé, pour des requêtes d’ordre existentiel ou philosophique, n’est pas critiquable ». On ne comprend plus très bien …

On pourrait s’interroger sur les auteurs véritables de cette attaque très idéologique, lorsque l’on découvre le site qui la promeut : https://www.justicesanspsychanalyse.com/ .Fort bien fait, ce site n’indique absolument rien des auteurs, pas de page d’accueil, aucune indication…et indique ce matin, 30 octobre 2019, que 647 professionnels de santé, professeur d’université, etc. ont signé ce texte !

Mais il faut le lire absolument dans son intégralité : il est hallucinant de bêtise, de volonté d’effrayer, d’accumulation de poncifs, de généralités, de contradiction, mêlant des propos de café du commerce avec une rhétorique cherchant à s’appuyer sur LA science, LES preuves et surtout LA protection des malades mentaux, … et des pauvres étudiants pris en otage par des gens qui « utilisent (leurs) diplômes de médecine et de psychologie pour diffuser à l’université un enseignement en violation avec la médecine » rien moins !

Ces étudiants et internes en médecine, nous dit-on « apprennent à contester le principe même de la démarche scientifique au motif que la science serait une croyance ». Ils reçoivent « un enseignement psychanalytique livré avec le mépris de la médecine (..) la défiance envers les politiques de santé » !

Ensuite ces pauvres et naïfs jeunes gens sans aucun esprit critique bien évidemment « sont ensuite attirés à l’extérieur pour y recevoir une formation obscurantiste où les pathologies sont réduites au complexe d’Œdipe ou à la mère pathogène (..) Nous estimons que ces étudiants sont placés en danger d’emprise sectaire ». Dommage, le Premier ministre vient de décider la suppression de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes)… Affreux, les psychanalystes vont pouvoir continuer à exercer leurs pouvoirs maléfiques si les pétitionnaires n’obtiennent pas gain de cause !!!

Je vous laisse le soin de continuer vous-même et découvrir ce fatras d’aberrations. Juste pour le plaisir… encore quelques extraits : ce texte s’appuie d’emblée sur le Code de la santé publique et…  « le code de déontologie des professionnels de la santé mentale »(sic) qui n’existe pas !!!

De même les auteurs

  • affirment qu’il existe une santé sexuelle ! L’ont-il rencontrée ??? on pourrait en douter !
  • refusent que soient instrumentalisées la psychiatrie et la psychologie (..) pour prêter des intentions sexuelles aux bébés, (..) affirmer que tout rapport sexuel serait du registre de la perversion et du rapport de force, (..), et déresponsabiliser les auteurs de violences sexuelles ! 

Ce texte serait risible s’il n’était pas dangereux dans les suites que certains parlementaires pourraient lui donner, mais aussi et surtout par ce qu’il peut propager de contre-vérités, de fausses informations avec la volonté évidente de faire peur !

On ne peut qu’être interrogatif sur les motivations qui poussent des professionnels à signer un tel texte… et aussi des journaux à donner de l’écho à une telle initiative.

Y aurait-il à argumenter point par point pour démonter cette initiative ? Je ne le pense pas tant les propos sont dénués de fondement. Les apports des théories psychanalytiques que ce soit dans la culture, dans la littérature … et les outils qu’elles procurent dans les pratiques soignantes qui s’y appuient encore – pourtant de moins en moins nombreuses il faut le rappeler – , sont reconnues depuis des décennies et sont sans cesse réinterrogées de façon critique et stimulante.

Ce qui est décrit laisse entendre que la quasi-totalité des universités, des services de psychiatrie, des experts auprès des tribunaux sont « sous la coupe » des psychanalystes. Pourtant il est notoire que ce sont les neuro-sciences, les thérapies comportementales, les traitements psychotropes, l’enfermement, l’isolement et les contentions qui sont désormais hégémoniques, et se sont banalisés comme l’attestent les rapports de la Contrôleure générale des lieux de privation de liberté !

Ne faudrait-il pas souligner la dimension politique sous-jacente à cette pétition qui vise à exclure « LA » psychanalyse, l’accuse d’exercice illégal de la médecine, dans ce moment politique et social si particulier depuis plusieurs semaines, sinon ces dernières années ?

C’est un discours sur la pureté de LA science au moment où la société française est envahie par un discours sur la pureté de l’identité, la défense de l’identité nationale, aux relents nauséabonds.

Car c’est au nom de la protection des enfants face au prosélytisme et au radicalisme, c’est au nom de la protection des citoyens contre le terrorisme, que des politiciens, le Président de la République, le ministre de l’éducation en tête, en viennent à stigmatiser les musulmans, les sénateurs LR à voter une loi excluante.

C’est au nom de la protection des étudiants « à l’esprit supposé malléable », de la protection des malades mentaux qu’il faut exclure LA psychanalyse, nous disent ces pétitionnaires.

Il semble que nous soyons dans un moment de stigmatisation, de ségrégation, d’exclusion tout azimut.

Avec cette intention d’exclure LA psychanalyse de l’Université, des enseignements, maintenant des tribunaux, de la psychiatrie, de la psychologie, des institutions de soins, publiques, privées, associatives, du médico-social sous couvert de LA science, de la médecine par les preuves ( Evidence Based Medecine –EBM), cet appel vise à empêcher la liberté de proposer des enseignements diversifiés, la liberté du choix des thérapeutiques, la diversité des approches théoriques, la pluralité des pratiques soignantes, le soutien à la multiplicité des thérapeutiques et des démarches soignantes, à la richesse du croisement des enseignements des sciences humaines, sociales et scientifiques, ce que l’on appelaient au temps des Lumières faire ses humanités.

Cette volonté, ce projet, cet appel à interdire LA psychanalyse ne date pas d’hier : déjà la Haute Autorité de Santé, sous la pression de certaines associations de parents, avait émis un avis – non obligatoire cependant grâce à la mobilisation des cliniciens – déclarant « non recommandé » l’apport de la psychanalyse et la psychothérapie institutionnelle dans les soins aux patients autistes. Un député LR, Daniel Fasquelle d’abord seul, puis avec le soutien d’un député PS Gwendal Rouillard, passé depuis chez LREM, était vent debout contre la psychanalyse pour l’autisme. Il avait été jusqu’à déposer un projet de loi pour interdire la psychanalyse dans les prises en charge de l’autisme qui fut cependant rejeté par l’Assemblée nationale en décembre 2016.

On ne doit pas laisser se développer cet acharnement récurrent contre « LA» psychanalyse, décrite comme une entité globale unique ! Il s’agit de dénoncer cette sorte de haine contre un mouvement qui vise d’abord à soutenir une pensée singulière et l’élaboration psychique, à explorer l’histoire individuelle, familiale, sociale, politique, collective, à trouver son propre cheminement pour se libérer de ses pesanteurs mémorielles et fantasmatiques, de ses souffrances accumulées. Mais aussi il ne faut pas oublier que ce mouvement psychanalytique, ces outils qu’il procure, aide à penser les soignants dans leurs pratiques, dans la confrontation complexe avec les folies individuelles, collectives et institutionnelles. Il s’agit de contre-vérités honteuses que de laisser croire que les pratiques référencées à la psychanalyse sont imposées dans les institutions soignantes et du médico-sociales. Si dans les années 70, le psychanalysme, comme l’a nommé Robert Castel, a sévi, ce temps est bien révolu.

Faudrait-il rappeler dans quels contextes politiques la psychanalyse a été violemment attaquée et interdite ? Ce fut d’abord au moment de la proclamation de la pureté de la race aryenne, la psychanalyse étant dénoncée en tant que « science juive », et ses livres brûlés dans les autodafés. Mais aussi, elle fut attaquée et dénoncée par le stalinisme et toutes les dictatures d’Amérique latine.

Il est révoltant de voir que ce sont les haines, les rejets, les ségrégations, les anathèmes qui ruissellent… Ce ne sont pas les richesses des « premiers de cordée » !

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Paul Machto

Psychanalyste – Psychiatre, Paris, France

SA BIOGRAPHIE

Né à Alger. En France depuis 1962. J’ai vécu mon adolescence à Bondy (93). Études de médecine à Cochin (Paris) -1968-1973- Interne des Hôpitaux Psychiatriques Région Parisienne . Co-fondateur du Syndicat de la Psychiatrie (1978), puis de l’Union Syndicale de la Psychiatrie (1986). Président de 1990 à 1993 de l’U.S.P.et de l’Association Pratiques de la Folie ( 1992-1993). Psychiatre des hôpitaux. Membre de la Fédération des Ateliers de Psychanalyse. Membre fondateur du Collectif des 39 contre la Nuit Sécuritaire. Chroniqueur à Libération : « Psychiatrie en flagrants délires » en 1978-1979. Psychiatre et Psychanalyste en Seine Saint Denis depuis 1979.

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« Éloge indocile de la psychanalyse » par Samuel Dock

livre_moyen_429.jpg« J’avais vingt ans. Un de mes amis venait de mourir. Dans les jours qui ont suivi son décès, sans qu’alors je comprenne ni comment ni pourquoi, des idées qui semblaient appartenir à un autre – absurdes mais non dépourvues de férocité, ce ne pouvait pas être les miennes – petit à petit ont germé dans mon esprit. Une, c’est ridicule, facile à chasser, il faut ne plus y songer. Deux, c’est hélas revenu mais ce n’est pas grave, il suffit de respirer, de marcher un peu. Trois, c’est devenu plus compliqué, voilà qu’elles s’attardent. Quatre. Cinq. Six. Pourquoi cela m’arrive-t-il à moi ? Sept. Huit. Neuf. Plus possible de compter. Que reste-t-il de moi ? Quelques fragments épars. Je n’arriverai jamais à les réunir. Ces fleurs étranges prolifèrent, elles tapissent chaque émotion, chaque organe, s’infiltrent dans mes poumons, se lovent dans mes yeux, elles m’aveuglent. La douleur grandit et mon existence se réduit. Il devient si difficile de me concentrer, de travailler, de rencontrer mes amis, de croire en un avenir de nouveau en paix. Tout cogne trop fort. Tout fait trop mal. Ma personnalité retrouvera-t-elle un jour sa forme, ma vie, sa place? Reviendrai-je indemne de cet exil en enfer ? Intact ? Toujours le même, celui d’avant cette catastrophe ordinaire? J’étais plongé dans cette solitude que seuls connaissent ceux dont le visage impassible ne trahit pas l’interne agonie, ceux qui s’abîment en eux-mêmes sans pouvoir le hurler ou le chuchoter, même pas l’écrire. J’étais étudiant en psychologie, parce que je voulais être écrivain et que je supposais que je trouverais dans cette science de quoi rendre plus tangibles les personnages fictifs dont je me hâtais de raconter les destins. La psychanalyse, jusqu’à présent, avait suscité chez moi surtout de la fascination et un intérêt intellectuel. Mais j’y concentrais maintenant tous mes espoirs de trouver une explication à ce qui m’arrivait, un sens puisque plus rien n’en avait, la guérison de ce mal, allez, au moins son nom, un souffle, la clé de mes chaînes. L’interruption de l’invasion, juste une pause pour reprendre mon souffle, me rappeler qui j’étais. Une consolation. Mais j’ai trouvé bien plus qu’un soulagement dans le cabinet de mon premier analyste, de l’homme qui comme aucun autre m’a sauvé. À ses côtés, je me suis familiarisé avec ces guerres qui me déchiraient, j’ai caressé les pulsions de vie, tendu la main à Thanatos. J’ai osé me pen- cher sur cette douleur qui forait un gouffre dans mon nombril, qui aspirait tout, le cœur, l’envie, l’espoir, la rage. J’ai su me la représenter pour ne plus m’en effrayer, m’en emparer à pleine main, me réjouir de tout ce qu’à ce manque fondamental doit mon désir. J’ai appris à me panser, à me raconter, à faire jaillir de la plus froide des nuits la plus intense des narrations, à façonner dans le matériau brut de la vie les contours d’une existence qui me ressemble. Déposer enfin ces blessures que pour soulager d’autres, mes parents, ma sœur, je m’entêtais à porter. Reconnaître dans la polymorphie de l’humanité la mienne aussi, tout n’est pas toujours joli et il n’y a pas de quoi s’alarmer. De la cendre extraire des instants précieux. Dans le mensonge, révéler l’authenticité. Sur son désir, ne jamais céder. Penser. Aimer. Inventer. Éprouver. Être. Écrire. Je croyais que l’angoisse m’avait tout pris, que plus rien ne serait jamais pareil. Plus rien ne l’a été, c’est vrai, maintenant que de ces verbes je découvrais la signification véritable. C’est à cette psychanalyse-là que j’ai souhaité dans ce livre rendre hommage. Celle qui m’a rendu à la vie quand je la croyais finie. Celle qui m’a fait naître ». Samuel Dock.

 » Dans cet ouvrage passionnant, Samuel Dock défend une pratique nouvelle de son métier, plus accessible et plus humaine. Récusant toute approche élitiste de la psychanalyse, il en présente les concepts fondamentaux : plus de cent vingt-cinq entrées, dont « amour », « désir », « obsession », « inconscient », « refoulement », « dépression », « narcissisme »… En puisant dans son propre vécu, dans celui de ses patients ainsi que dans la culture populaire pour illustrer son propos, l’auteur signe un texte profond et ludique.

Samuel Dock décrit le rôle de la psychanalyse dans la société et confronte la science de Freud au monde contemporain : développement personnel, médias, société de consommation, réseaux sociaux, genre, pornographie… Ces nombreux thèmes, exposés dans une langue précise et délicate, sauront à la fois initier le néophyte à la psychanalyse et questionner le psychanalyste chevronné.

Le lecteur est invité à découvrir l’envers d’une scène rarement dévoilé, mais surtout à partager la conviction que la cure analytique demeure un espace unique pour revivre son histoire intime et explorer les voies de sa transformation. » 

Editions Philippe Rey.

Date de parution : 05/09/2019
ISBN : 978-2-84876-761-1
Format : 14.5 x 22 cm
Pages : 432
Prix : 20.00 €

P. Guyomard – « L’éthique de la psychanalyse »

 

« La psychanalyse est un remède contre l’ignorance. Elle est sans effet sur la connerie. » Jacques Lacan

L’éthique de la psychanalyse

À cette interrogation que Lacan déploie en 1960, le séminaire « L’Éthique de la

41PS1C64K2L._SX285_BO1,204,203,200_.jpgpsychanalyse » a longtemps semblé donner une réponse. Mais la possibilité même d’une telle éthique lui importait sans doute moins que la transformation de la question par sa

propre théorie de l’inconscient. Aussi est-ce davantage le développement de la psychanalyse et du discours analytique jusque dans sa radicalité, qui produit des réponses dont la pluralité semble interdire ce qui serait une Éthique.

 

Une conférence enregistrée en mars 2016 : à écouter ici.

Patrick Guyomar, psychanalyste, professeur émérite à l’Université Paris Diderot et président de la Société de psychanalyse freudienne (SPF).

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