« Réapprendre le temps ? », un article de Xavier Camby

Plaisir de vous partager les réflexions de Xavier Camby, qui me semblent intéresser au-delà du monde de l’entreprise.

Original ici.

Réapprendre le temps ?

Xavier Camby – Le 30 novembre 2021  

Il y a longtemps que j’ai quitté rivages de mon enfance émerveillée, aussi heureux qu’intemporels. Par mimétisme, j’ai très tôt appris un fort méchant argument, aussi dilatoire qu’imparable, que je me sers tous les jours, autant qu’aux autres : « je n’ai pas le temps ». Oh, je sais bien qu’il ne s’agit pas là d’un temps réel. Qui d’autre que moi en effet, pourrait décider de son emploi ? Ce malin prétexte, ce fallacieux propos, cette justification universelle, m’évite d’avoir à avouer qu’en réalité, je n’ai pas envie !

Une contagieuse pénurie temporelle semble désormais devenue universelle : 99% des cadres et des dirigeants, qui m’invitent à pourtant à les aider, déplorent en toute bonne foi, n’avoir pas le temps !

Jadis aussi je fus un de ces indisponibles, submergé d’urgences, toujours pressant et empressé, pour tenter d’enfin rejoindre les trop rares moments d’une libre jouissance de mon temps. Mes agendas étaient impossibles. Pour démontrer la valeur de mon temps ? Ou le poids de mes responsabilités ? Un stress latent et une subreptice impatience contaminaient chacune de mes relations journalières, ma joie de vivre autant que mon plaisir de travailler. Mes soudaines accélérations, comme pour essayer de pour me soustraire aux temps perdus (des conférences imposées et des séances inutiles), m’infligeaient toujours cette douloureuse perception : celle de la coupable dé-maîtrise de mon temps.

Il s’agit là un des plus frappants paradoxes de notre belle époque, que mon associé québécois aime à souligner, répétant sagement : « plus on va vite, moins on a de temps ! »

Qu’est-ce donc que le temps ?

On peut premièrement penser qu’il existe en dehors de nous et de nos perceptions variables, structurant notre univers physique depuis sa naissance comme dans toutes ses excentriques croissances. Indissociable de l’espace, que comme lui nous avons appris à mesurer, il est cependant sans aucune matière ni changement d’état observable. Il s’écoule et se répand sans que nous n’en puissions rien canaliser. Impossible encore de le thésauriser : insaisissable autant que réel, le temps apparait plus métaphysique que rationnel…. Est-ce pour cela que nous soupirons tant après son absence… qui s’appelle l’éternité ?

Pour chacun de nous cependant, le temps est d’abord une perception. Fruit d’un apprentissage et d’expériences répétées, nous le découvrons dans la durée. Il impose alors sa fuyante présence, entre un passé irrémédiablement révolu et un futur, déjà passé dès que présent. Mais comme chacune de nos perceptions, celle que nous avons du temps peut être faussée, biaisée ou tronquée…

La pensée de la Grèce classique identifiait jadis trois dimensions temporelles.

La première décrivait l’inéluctable accumulation linéaire des secondes, qu’on appelle la chronologie. La mythologie grecque l’incarnait en un géant cruel, Kronos, le père des dieux, qui dévorait ses enfants – jusqu’à ce qu’enfin son fils Zeus mette fin à cet infanticide. Ce temps chronologique, dont notre époque se repaît, nous pousse incessamment dans une course effrénée vers des horizons temporels toujours aussi lointains qu’incertains, qui se dérobent toujours et tangentent l’infini. Nos tentatives pour l’enfermer dans nos décomptes ou nos compte-à-rebours, se révèlent finalement… toujours gravement anxiogènes.

Le deuxième temps rend compte des cycles réguliers de nos vies – ce qui nous permet de minorer un peu l’effroi vertigineux du temps chronologique. Nommée Aiôn, il désigne l’immuable régularité circadienne, la course lunaire comme la valse des saisons, les cycles naturels de la vie, depuis la naissance jusqu’à la mort… Ces rythmes nombreux, doux et harmonieux dès qu’on les accepte, nous rassurent un peu et tempèrent nos tentations à l’accélération permanente. De nombreuses sagesses humaines s’en inspirent, disposant « qu’il existe un temps pour chaque chose ». Mon impatiente adolescence fut ainsi modérée par ma grand-mère, répétant doucement que « ce qui se faisait sans le temps n’y résistait pas ». Le souvenir m’en est resté, inspirant mon management.

La dernière perception du temps est celle qui nous manque le plus : nommée Kaïros, elle décrit ce temps qui peut « suspendre son vol », un court instant. Un temps métaphysique, caractérisé par sa provisoire absence. Ce qu’alors nous vivons est intemporel, nous transforme pourtant et s’ancre profondément. Il existe un avant et un après – sans qu’on puisse pourtant décrire ce fugace hors-du-temps, comme un évènement ou un accident. Transcendance non mystique, ce moment souvent récréatif autant que créatif s’installe comme l’une éternité d’un court instant, abolissant la pesanteur de nos habituelles contingences.

N’est-ce pas là désormais une principale urgence, dans nos entreprises et nos organisations ? Réapprendre à vivre et maîtriser le temps qui nous est donné ? Plutôt qu’affirmer nos manques d’envie… Augustin d’Hippone (354 – 430) nous y invite : « Ces temps sont mauvais ? Alors soyons bons et notre temps sera bon. Car nous sommes le temps. » A la racine même de toute authentique bienveillance, le grand poète Al-Mutanabbī (915 – 965) donne une clé essentielle : « le temps n’est jamais perdu, s’il est donné aux autres. »

N’est-ce pas important, quand on dirige ou manage ?

Xavier Camby. Ancien inspecteur sur les marchés financiers et dirigeant d’entreprises, Xavier Camby anime désormais Essentiel Management Conseil. Objectif de cette société genevoise? Promouvoir une gestion totalement renouvelée du capital humain et de la performance, grâce notamment au management non-toxique. Xavier Camby est par ailleurs l’auteur du livre « 48 clés pour un management durable » (éd.Yves Briend, 2013).

« Remboursement : la psychologie a-t-elle un prix ? » par L.Darmon dans le JDP d’octobre

Dans le numéro du Journal des Psychologues 2021/10, un article de Laetitia Darmon qui reprend les questions que soulève la forme de proposition de remboursement des consultations auprès de psychologues faite par le gouvernement.

Original ici.

Les annonces d’Emmanuel Macron concernant l’accès gratuit à des séances de psychologie en ville bouleversent la profession. Sans pour autant parvenir à l’unifier, une majorité d’acteurs en appellent au boycott du dispositif. Ce dernier soulève en effet, dans sa mouture actuelle, des questions cruciales quant à l’avenir de l’exercice en libéral et à la capacité des psychologues de fournir des soins conformes à leur éthique.

Des séances de psy gratuites pour tous chez le psychologue en ville dès 2022. Le président de la République n’a pas ménagé son effet en présentant l’une des « mesures phares » des Assises de la santé mentale et de la psychiatrie le 28 septembre dernier. Les modalités pratiques du dispositif sont désormais détaillées sur le site du ministère des Solidarités et de la Santé. Les consultations concerneront des personnes de trois ans et plus, souffrant « de troubles légers à modérés ». Elles se feront sur prescription médicale, pour 8 séances, au tarif de 40 euros la première séance d’évaluation (durée estimée par le ministère : 55 minutes) puis de 30 euros les suivantes (40 minutes), sans dépassement d’honoraires possibles. Les psychologues seront libres de se conventionner ou non et pourront conserver un exercice libéral non conventionné en parallèle. Le dispositif « fera l’objet d’une évaluation d’ici à 2025, dans l’optique de poursuivre l’intégration des psychologues dans le parcours en santé mentale ».

Uber-psy

L’annonce présidentielle a créé une onde de choc dans la profession. Dans les communiqués des organisations syndicales et collectifs de psychologues, dans les groupes d’échange sur Facebook, dans les interviews et manifestations qui ont suivi l’annonce présidentielle, s’exprime largement la colère de n’avoir pas été entendus malgré des négociations menées ces derniers mois, mais aussi le sentiment de « mépris et d’incompétence des pouvoirs publics », de « maltraitance des psychologues et des patients » via une « ubérisation de la profession » et une « psychologie au rabais pour les plus pauvres ». Les sources d’inquiétude sont multiples, au premier rang desquelles le tarif, beaucoup trop bas pour être viable, et la prescription des consultations qui, outre qu’elle compromet « l’accès direct et libre » des patients au psychologue de leur choix et l’autonomie de ce dernier dans l’exercice de ses fonctions (deux éléments inscrits dans le code de déontologie de la profession), génère aussi beaucoup de complexité administrative. Allers-retours du patient entre le médecin généraliste et le psychologue pour obtenir sa prise en charge, difficultés du professionnel à se faire payer, paperasse : des témoignages de psychologues désabusés essaiment actuellement sur les réseaux sociaux, à la suite de leur participation à l’expérimentation de remboursement lancée en 2018 ou aux dispositifs de type SantéPsyÉtudiant et PsyEnfantAdo.

Paramédicalisation

Mais, pour Camille Mohoric-Faedi, cofondatrice du Manifeste psy, le mal est plus profond encore. « Il réside dans le fait de ne respecter ni le sens du travail psychique et de la psychothérapie, ni notre éthique, ni la souffrance des patients pour lesquels ce dispositif va être maltraitant, puisqu’il impose un parcours du combattant et engendrera des ruptures brutales de soin au terme des huit séances », explique-t-elle. Ce sont aussi les compétences des psychologues qui sont dénigrées. « Car remettre l’orientation première des patients au médecin généraliste qui est bien moins formé que nous en psychopathologie, nous limiter aux troubles légers et modérés ou encore nous imposer les modalités de la thérapie, c’est renier nos capacités cliniques et psychothérapeutiques ». Le psychologue devient un professionnel paramédical, soumis aux exigences des médecins et des caisses primaires d’assurance maladie. « Tous les arrêtés de ces derniers mois visent à mettre les psychologues sous tutelle médicale. Le gouvernement répond en cela à un courant très fort au sein du ministère de la Santé », renchérit le président du Syndicat national des psychologues (Snp), Patrick-Ange Raoult.

Ne pas entrouvrir la porte

Suivis par d’autres mouvements et collectifs, le Snp et le Manifeste Psy en appellent au boycott du dispositif. D’autant que, pour Camille Mohoric-Faedi, ce protocole risque de n’être qu’une première étape avant une généralisation du conventionnement et la fin du travail libéral tel qu’il se pratique aujourd’hui. « C’est ainsi qu’il faut lire l’annonce d’une évaluation en 2025 en vue d’une poursuite de l’intégration des psychologues dans le parcours en santé mentale », estime-t-elle. Si des professionnels mordent à l’hameçon, elle redoute qu’il soit difficile de stopper le mouvement. La cofondatrice du Manifeste Psy veut croire à la possibilité d’un boycott, se raccrochant au fait que les dispositifs SantéPsyÉtudiant et PsyEnfantAdo ont été massivement boudés par les psychologues. Mais d’autres sont persuadés que des psychologues y entreront. « Emmanuel Macron le sait bien. Il a exprimé avec cynisme que le conventionnement n’intéresserait pas des psys aguerris, mais qu’il serait bien profitable à leurs jeunes confrères peinant à boucler leurs fins de mois », relate Patrick-Ange Raoult.

PiS que tout ou mieux que rien ?

Pour l’heure, en tout cas, les négociations sur les modalités du « remboursement » se poursuivent. Ayant évoqué dans un communiqué son intention de « boycotter le dispositif s’il pass[ait] en l’état » [ndlr : c’est-à-dire avec une notion de prescription et non d’adressage], la Fédération française des psychologues et de psychologie (Ffpp) a choisi, au contraire du Snp, de rester présente dans les discussions avec la Caisse nationale d’assurance maladie. Une nouvelle réunion de travail a eu lieu le vendredi 7 octobre. La présidente de la Ffpp, Gladys Mondière, quoique défavorable au tarif proposé pour les séances, estime en effet qu’il ne faut pas balayer les avancées obtenues ces derniers mois dans le cadre des négociations. « Le public concerné par le dispositif a pu être étendu aux 3-18 ans, et la Cnam, longtemps arc-boutée sur la question de la prescription, a accepté par oral, depuis la rentrée, la notion d’adressage. Nous allons veiller à ce que cela s’officialise et travaillons sur l’idée d’un échange avec le médecin généraliste, sans bilan de fin de prise en charge ni allers-retours entre ce dernier, le psychologue et le psychiatre », indique-t-elle. Se voulant pragmatique, elle note que l’enveloppe budgétaire pour le financement des séances n’est pas illimitée, et que proposer huit séances gratuites est « mieux que rien pour la population ».

Que valons-nous ?

Pour Caroline Fanciullo, présidente d’une jeune association de psychologues, Propsy, il s’agit maintenant de questionner comment un dispositif à moindre coût, aussi éloigné de l’exercice professionnel des psychologues, peut être présenté par le gouvernement comme une panacée. Comment, sinon parce que la spécificité de ce métier n’est pas comprise ? Aussi faut-il à moyen terme effectuer « un profond travail de pédagogie et d’information pour que nous soyons catégorisés de façon plus adéquate ». Propsy a lancé avant les Assises de la santé mentale et de la psychiatrie un sondage sur l’expérimentation du remboursement de séances de psychologie, auprès de 4 000 répondants médecins, psychologues et patients. Il y est notamment apparu que la reconnaissance de la spécificité du psychologue était soutenue par les jeunes médecins généralistes. « C’est avec eux qu’il faut œuvrer, communiquer. Les médecins ne nous écrasent pas volontairement, mais parce qu’ils ont une vision ancienne de notre métier qui est jeune, trop peu défini et structuré », estime la présidente de Propsy. « À ne rien vouloir expliquer, les psychologues restent invisibles, donc inintelligibles. Et renvoient juste l’image selon laquelle être psychologue, c’est savoir tendre un mouchoir. C’est tout cela qu’on doit changer. »

Le symptôme d’une débâcle ?

Mais beaucoup replacent ce dispositif dans le contexte de la paupérisation de la santé mentale en France. Animateur du collectif national des psychologues Ufmict-Cgt, Gilles Métais y voit le symptôme d’un processus global de libéralisation de la santé. Persuadé que le faible tarif proposé par le gouvernement ne sera pas tenable, il anticipe la mise en place d’honoraires libres, avec deux solutions : soit un paiement du complément par les patients soit par les mutuelles « qui ont bien compris l’intérêt d’investir dans la prise en charge psychologique ». Or, explique-t-il, « ce système va fragiliser la Sécurité sociale et nous faire basculer vers une protection santé sociale toujours moins performante, plus inégalitaire, là où le service public assurait autrefois la prise en charge de qualité de la population. Ce modèle est catastrophique et extrêmement coûteux pour certaines personnes, notamment celles nécessitant des soins pluridisciplinaires ». Aussi, après avoir défendu les psychologues en libéral sur la question des tarifs et de l’absence de prescription, son syndicat entend-il se recentrer sur la défense du service public. « Sans quoi beaucoup ne pourront pas être soignés. » Ce n’est en effet pas le recrutement de 800 etp (Éducateurs thérapeutiques du patient) de « personnel non médical » dans les cmp adultes et enfants, annoncé le 28 septembre, qui permettra de régler la crise profonde que traverse la psychiatrie.

Vient de paraître, le nouveau livre de Tobie Nathan

Pour les fans, les curieux, les aventuriers… le nouveau livre de Tobie Nathan, paru aux éditions L’Iconoclaste, et un commentaire par Elise Lépine dans Le Point.

Journées d’études « Joyce McDougall et la clinique analytique contemporaine »

Journées d’études « Joyce McDougall et la clinique analytique contemporaine »
Samedi 20 et dimanche 21 novembre 2021 (inscription obligatoire)

Organisé par la SPF Société de Psychanalyse Freudienne

À l’ASIEM et en visioconférence
ASIEM : 6 rue Albert de Lapparent, 75007 Paris

Présentation et programme

« Tout symptôme psychologique correspond à une tentative d’auto-guérison destiné à échapper à la douleur psychique. » Joyce McDougall

Plus ouvertement qu’hier le champ clinique des identités sexuelles «dégenrées», des hauts potentiels, des néosexualités, des addictions multiples ou du surgissement de psycho-somatoses, déconcerte l’analyste… et l’analyse elle-même. Qu’advient-il des notions de subjectivité et d’intimité dans notre ère de numérisation de la société et des réseaux sociaux ? Qu’en est-il aujourd’hui du sujet, le sujet de l’inconscient ? Si elle devait s’imposer, en quoi l’invention d’une clinique analytique du XXIe siècle resterait-elle freudienne ? Par le passé, une analyste, une femme, Joyce McDougall a exemplairement anticipé, exploré et incarné ce questionnement novateur.
Tout au long de la seconde moitié du siècle dernier cette analyste néo-zélandaise (1920-2011), a su échapper aux clivages qui agitaient la scène analytique française, dialoguant avec ses collègues de la SPP comme avec Winnicott, Lacan et quelques autres parmi lesquels Piera Aulagnier. Un pluralisme et une ouverture qui, sans menacer son identité d’analyste, soutenait une inventivité clinique qui ne reculait pas devant les cas difficiles.
En ce temps où cherchent à s’imposer des pratiques psychothérapiques multiples, des techniques cognitivistes méconnaissant les dimensions de l’inconscient, du transfert et du sujet toujours en devenir, n’est-il pas urgent et utile de se laisser enseigner par la trajectoire analytique et la richesse de l’œuvre de Joyce McDougall ? Urgent quand les attaques contre la psychanalyse vont bon train ; précieux quand sont souvent en mal de formation nombre de nos jeunes collègues désireux de faire le pari du sujet freudien.

Comité d’organisation
Catherine BERGERET-AMSELEK, Patrick GUYOMARD, Yves LUGRIN, Philippe PORRET

Samedi 20 novembre 2021

Matinée

8h30 : Accueil des participants

9h : Introduction
Catherine BERGERET-AMSELEK

9h30 : La clinique de l’archaïque en question(s)
Alain AMSELEK, Pierre DELION, Yves LUGRIN
Table ronde animée par Catherine BERGERET-AMSELEK

11h : Pause

11h30 : L’extrême en psychanalyse
Patrick BEN SOUSSAN, Amaro de VILLANOVA
Table ronde animée par François POMMIER

Après-midi

14h30 : Eros aux mille et un visages
Marilia AISENTEIN, Jacques ANDRÉ, Laure BONNEFON-TORT
Table ronde animée par Marcianne BLÉVIS

16h : Pause

16h30 : Un récit qui s’éprouve 
Bernard GOLSE, Patrick GUYOMARD
Table ronde animée par Julia KRISTEVA

18h : Fin de la journée

Dimanche 21 novembre 2021

Matinée

9h : De l’art au symptôme, ce qui s’écrie du vivre
Philippe PORRET

9h15 : Le corps en haptonomie, entre Joyce McDougall et Françoise Dolto
Catherine DOLTO

10h30 : Pause

11h : Les fondements de l’acte créateur
Isabelle CARRÉ, Monique FRYDMAN, Wajdi MOUAWAD
Table ronde animée par Catherine BERGERET-AMSELEK et Philippe PORRET

Après-midi

14h30 : La négativité, écueil ou accueil
Georgette BOCCHINI-REVEST, Daniel KOREN, François LÉVY
Table ronde animée par Alain LEMOSOF

16h : Pause

16h30 : Joyce McDougall et la clinique analytique contemporaine
Marie-Christine LAZNIK, Fernando URRIBARRI
Table ronde animée par Patrick AVRANE

17h45 : Conclusion
Patrick GUYOMARD

Intervenants
Marilia Aisenstein, psychanalyste (SPP)
Alain Amselek, psychanalyste
Jacques André, psychanalyste (APF)
Patrick Avrane, psychanalyste (SPF), écrivain
Patrick Ben Soussan, psychiatre
Catherine Bergeret-Amselek, psychanalyste (SPF)
Marcianne Blévis, psychanalyste (SPF)
Georgette Bocchni-Revest, psychanalyste (SPF)
Laure Bonnefon-Tort, psychanalyste (SPP)
Isabelle Carré, actrice et écrivain
Pierre Delion, pédopsychiatre, psychanalyste
Catherine Dolto, médecin, haptothérapeute
Monique Frydman, peintre
Bernard Golse, pédopsychiatre, psychanalyste (APF)
Patrick Guyomard, psychanalyste, Président de la SPF
Daniel Koren, psychanalyste (SPF)
Julia Kristeva, psychanalyste (SPP), écrivain
Marie-Christine Laznik, psychanalyste (ALI)
Alain Lemosof, psychanalyste (SPF)
François Lévy, psychanalyste (SPF)
Yves Lugrin, psychanalyste (SPF)
Wajdi Mouawad, dramaturge, comédien, metteur en scène, directeur du Théâtre de la Colline à Paris
François Pommier, psychiatre, psychanalyste (SPF)
Philippe Porret, psychanalyste (SPF), écrivain
Fernando Urribarri, psychanalyste (IPA)
Amaro de Villanova, enseignant des beaux-arts et de l’histoire de l’art, psychanalyste (SPF)

Inscription obligatoire y compris pour les membres et les auditeurs libres de la SPF

Inscription et paiement en ligne sur le site HelloAsso
– Membres et auditeurs libres de la SPF : participation incluse dans la cotisation
– Non membres de la SPF :
En présentiel à l’Asiem : 120 € – 50 € pour les étudiants (justificatif obligatoire)
En visioconférence : 80 € – 40 € pour les étudiants (justificatif obligatoire)

Conférence par l’Ecole Psychanalytique de Bretagne le 19 novembre à Brest

A l’ère des techniques de communication et des outils numériques, la parole est-elle pour autant prise en compte ? 

Stéphane Thibierge, psychanalyste et professeur à l’université Paris Diderot, nous proposera sa réflexion à partir de l’interrogation « Qu’est-ce que donner la parole aujourd’hui ? »

conférence

vendredi 19 novembre 19h

résidence de l’Octroi 5 rue Sébastopol Brest

Ecole Psychanalytique de Bretagne, EPB

« Amour et Violence », groupe ponctuel de thérapie du 10 au 13 novembre 2021

Bientôt Bernard Elyn et moi animerons pour la 5ème fois ce stage, que nous avons créé en 2015. Il a lieu dans le cadre de l’EPG (Ecole Parisienne de Gestalt). Nous sommes heureux de l’intérêt que cette thématique continue à susciter et de la confiance que nous font les participants à les accompagner dans son exploration. « Amour et Violence » fait partie d’une proposition « triptyque », qui comprend le stage « Les Jeux du Désir et du Pouvoir », qui a lieu en juillet chaque année, et le stage « Poésie de la Rencontre », programmé au printemps. (flyer ici et ici , dates 2022 en cours).

Adorer, chérir, posséder, idolâtrer, kiffer… autant de façons d’éprouver l’Amour. Pour la plupart de nous, le cœur de la vie est là. Mais s’agit-il alors d’être aimé, de pouvoir aimer ou de goûter le mystère de l’entre-nous-deux ? Nous aimons et parons l’Autre de multiples qualités, au risque de la déception et de la frustration s’il ne correspond plus à ce que nous imaginons de lui. Dès lors, on peut saisir comment, bien malgré nous, différentes formes de violence accompagnent régulièrement nos élans sentimentaux.

Comment aimer ? Ne peut-on aimer sans souffrir ni blesser l’autre ? Jusqu’où éprouver et endurer ? Dans ce stage nous questionnons nos choix sensibles et explorons la puissance de nos sentiments. Nous visitons les régions de l’amour, de la violence et des fils intimes qui les relient.

Oser aimer et être aimé

Une coanimation Astrid Dusendschön et Bernard Elyn
Du 11 au 13 novembre 2021 (21AV)

Tarif : 495 € (hors frais d’hébergement)

Stage résidentiel (en Normandie, à 1h de Paris)

Renseignements et inscriptions :
Stage géré par l’EPG – Katherine Menudier (01 43 22 71 58)

« Être psychologue au temps de la virulence »

Gilles Delisle, psychologue PhD et directeur / fondateur du CIG, à Montréal, a contribué dans la revue Psychologie Québec de septembre 2021 avec le texte que je reproduis avec plaisir ci-dessous. Bonne lecture.

Dr Gilles Delisle, psychologue

Dirigeant le Centre d’intégration gestaltiste (CIG) depuis 1981, il a également été président du Conseil consultatif interdisciplinaire sur l’exercice de la psychothérapie entre 2010 et 2015. Ses travaux portent sur les pathologies développementales et sur le développement du psychothérapeute. Il est également lauréat du prix Noël-Mailloux de 2010.

« Peu à peu, j’ai découvert que la ligne de partage entre le bien et le mal ne sépare ni les États, ni les classes, ni les partis, mais qu’elle traverse le coeur de chaque homme et de toute l’humanité. » – Alexandre Soljenitsyne, L’Archipel du Goulag, 1973

Depuis quelques années, l’actualité médiatique expose l’ensemble des citoyens à diverses formes d’expressions revendicatives aussi subites que virulentes, qui interpellent leurs repères habituels et leur sens des réalités. Une maladresse, voire l’expression d’une objection raisonnable, d’un doute ou d’un questionnement face aux indignations du jour peut vous coûter cher…. Ces flambées et leurs répercussions sont analysées par des sociologues, des historiens, des spécialistes des médias, mais rarement sous l’angle de leurs implications sur le plan de la santé psychologique.

Pour nous en tant que psychologues, la question n’est évidemment pas de savoir s’il faut être pour ou contre la vaccination, le passeport vaccinal, la théorie du genre, le véganisme, la culture de l’effacement (cancel culture), l’antispécisme, la défense de l’environnement ou les concepts de culture du viol, de racisme systémique, de masculinité toxique, d’appropriation culturelle. Le psychologue est aussi un citoyen libre, comme chacun, d’épouser telle ou telle cause… que ses clients, de leur côté, épouseront, combattront ou ignoreront. Mais en tant que professionnel de la santé mentale, il est porteur d’une responsabilité, celle d’incarner, là où le porte son identité de psychologue, une démarche psychologiquement saine, en phase avec l’état des connaissances psychologiques. Comment alors recevoir et concevoir l’expression des résonances singulières de divers tensions et conflits qui agitent le système social ?

Les modèles psychodynamiques du développement de la relation d’objet sont riches de concepts propres à nourrir ce genre de questionnements et à éclairer l’attrait de la polarisation et de la radicalisation, voire du conspirationnisme, quels que soient les enjeux spécifiques. Depuis la position schizoparanoïde et l’identification projective de Mélanie Klein (1946) jusqu’à l’équivalence psychique et le mode semblant de Peter Fonagy (1989), plusieurs auteurs ont documenté les processus développementaux qui aboutissent au clivage et à la cristallisation des représentations, fondements de la radicalisation. On pourrait tout aussi bien interroger Winnicott et ses phénomènes transitionnels, Mahler et l’éternelle tension entre être relié et être libre, Kohut et ses selfobjects. S’il est une position commune à chacune des traditions psychodynamiques, c’est bien celle-ci : le bon fonctionnement mental repose sur une capacité générale à maintenir une représentation de soi et d’autrui où s’intègrent les aspects bons et mauvais, assortie d’une capacité d’empathie et de remise en question.

Dans ce texte, je me propose de visiter sommairement quatre concepts issus de cette tradition, pensant qu’ils peuvent être utiles au décodage de l’esprit de barricade qui, au-delà de positions et de revendications souvent légitimes, diffuse dans l’air du temps une inquiétante normalisation de processus mentaux relevant de la psychopathologie. Ces quatre concepts sont le clivage, l’identification projective, l’équivalence psychique et le mode semblant. Mon propos est moins d’éclairer les complexités de la pratique clinique en matière de polarisation et de radicalisation que de considérer ces phénomènes sous l’angle de leurs effets sur la santé psychologique de la communauté.

Le clivage et la sacralisation des « causes justes »

Malgré les controverses entourant les théories de Mélanie Klein, ses concepts cliniques ont apporté des indices de grande valeur dans la compréhension du fonctionnement primitif de la psyché et dans le traitement des patients souffrant d’un trouble du développement (Schore, 2008). Parmi ces concepts cliniquement utiles, celui d’identification projective (Klein, 1946) a traversé les époques et s’est répandu dans la pratique clinique bien au-delà de l’école kleinienne. Pour Mélanie Klein, nous ne naissons pas dans la joie pure. Klein postule que l’expérience de la naissance du point de vue du nourrisson en est aussi une d’expulsion, de souffrance et de mort. La pulsion de mort est ainsi présente d’entrée de jeu et elle est ressentie comme intolérable, d’où son expulsion massive. Le clivage et l’identification projective, qui fonctionnent en synergie, sont les processus psychiques de cette expulsion. Bien que l’on sache mieux aujourd’hui que l’imagerie complexe que Klein associe aux affects primitifs du nourrisson nécessiterait une plus grande maturité neurologique, on reconnaît généralement qu’elle a vu juste quant à l’intensité conflictuelle des affects des premiers temps de la vie. Le clivage serait un mécanisme de défense du premier Moi, dont la fonction serait de réguler cette intensité conflictuelle en séparant le bon du mauvais, le bien du mal, l’amour de la haine. Les aspects intolérables de l’expérience seraient ainsi dissociés du Moi et, vécus comme extérieurs à la suite des expulsions primitives et massives, ils seraient à l’origine de l’angoisse de persécution. À croire que Soljenitsyne avait lu Klein…

Ainsi, il serait possible d’évacuer de soi la présence de l’agression, du mal, de la méchanceté. Plus largement et par identification, les causes auxquelles on croit se trouveraient elles aussi purifiées de toute face sombre et de ce qui pourrait être source d’ambivalence. La Nature serait toute bonne et nourricière, la victime parfaitement innocente, les perdants n’y seraient pour rien.

Le clivage est une fonction d’abord adaptative et autorégulatrice du premier temps de la vie. Quand il persiste à l’âge adulte, il fonde la certitude d’être dans son bon droit. À une condition toutefois. Certes, parce que les expériences qui ont rendu le clivage nécessaire sont intolérables, elles doivent être évacuées. Mais parce qu’elles font partie de soi, elles restent cependant indispensables. C’est dire qu’elles devront continuer d’exister, mais hors de soi, chez l’Autre, l’adversaire, l’ennemi, le Grand responsable.

L’identification projective et la reproduction

C’est la fonction de l’identification projective de situer hors de soi des parties intolérables de soi, qu’elles soient bonnes ou mauvaises. Ce processus est à l’oeuvre et recrute non seulement l’imaginaire et le perceptuel, mais il vise à agir sur l’Autre, sur l’environnement, pour le modifier, afin qu’il en vienne à penser, à éprouver ou à agir de manière conforme à la projection. La reproduction implique et engage ce processus par lequel une personne utilise l’environnement et agit sur lui aux fins de nourrir et de confirmer les représentations qui habitent son monde interne (Delisle, 1998).

Ainsi se reproduit inlassablement la trame conflictuelle éjectée du monde interne et sans cesse réactivée dans le rapport à l’environnement. La personne injecte dans le champ relationnel une sorte de microclimat centré sur le thème qui la captive. L’Autre est amené à éprouver plus ou moins clairement qu’une part de ce qu’il est et de ce qu’il fait est introjectée, alors qu’une autre part est défléchie, ignorée. Dans les cas extrêmes, l’Autre n’existe que dans la mesure où il est conforme aux projections spécifiques (Girard et Delisle, 2012).

L’équivalence psychique et la certitude d’avoir raison

Mentaliser, c’est être en état de penser ses propres états mentaux et ceux d’autrui comme étant distincts des actes, bien que pouvant en être la cause. La capacité à mentaliser s’acquiert dans le développement au fil de relations au sein desquelles les états mentaux de l’enfant lui sont reflétés de manière contingente et marquée (Fonagy et al., 2005).

L’équivalence psychique est l’un des modes de fonctionnement prémentalisants. Les pensées n’y sont alors pas seulement des pensées, elles sont la réalité. Il en découle la conviction de « savoir ce que l’autre pense » et celle d’« avoir raison ». La réalité mentale et la réalité externe n’étant pas distinguées, ce qui existe dans l’esprit existe forcément dans le monde externe. Ce qui est ressenti ne peut être que vrai. Se sentir mal est plus ou moins la preuve de la malveillance d’autrui. Cette primauté absolue du ressenti peut servir à disqualifier et à assimiler par avance à une offense gravissime tout appel ou rappel d’une réalité externe observable.

Le mode semblant et la déconnexion du réel

Le mode semblant est un autre processus prémentalisant. Ici, les idées n’entretiennent plus de lien avec la réalité externe. Il est alors possible de penser plus ou moins « n’importe quoi » en fonction des aléas de l’imaginaire. Certains courants de pensée, par ailleurs fort élégamment articulés, peuvent servir à la fois de tremplin et de refuge pour des personnes vulnérables au mode semblant. Un certain postmodernisme parti en vrille, dénoncé entre autres par Steven Pinker (2003), affirme par exemple qu’il existe un nombre infini de perspectives sur le monde et qu’aucune ne saurait être privilégiée. À partir de là, on peut rejeter la possibilité de sens, de connaissance et de progrès. Les prétentions à la vérité et à la réalité peuvent alors être strictement réduites à des tactiques de domination politique qui privilégient les intérêts des dominants. Dans de telles perspectives poussées à l’extrême, les différences entre hommes et femmes, par exemple, n’ont plus rien à voir avec la biologie, mais sont socialement construites dans leur intégralité. Les célèbres canulars scientifiques de Sokal (1996) et, plus récemment, de Pluckrose et Lindsay (2020) ont montré jusqu’à l’absurde jusqu’où il est possible d’aller dans l’habillage verbal d’une pensée dénuée de sens et d’enracinement empirique. Dans un cas comme dans l’autre, il fut possible de piéger plusieurs revues universitaires, en abusant d’un verbiage pseudo-scientifique propre à conforter les préconceptions idéologiques des comités de lecture.

En guise de conclusion…

Il importe de distinguer l’état mental normal du combattant et les états pathologiques. La psychologie clinique n’a pas vocation à pathologiser le débat politique ou la conversation sociale. Lutter pour une cause que l’on croit juste, aller au combat des idées, nécessite une relative et provisoire suspension de la résonance affectivo-empathique. On ne fonctionne pas forcément en clivage, en identification projective, en équivalence psychique ou en mode semblant parce qu’on est pugnace ou qu’on préconise des actions fortes pour faire avancer ses idées. Inversement, la justesse d’une cause ou la vigueur des actions qui la portent ne devraient pas faire écran à des processus mentaux significativement dysfonctionnels que l’attention médiatique contribue à banaliser et à normaliser.

La pandémie qui nous frappe depuis 2020 a accru considérablement la visibilité de la psychologie. Rarement auparavant la revue de presse de l’Ordre des psychologues a-t-elle été aussi garnie ! Les psychologues ont été sollicités pour parler de l’anxiété, des effets du confinement sur la mémoire, des troubles du sommeil, des déformations entraînées par l’ère Zoom, de la transmission de la peur au sein des familles, de l’appréhension du retour à la normale, et de combien d’autres sujets liés à la santé mentale.

À l’ère de l’instantanéité des réseaux sociaux, alors que même les médias traditionnels sont entraînés à leur faire écho, certaines idées plus ou moins nouvelles et certaines façons de les faire avancer se répandent sur un mode quasi pandémique. Les « anti-corps » que représentent le sens critique, le doute raisonnable, l’esprit de dialectique sont par essence lents à s’articuler. Puissent les psychologues du Québec participer à l’examen critique de certaines « conversations sociales » sous l’angle de leur contribution à la santé psychologique de la communauté.

Bibliographie

Delisle, G. (1998). La relation d’objet en Gestalt thérapie. Montréal, Québec : Les Éditions du CIG.

Fonagy, P. (1989). On Tolerating Mental States: Theory of mind in borderline personality. Bulletin of the Anna Freud Centre, 12(2), 91-115.

Fonagy, P., Target, M., Gergely, G. et Jurist, E. (2005). Affect Regulation, Mentalization, and the Development of Self. New York, NY : Other Press.

Girard, L. et Delisle, G. (dir.). (2012). La psychothérapie du lien, genèse et continuité. Montréal , Québec : Les Éditions du CIG.

Klein, M. (1946). Notes sur quelques mécanismes schizoïdes, dans : Mélanie Klein et al., Développements de la psychanalyse. Paris : Presses universitaires France, [1966], 274-300.

Pinker, S. (2003). The Blank Slate: The modern denial of human nature. Londres, Royaume-Uni : Penguin Books.

Pluckrose, H. et Lindsay, J. (2020). Cynical theories: How activist scholarship made everything about race, gender, and identity—and why this harms everybody. Durham, NC : Pitchstone Publishing.

Schore, A. J. (2008). La régulation affective et la réparation du Soi. Montréal, Québec : Les Éditions du CIG.

Sokal, A. D. (1996). Transgressing the boundaries: Toward a transformative hermeneutics of quantum gravity, Social Text, 46-47, 217-252.

Soljenitsyne, A. (1973). L’Archipel du Goulag. Paris, France : Seuil.

vient de paraître « Yoga, l’encyclopédie »

Joie de partager l’information sur la parution de cet ouvrage auquel a collaboré « mon » professeur de yoga, Jean-Michel Creisméas, dont j’apprécie depuis plus de 15 ans l’enseignement, la patience, la pédagogie, l’humanité, la capacité à transmettre, son exigence vis-à-vis de lui-même et l’accueil de ses stagiaires « comme nous sommes », avec ma gratitude pour cette amie et enseignante de yoga qui nous a mis en lien.

Voici enfin l’ouvrage qui rassemble les connaissances scientifiques les plus récentes sur le yoga, depuis ses anciennes origines indiennes jusqu’à ses développements les plus récents dans les sociétés modernes mondialisées.

Rédigé par une cinquantaine d’auteurs, tous éminents spécialistes dans leur domaine, placés sous la direction d’Ysé Tardan-Masquelier, cette encyclopédie présente, en plus de 700 pages, de très nombreux articles faisant la synthèse des multiples aspects du yoga, historiques, anthropologiques, religieux, philosophiques, culturels, politiques… Une somme de savoir rendue accessible à tous et abondamment illustrée.

Disponible dans toutes les bonnes librairies dès le 13 octobre.

En ce début de XXIe siècle, la pratique du yoga connaît un succès planétaire. S’agit-il d’une mode exotique, d’un simple désir de bien-être, ou, plus profondément, de l’aspiration à une forme de sagesse incarnée ? Même lorsqu’ils se réfèrent à une mythique « Inde éternelle », les yogas d’aujourd’hui relèvent d’une histoire riche et complexe. Imbriquée dans les relations entre cultures, religions et puissances politiques, celle-ci n’a cessé d’évoluer depuis les temps védiques jusqu’à notre post-modernité.

C’est pour raconter cette histoire à la fois fascinante et méconnue que se trouvent pour la première fois réunis sous la direction d’Ysé Tardan-Masquelier des spécialistes du monde entier, indianistes, philosophes, anthropologues, sociologues, enseignants de yoga. Ils explorent les sources textuelles, les pratiques corporelles, les arrière-plans philosophiques, les parcours de personnalités hautes en couleur qui ont contribué à l’incroyable diffusion de cette pratique à travers le monde.

Un ouvrage de référence unique, aussi savant qu’accessible, et magnifiquement illustré.

Donald W. Winnicott aujourd’hui

La psychologie vous intéresse ? L’être humain et le développement de son contact avec le monde, depuis bébé, vous intéressent ? Alors ce numéro de la revue Spirale est pour vous. La revue Spirale « revue trimestrielle, publiée par les éditions érès, a choisi d’aller à la rencontre des discours multiples, partiels et complémentaires, ni exclusifs ni exhaustifs qui se tiennent sur le bébé« . Ce numéro 98 est consacré à Donad W. Winnicott, un des « grands » et « classiques », à connaître ou découvrir, relire ou lire.

Psychanalyste n’ayant jamais tout à fait cessé d’être un pédiatre, si ce n’est dans la pratique effective, du moins dans l’esprit, Donald Woods Winnicott a rencontré des bébés. Il a rencontré des bébés accompagnés. Quand vous voyez un bébé dans un landau, disait-il, il y a toujours quelqu’un qui pousse ce landau. Il a rencontré des bébés avec leurs fantaisies et leurs fantasmes, leurs jeux et leurs plaisirs, souffrants ou joyeux, malades ou en pleine santé (healthy). Un bébé, dans un environnement fait d’histoire et de relations partagées, est inséparable de son entourage humain. La langue anglaise marque le mouvement de la vie par l’usage de la forme dite progressive des verbes : ing. Ainsi being, doing, playing, dreaming, etc. Nous retrouvons en français pareille forme progressive dans l’expression « allant-devenant dans le génie de son sexe » de Françoise Dolto ou dans des mots tels que accueillance, portance, arrivance, etc., concernant très directement la vie des bébés.

Décédé à l’âge de 75 ans, il y a tout juste 50 ans, de Winnicott nous gardons en nous les apports cliniques et conceptuels, variés et souvent si subtils. Nous vous proposons d’envisager différentes facettes de son œuvre. Il a publié de nombreux textes (articles et livres), mais il a aussi donné de multiples conférences à divers publics professionnels, non spécialisés en psychologie ou en psychanalyse. À destination des parents aussi. Il a, de sa voix haute qui le faisait parfois prendre pour une femme, participé à des émissions de radio, à la BBC notamment. L’originalité de son œuvre est à découvrir. C’est ce à quoi nous vous invitons dans ce numéro de Spirale qui lui est consacré.

Numéro 98 – Revue trimestrielle, pour commander, cliquer ici : éditions érès.

Avec la participation de Jean-Robert APPELL, Laurent BACHLER, Patrick BEN SOUSSAN, Anne BOISSIERE Perrine COULOUMA, Nicole DANESI, Béatrice DELFINI, Patricia DENAT, Jean-Baptiste DESVEAUX, Laura DETHIVILLE, Christine FAURE, Ludivine FRANCHITTO, Servane LEGRAND, Claire MANSEAU, Laure MAYOUD, Élisabeth MERCEY, Claire MESTRE, Jean-Philippe PIERRON, Miriam RASSE, Dominique RATEAU, Dominique SANDRE, Géraldine SYLVESTRE, Sabine YAPAUDJIAN, Diana ZUMSTEIN

« Voulons-nous d’une psychiatrie entrepreneuriale ? »

L’article ci-dessous parle de lui-même… Plus de vingt ans après mes stages en psychiatrie, où déjà ce secteur souffrait de manque de moyens et notamment humains, où les approches « rééducatives », favorisant la chimiothérapie et les prises en charge à court terme avec visée de faire sortir le patient le plus vite possible instillaient déjà le champ et les pratiques, le constat n’a pas changé, il s’est empiré. Si pour un certain nombre de patients un « passage » par une hospitalisation en service psychiatrique est un moment de retrait et repos pour mieux repartir dans leurs vies, si l’accueil en psychiatrie nécessite un versant « urgences » pour faire face à des décompensations nécessitant une prise en charge très rapide, il y a aussi et surtout une psychiatrie humaine qui accompagne à long terme. Celle dont la France a été pionnière il y a 50 ans, qui nécessite la présence de l’institutionnel auquel le libéral ne peut pas répondre. Par la méconnaissance qu’il y a « des » psychiatries, la souffrance mentale ne s’en trouvera qu’accrue, les patients laissés à eux-mêmes, accompagnés pernicieusement du message que si ils ne s’en sortent pas avec tout ce qui est mis en place, ils ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes – ou « la culpabilisation par la responsabilisation individuelle avec retrait de la responsabilité du collectif sociétal ». La destruction du et des collectifs est en marche et continue, et l’histoire montre depuis toujours comment cela permet de « mieux régner ».

Par Mathieu et Loriane Bellahsen, psychiatres, publié le 1 octobre 2021, original ici.

La tarification à l’acte arrive en psychiatrie. Chaque geste de soin devant désormais être rentable, Mathieu et Loriane Bellahsen, psychiatres, exposent leur complet désaccord dans cette tribune que « l’Obs » publie en exclusivité.

Les Assises de la psychiatrie et de la santé mentale se sont donc tenues les 27 et 28 septembre. Sous la formule absconse de « tarification de compartiments », c’est la Tarification à l’Activité (T2A) qui en réalité se profile en psychiatrie, celle-là même qui en quinze ans a entièrement abîmé le service public hospitalier tout en distillant un mal redoutable : la souffrance éthique, de la femme de ménage chronométrée dans son travail au chirurgien accablé par l’esprit froid de comptables non médecins placés à la tête des institutions. Contre le management à l’hôpital en général et dans les HP en particulier, un mouvement est né, le Printemps de la psychiatrie qui regroupe les défenseurs d’une médecine de l’écoute et de la disponibilité – en deux mots : du lien. Parmi eux, deux praticiens, Loriane et Mathieu Bellahsen, auteurs de « La révolte de la psychiatrie. Les ripostes à la catastrophe gestionnaire » (La Découverte, 2020) alertent ici sur les dangers de « réformes » conçues et imposées sans conscience.

Anne Crignon

« Une augmentation des moyens inhumains », par Mathieu et Loriane Bellahsen

« Les Assises de la Santé mentale viennent de se terminer. Lieu d’expression pour les membres du gouvernement et pour les représentants de la psychiatrie entrepreneuriale et de laboratoire, elles ont – sans surprise – répondu à une dénonciation généralisée du manque de moyens humains par une augmentation des moyens inhumains. Expliquons-nous.

Dès son discours introductif, Olivier Véran a annoncé la parution du décret concernant la réforme du financement de la psychiatrie pour la fin de la semaine. Or, cette réforme, la « tarification de compartiments », ou T2C, n’est autre que l’application de la Tarification à l’Activité (T2A) en psychiatrie annoncée pour le 1er janvier 2022. Cette annonce est un tsunami pour la pédopsychiatrie et la psychiatrie, en particulier pour les lieux de soin psychiques de troisième ligne, à savoir ceux qui accueillent les personnes qui ont été exclues de partout. Pour rappel, la tarification à l’activité a été mise en place entre 2003 et 2007. Elle a transformé l’hôpital public et ses services de médecine, chirurgie, obstétrique, censés soigner les patients, en un centre de production, où les soignants deviennent des producteurs de soins et les patients, des marchandises. Il s’est agi, au sein de l’entièreté de l’activité de l’Hôpital, de découper des actes de soin et d’attribuer un tarif à chacun.

Destruction des collectifs

Les effets pervers et destructeurs de ce mode de financement sont connus. Ils ont été particulièrement observables pendant le Covid : détournement des activités variées de l’hôpital vers une accumulation d’actes « rentables », sélection et exclusion des patients considérés comme non rentables car présentant des polypathologies et nécessitant des soins au long cours, détournement du temps des professionnels vers des activités fastidieuses liées à la remontée d’informations telles que rentrer les actes dans le logiciel informatique, perte du sens des métiers, destruction des collectifs et de l’engagement professionnel, délaissement des patients, démissions en masse de soignants.

Jusque-là, psychiatrie et pédopsychiatrie étaient préservées de la tarification à l’activité ; cette période est désormais révolue. Le terme de T2A n’est pourtant pas utilisé : on parle ici de T2C, « tarification de compartiments ». Il s’agit de financer les établissements psychiatriques, non plus par une somme d’argent globale attribuée chaque année comme c’était le cas jusqu’ici, mais de calculer la somme à attribuer à chaque établissement en fonction d’indicateurs regroupés en « compartiments ». On retrouve notamment parmi ces indicateurs : le nombre d’actes, de journées, de demi-journées, la durée de séjour, la file active qui est le nombre total de patients reçus au moins une fois dans l’année, la qualité du codage, l’âge des patients, etc. Toute ressemblance avec la T2A ne saurait être que purement… évidente.La suite après la publicité Joy Sorman : « En psychiatrie, il n’y a pas de vérité qui tienne »

En pédopsychiatrie et psychiatrie, ces indicateurs vont orienter automatiquement les pratiques vers les actes qui permettent de recevoir de très nombreux patients au détriment de la durée : consultations ponctuelles, programmes de courte durée, bilans divers, prescription de médicaments. Que deviendront alors les personnes qui nécessitent des soins intensifs, relationnels, pluri-disciplinaires, continus, au long cours, ajustés, au plus près de leurs besoins ? Par ailleurs, le critère d’âge prévoit que le financement des établissements pédopsychiatriques soit baissé drastiquement dès qu’un patient dépasse les 18 ans, comme si le fait d’être majeur menait automatiquement à se comporter en adulte, alors même que cette période de l’adolescence et de l’âge jeune adulte nécessite un accompagnement digne de ce nom. Que deviendront, dès lors, les adolescents suivis par exemple en hôpital de jour depuis le début de leur adolescence, lorsqu’ils dépasseront les 18 ans ?

Comme dans le secteur médico-social, on nous explique que cette réforme va dans le sens de l’« inclusion des personnes handicapées » en école et entreprise ordinaire et ce, grâce à la disparition annoncée des institutions. Ce sont donc les lieux qui accueillent les personnes exclues de partout, y compris et surtout du monde dit « ordinaire » qui se trouvent désormais accusés, dans un renversement des rôles franchement pervers, d’être responsables de l’exclusion des personnes qu’ils accueillent ! Comment supporter un argument aussi cynique ?

Mais cet événement majeur n’est pas la seule annonce de ces Assises de destruction de la psychiatrie. Le président de la République annonce la création d’un numéro vert pour les suicidaires. Comme c’est intelligent. Si vous étiez suicidaires, auparavant, il y a bien longtemps, vous pouviez contacter votre soignant de proximité, aller le voir, lui parler, ou lui venait vous voir. Comme la paupérisation et la désertification de la psychiatrie ne permet plus cela, on crée un numéro vert, mais oui, bien plus économique que de refinancer l’existant ! Le numéro vert est la spécialité de ce gouvernement, en témoigne cet inventaire à la Prévert (non exhaustif) : il existe un numéro vert Incendie de Lubrizol, Canicule, Parcoursup, Chèque énergie, Chevaux mutilés, Violences faites aux femmes, Punaises de lit, Précarité étudiante, Covid-19, Patrons en détresse. Quand on sait que la plupart de ces numéros verts, selon différentes enquêtes effectuées par des journalistes, renvoient à des centres d’appels où travaillent des écoutants très peu formés, on ne peut qu’être perplexe face à cette annonce phare des Assises de la honte.

« Manager » le parcours des patients

Le président annonce également la création de 800 postes de soignants paramédicaux dans les centres médico-psychologiques. Il est vrai qu’un millier de postes de pédopsychiatres et psychiatres est vacant dans ces mêmes CMP, du fait de la crise des vocations : en effet, nombre d’entre nous avons choisi ce métier car nous voulions prendre soin d’enfants, d’adolescent.e.s et d’adultes malheureux, ou en difficulté. Or notre métier, dans de nombreux endroits, s’est profondément transformé lors des dernières années : il s’agit de « manager » le « parcours » de personnes que l’on (ne) rencontre (pas) à partir de la lecture de leur dossier, et de « coordonner » l’« intervention » des autres professionnels qui auront encore la chance de rencontrer ces enfants, ces adolescents, ces adultes (et encore, pour un contenu et une durée programmés par avance). Organiser la non-rencontre et faire transiter les personnes en soin et leurs familles de plateforme en plateforme afin qu’ils constituent un flux de plus en plus invisibilisé ne peut susciter de l’intérêt que dans l’esprit des obsédés du contrôle, des phobiques de la rencontre et des médecins aux vocations ratées de gestionnaires. Plutôt que de rendre son sens au métier, on prétend trouver la solution en embauchant 800 paramédicaux moins bien payés qui seront sous la « coordination » des médecins, travailleront selon leur « adressage » et leur prescription. C’est plus économique.

Et puis bien sûr, le président l’a expliqué, les consultations de psychologues seront remboursées par la Sécurité sociale pour une dizaine d’entre elles : 40 euros la première, 30 euros les 8 suivantes. Comme l’expliquait Olivier Véran en réponse à un journaliste qui évoquait le faible tarif de ces séances : « Rien n’oblige à garder un patient 30 minutes ». Et ce seront les psychiatres et pédopsychiatres, devenus « case managers » et experts de la non-rencontre qui auront pour rôle d’adresser les enfants, adolescents, adultes à ces praticiens libéraux sous contrôle car n’ayant le droit de choisir ni leur formation, ni le contenu de leur séance, ni sa durée, ni son tarif. On imagine aisément l’ampleur de la non-attractivité qui s’ensuivra tant pour les aspirants psychologues que pour les aspirants pédopsychiatres et psychiatres.

Et les internes, alors ? Ces internes en pédopsychiatrie et psychiatrie qui, pour nombre d’entre eux, souffrent d’être exploités et maltraités dans certains centres hospitalo-universitaires où ils sont corvéables à merci (gardes, astreintes, horaires extensifs) et souffrent de la mise à mal, quand ce n’est pas la mise à mort, de leur vocation face au retour en force de l’isolement, de la contention, des médications à outrance, des électrochocs. En effet, ils n’ont souvent pas le choix : très peu d’établissements ont l’autorisation de recevoir des internes dans les services œuvrant à d’autres approches, c’est-à-dire avec le moins de médicaments possible et une relation au long cours avec les patients et leurs familles. Eh bien aux internes, on promet un allongement de l’internat et une augmentation de leur responsabilisation alors que ce dont ils disent souffrir, pour nombre d’entre eux, est justement d’être exploités.

Inflation des contentions et de l’isolement

Sans surprise, on entend que de gros budgets seront dédiés à la recherche et l’innovation. C’est-à-dire à comment remplacer les gens (les soignants et les travailleurs) par des objets connectés, principale voie de recherche actuellement, montres connectées mesurant le rythme cardiaque des patients et leur rythme du sommeil et déclenchant un appel automatique en cas de trop grande variation, etc. En quoi cela soigne-t-il ? Olivier Véran parle d’un « engouement » et de « sourires » au sortir de ces Assises. Oui, forcément. Les participants sont nombreux à avoir des liens avec les start-up qui développent ces gadgets. Cela aide ! Sans surprise de nouveau, ces Assises n’auront pas abordé les sujets essentiels, dont celui de la criminalisation des personnes présentant des troubles psychiques – avec le fichage généralisé de toute personne hospitalisée sans son consentement et croisé avec les fichiers S depuis 2019 –, la réforme de l’irresponsabilité pénale et la répression accrue des professionnels de terrain qui dénoncent les illégalités et les indignités.

Last but not least, pas un mot sur l’inflation des contentions et des isolements. La honte serait-elle réservée exclusivement aux patients, à leurs familles et aux professionnels qui enferment et qui attachent ? Pour la deuxième fois, le gouvernement entend faire passer un article dans le projet de loi de finance de la Sécurité sociale pour encadrer les contentions et les isolements. Ce cavalier législatif avait été retoqué sur le fond par le Conseil Constitutionnel au printemps dernier. Mais sur tout cela, les Assises se sont couchées. »