« Allô quoi… » – le bêtisier sur la Gestalt

Mon regard croise régulièrement de courts articles, interviews, sites de « professionnels » … qui ont une conception, et probablement formation à, « la Gestalt » qui interroge… Grave car cela induit en erreur, trompe et abuse les personnes en souffrance qui sont à la recherche d’espaces et de lieux tenus par des professionnels réellement formés (et non, au mieux !, plein de bonnes intentions comme les pavés menant à l’enfer), ayant eux-mêmes fait un parcours significatif de travail sur eux-mêmes, et en supervision professionnelle.

« J’ai choisi la Gestalt thérapie car c’est avant tout une philosophie de vie humaniste, « centrée sur la personne ». »
–> Une « philosophie de vie » ? Rappelons que la gestalt-thérapie est un modèle psychothérapeutique.

–> « Centrée sur la personne » ? Carl Rogers a été l’ « inventeur » du modèle de thérapie « centrée sur la personne », la gestalt-thérapie n’y est pour rien.

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X pratique son « métier passion », la Gestalt, « une thérapie alternative qui fait partie des médecines douces« .

–> une « médecine douce » ? Rappelons que la gestalt-thérapie est un modèle psychothérapeutique et ne relève pas de la médecine, douce ou autre

–> Une « thérapie alternative » ? Rappelons que la gestalt-thérapie est un des modèles psychothérapeutiques les plus répandus et connus (avec la psychanalyse, la systémique et les TCC), et ne relève pas de l’ « alternatif »

« L’obsession du temps présent » par François Hartog

…ou le retour de Chronos. François Hartog est l’un de nos plus grands historiens qui a le plus pensé notre rapport au temps. Voici une courte interview (5′) par Thomas Snégaroff dans l’émission « Regard sur l’info » du 3 janvier 2021. Elle vaut le détour pour ce que Hartog nomme le présentisme… Si le ici-et-maintenant a tout son sens par exemple en gestalt-thérapie, ce n’est qu’au prix de sa non-dogmatisation, non-idéalisation et non-réification…

Au début du mois de décembre, le magazine Time faisait de 2020 « la pire année de l’histoire ». François Hartog, je ne vais pas pour demander si c’est vrai ou pas, mais comment vous réagissez en voyant notre présent nier ainsi notre passé ? 

François Hartog : Il me semble que c’est assez caractéristique de ce que j’appelle « le présentisme », c’est-à-dire qu’on peut, de notre petit présent, juger de manière souveraine et décréter cela. C’est au fond une illusion et aussi une forme d’arrogance. Accorder une forme de privilège absolu à notre présent.  

Est-ce une rupture dans notre Occident chrétien, un nouveau rapport au temps que ce « présentisme ». 

Oui,  les dernières décennies ont été marquées progressivement partout par le fait que le présent est la seule catégorie active. Le témoignage de cela, c’est l’économie des médias qui sont dans l’instantanéité, dans l’immédiateté, alors que rappelons-nous encore au milieu des années 1960-1970, la grande catégorie, vers laquelle on se tournait, dans laquelle on mettait tous ses espoirs c’était le futur. Et le présent lui-même pouvait être considéré sans importance véritable, puisque l’important était d’aller vers le futur. Et ceux qui ont poussé le plus loin cette attitude ce sont les communistes, puisque l’espérance révolutionnaire faisait que les générations du présent devaient se sacrifier pour celles de l’avenir. Et nous, on est passé d’un extrème à l’autre. Il n’y pas plus que du présent et un présent qui se veut se confiner sur lui-même.  

On ne regarde donc plus un avenir, au moins radieux, mais comment regarde-t-on le passé ? J’ai l’impression qu’on le regarde avec de plus en plus de nostalgie. 

Il y a deux perspectives aujourd’hui. Ou bien le passé n’existe plus : tout ce qui est hier ou il y a 3000 ans, c’est la même chose. Mais nous avons aussi vécu depuis les dernières décennies sous l’empire de la Mémoire. Elle a fait revenir des éléments du passé qu’on avait oublié, maltraité, les événements traumatiques. Elle est aussi un moyen dans une conjoncture, où le présent occupe une si grande place, d’y échapper. Et c’est là que la nostalgie opère.  

La mémoire est non de l’histoire…La mémoire c’est d’ailleurs l’initation du passé dans le présent. 

Oui, la mémoire n’ouvre pas sur l’avenir. Alors que l’Histoire, concept, porté par le temps moderne était futuriste. On regardait toujours le passé en imaginant l’avenir.  

Regrettez-vous ce nouveau rapport au temps ? 

Moi ce qui m’intéresse, c’est de le comprendre. Et de dire aux générations actuelles qu’il y a eu d’autres rapports au temps et il y a peut-être quelque chose à retirer de ces autres expériences du temps, pour pouvoir mieux questionner nos évidences contemporaines, comme de dire que « 2020 est la pire année de notre histoire ».  

L’émission est à ré-écouter ici : https://embed.radiofrance.fr/franceinfo/player/aod/eda4e261-2794-4871-b796-267361e3c2e3

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Gallimard Bibliotheque Des Histoires

1 Octobre 2020

Sciences humaines & sociales

« Omniprésent et inéluctable, tel est Chronos. Mais il est d’abord celui qu’on ne peut saisir. L’Insaisissable, mais, tout autant et du même coup, celui que les humains n’ont jamais renoncé à maîtriser. Innombrables ont été les stratégies déployées pour y parvenir, ou le croire, qu’on aille de l’Antiquité à nos jours, en passant par le fameux paradoxe d’Augustin : aussi longtemps que personne ne lui demande ce qu’est le temps, il le sait ; sitôt qu’on lui pose la question, il ne sait plus. Ce livre est un essai sur l’ordre des temps et les époques du temps. A l’instar de Buffon reconnaissant les « Époques » de la Nature, on peut distinguer des époques du temps. Ainsi va-t-on des manières grecques d’appréhender Chronos jusqu’aux graves incertitudes contemporaines, avec un long arrêt sur le temps des chrétiens, conçu et mis en place par l’Église naissante : un présent pris entre l’Incarnation et le Jugement dernier. Ainsi s’engage la marche du temps occidental. On suit comment l’emprise du temps chrétien s’est diffusée et imposée, avant qu’elle ne reflue de la montée en puissance du temps moderne, porté par le progrès et en marche rapide vers le futur. Aujourd’hui, l’avenir s’est obscurci et un temps inédit a surgi, vite désigné comme l’Anthropocène, soit le nom d’une nouvelle ère géologique où c’est l’espèce humaine qui est devenue la force principale : une force géologique. Que deviennent alors les anciennes façons de saisir Chronos, quelles nouvelles stratégies faudrait-il formuler pour faire face à ce futur incommensurable et menaçant, alors même que nous nous trouvons encore plus ou moins enserrés dans le temps évanescent et contraignant de ce que j’ai appelé le présentisme ? »

« On a vécu dans nos corps l’expérience de l’ »effondrement » par Cynthia Fleury

Interview intéressante à plusieurs titres, je relèverai ici les notions d’ « incertitude » et de « corps », familières et qui font partie de « l’ADN » du modèle théorique, de la méthodologie et du dispositif en gestalt-thérapie.

Paru dans Le Figaro Madame par Ophélie Ostermann, le 22 décembre 2020, original ici.

Interview- Après plusieurs mois régis par la pandémie de Covid-19, il n’aura jamais été autant question de notre santé mentale, «sursollicitée», insiste la philosophe et psychanalyste Cynthia Fleury. En cette fin de mois de décembre, elle revient sur les répercussions de douze mois inédits sur les corps et les esprits.

Madame Figaro : Le 3 décembre, vous vous êtes jointe à des psychologues et psychiatres pour alerter sur les conséquences de la pandémie sur notre santé mentale. Vous avez ainsi rappelé que cette année 2020 avait fait ressurgir dans nos quotidiens le “réel de la mort”. C’est-à-dire ?

Cynthia Fleury (1).- La Covid-19 met en exergue l’extinction d’expérience épidémique qui est la nôtre, par rapport aux générations bien antérieures. C’est une conquête pour nos vies quotidiennes, qui sont plus douces, mais qui nous préparent moins à tolérer le risque que représente un compagnonnage avec le réel de la mort. Résultat, à cause de cette amnésie générationnelle, nous sommes plus fébriles, émotionnellement, face à cet événement.

Vous soulignez que cela sur-sollicite notre santé mentale…
Oui, elle va l’être à différents niveaux : 1 patient sur 5, qui a été positif à la Covid-19, développe dans les mois qui suivent la rémission des troubles psychiatriques : anxiété, insomnie, troubles compulsionnels. Il y a tous les patients atteints de pathologies psychiatriques qui avaient été plutôt épargnés lors du premier confinement qui là sont en décompensation plus conséquente, et il y a tous ceux qui sont sans antécédent psychiatrique, mais qui sont bouleversés dans leur vie, notamment avec une insécurisation économique maximale, qui éprouvent des troubles dépressifs.

Beaucoup ont l’impression de ne pas être atteint psychologiquement par l’épidémie. Quels signes ne trompent pas ?
L’incapacité de se concentrer et de se «reposer». Autrement dit, le sentiment d’hyper-vigilance, d’être agité, azimuté, inquiet sans raison apparente, fatigué sans raison apparente. Tout cela est le signe d’une lassitude mentale. Les troubles du sommeil et la permanence de l’anxiété, le sont également.

D’un côté nous nous sommes rapidement adaptés depuis le début de l’épidémie, de l’autre notre santé psychique est loin d’être épargnée. Pourquoi ? Qu’est-ce qui d’après vous, nous touche le plus durement ?
En fait, l’incertitude va devenir dans les années futures un champ d’expérience prioritaire. Or l’on sait que la tolérance au risque et à l’incertitude est un marqueur très pertinent pour évaluer une santé psychique. Or, le monde de demain va nous sursolliciter par rapport à cette aptitude. Entre le premier et le deuxième confinement, il y a la confirmation d’un fait : ce n’est pas seulement un «hapax» – un inédit, un accidentel – c’est du systémique, du récurrent. C’est la certitude que nous allons de nouveau être victimes de failles systémiques, avec des conséquences très directes dans nos vies. En somme c’est la conscientisation et l’expérience dans nos corps de l’«effondrement», et cela est très anxiogène. Le sentiment d’être dans des impasses, piégés, conscients des changements nécessaires mais les effets d’emballements sont maintenant compris, ce que la «modélisation dite de l’effondrement» tentait de faire comprendre, comment il se joue des irréversibilités, un phénomène de rétroactions, qu’on ne peut maîtriser. Il y a aussi le sens de la communauté qui change : l’affectio societatis, la qualité de nos sociabilités, bien sûr chacun a vu la valeur de l’éthique du care mais au jour le jour chacun perçoit la distance, avec des interrogations sur la durabilité de ce phénomène, son ancrage ou non dans les comportements, le fait que cela atteint nos résiliences et ressourcements possibles.

Après presqu’un an de pandémie, qu’observez-vous concrètement en cabinet chez vos patients et en supervision des soignants ?
Une vraie fatigue, une forme de découragement, de ras-le-bol généralisé, de sentiment d’un jour sans fin, de mauvaise répétition. Une forme d’assèchement aussi, avec le manque de relations sociales. Le fait de ne pas pouvoir se projeter aisément dans l’avenir commence aussi à peser.

Notez-vous des profils plus impactés que d’autres ?
Les enfants et les adolescents qui avaient été relativement épargnés lors du premier confinement sont plus exposés. Il y a une vraie fatigue mentale, le manque de sociabilisation, des fêtes, tout cela provoque une volonté de débordement chez certains.

Le reconfinement a été marqué par un sentiment nouveau ou plus présent : la colère. Contre le gouvernement, contre la mesure restrictive, ou contre celles et ceux qui ne respectent pas les règles, peut-elle laisser des traces dans le corps et l’esprit ?
Le problème n’est pas seulement ce nouveau confinement mais le fait qu’il y ait la possibilité d’un énième confinement, autrement dit d’une réédition incessante du stop and go, comme autant de faux départs. Résultat, vous avez une réaction d’attentisme généralisé et de frustration, et tout cela est intrinsèquement inflammable.

Restaurants, bars, cinémas, théâtres… Nous avons été privés des lieux dans lesquels nous vivons, nous nous ressourçons, dans lesquels nous éprouvons du plaisir. À long terme, cela aura-t-il des répercussions sur notre psychisme ?
Ce sont des lieux de convivialité où l’on échange de façon empathique avec les autres. Et puis ce sont des lieux «culturels» qui nous permettent aussi de sublimer les instincts mortifères, qui nous aident précisément à produire de la résilience. Heureusement rien n’est irréversible, et dès que ces lieux réouvriront nous retrouverons cette aptitude à la convivialité ou à la sublimation. En revanche, le problème est la survie économique de ces lieux et du monde de la culture.

Vous dites que l’incertitude ambiante peut avoir des conséquences sur la santé mentale. Pourquoi avons-nous besoin de certitudes pour avancer sereinement ?
C’est toujours une affaire de nuances. Trop de certitudes, et le schéma dans lequel vous êtes est psychorigide, dogmatique, incapable d’adaptation, sectaire et réfractaire. Trop d’incertitudes, et c’est alors une forme de panique ou d’automatisme annihilant la personnalité, comme si on se mettait en pilotage automatique.

Il faut, selon vous, se saisir de cette question de la prévention en matière de santé mentale. Quelles sont les urgences ?
Notre approche de la santé mentale est encore trop dramatisante et stigmatisante comme si la santé mentale s’occupait des marginaux alors même qu’elle fait partie intégrante de la santé, et qu’elle concerne chacun d’entre nous. L’objet de la santé mentale c’est la personne, la protection de la singularité, et non pas l’anormalité au sens de ce qui serait «dégénéré».

(1) Cynthia Fleury est professeur titulaire de la Chaire Humanités et Santé du Conservatoire National des Arts et Métiers, titulaire de la Chaire de Philosophie à l’Hôpital du GHU Paris Psychiatrie et Neurosciences. Elle est également auteure de Ci-gît l’amer, guérir du ressentiment, (Éd. Gallimard).

vient de paraître : « Regards croisés sur la psychothérapie : Psychanalyse & Gestalt-Thérapie », par C.Masquelier-Savatier et E.Marc

Plaisir de partager l’annonce de la parution de cet ouvrage. Il est écrit par deux collègues et introduit par la préface d’un troisième, Francis Vanoye – collègues que j’apprécie, connais et respecte.

 

 » Voici un ouvrage profondément original. Deux psychologues et psychothérapeutes, aux orientations différentes, choisissent de dialoguer. Chantal Masquelier-Savatier est Gestalt-thérapeute et Edmond Marc s’inscrit dans une orientation psychanalytique. Il n’est pas fréquent que des psys n’appartenant pas au même courant acceptent de confronter leurs points de vue dans un même ouvrage. C’est souvent le rejet mutuel, ou au moins la distance, qui prévaut.

Ces auteurs prennent le risque d’un échange sans complaisance mais où priment l’ouverture et la reconnaissance de l’autre. Plutôt que de chercher à présenter parallèlement ces deux démarches, ils s’attachent à considérer leurs interrelations depuis la naissance de la Gestalt-thérapie jusqu’à la situation actuelle.

Pourquoi avoir choisi ces deux approches ? La psychanalyse est longtemps restée la méthode reine dans le champ de la psychothérapie du XXe siècle; Jusqu’à ce qu’apparaisse dans les années soixante le courant de la psychologie humaniste et existentielle dont la Gestalt-thérapie est une école majeure. Confronter ces deux démarches, c’est montrer leurs différences et leurs divergences fondamentales. Mais c’est aussi souligner leurs convergences et leur complémentarité possible. Cet ouvrage soulève donc la question, centrale aujourd’hui, de la diversité du champ de la psychothérapie et de son unité potentielle. « 

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5. International Conference on Research in Gestalt-Therapy 2021

Save the date !

EPG Stages d’été 2019

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vient de paraître « Gestalt Approaches with Organizations »

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From the back cover:

Organizations are the operative arm of any State and also the place where individuals realize their uniqueness and commitment to the world. They are essentially the contact boundary between individuals and society.

 This book is a collection of practical experiences and theoretical reflections of some skilled trainers, coaches and consultants, who for many years have been using the Gestalt approach in their work with organizations. Each chapter is followed by a comment of an expert of the organizational and/or Gestalt field. This structure provides both a dialectical frame of reference for Gestalt therapy work in organizations and practical tools for working in various situations. Gestalt concepts will powerfully contribute to the maintenance and care of the organizational work.

 The book is addressed to anyone who wants to improve their skills to help people live better and give their very best to the organization they are part of. The aim is to support every one’s sense of active commitment to society and enable a creative contribution to it.

 You can see more and order the book here:

https://www.gestaltitaly.com/gestalt-approaches-with-organisations-margherita-spagnuolo-lobb-franz-meulmeester-eds/

EAGT 2019 Conference @ Budapest

 

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EAGT 2019 Gestalt Conference, Budapest

 

« La Gestalt, le corps pour allié » in La Croix, 8 août 2018

Élodie Maurot , le 08/08/2018 à 6h00

Méthode de psychothérapie, la Gestalt-thérapie propose un travail sur soi qui prend appui sur le corps. Reportage à Rennes, lors d’un stage mêlant danse et exploration personnelle.

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Delphine Lebourgeois est une artiste et illustratrice française installée a Londres. Elle travaille pour la presse et expose ses travaux à travers le monde. Ses collages puisent dans des references stylistiques variées, de Botticelli aux comics, ou les symboles et la poésie se répondent. / Delphine Lebourgeois pour La Croix

Une musique s’élève, lente et puissante. Au sol, quinze corps sont allongés, immobiles. Petit à petit, délicatement, ils se mettent à bouger, à s’étirer, à se déployer, puis à se redresser, comme appelés vers le ciel. Ils restent quelques instants dans cet acmé, puis décroissent, se replient, se recroquevillent, avant de reposer au sol, immobiles…

Célestine Masquelier-Demulier, danseuse professionnelle et Gestalt-thérapeute, a proposé cet exercice dansé, figurant une « fleur qui croît et décroît », avec une ambition précise. « Je vous propose de nous mettre en mouvement par la danse, pour faire surgir du nouveau dans nos vies », a-t-elle expliqué aux participants de ce stage de deux jours, proposé par l’école Gestalt Plus, à Rennes. En jalons, elle a déposé deux citations de chorégraphes : « Pina Bausch disait ”Dansez, dansez, sinon nous sommes perdus !”, et Susan Buirge : “Faites attention à ce que vous dansez, car ce que vous dansez vous le devenez…”. » Une manière d’indiquer que la danse est une chose sérieuse. Et un medium précieux dans la connaissance et le déploiement de soi.

L’attention à la dimension corporelle est au cœur de la Gestalt-thérapie, née dans la seconde moitié du XXe siècle. Son nom vient de l’allemand Gestalt, signifiant « forme » ou « figure ». « La Gestalt-thérapie s’occupe de la thérapie de la Gestalt, c’est-à-dire qu’elle donne du soin à la “forme” ; elle vise la mise en mouvement des formes figées pour fluidifier l’échange entre l’organisme et l’environnement », résume Chantal Masquelier-Savatier, psychologue, Gestalt-thérapeute et formatrice (1).

Fille dissidente de la psychanalyse, cette méthode se distingue par l’importance qu’elle accorde au « contact » : contact entre l’individu et les autres, entre l’organisme et son environnement, entre le « moi » et le « non-moi ». Ses fondateurs, Fritz Perls, Laura Perls et Paul Goodman ont défini le contact comme le « toucher touchant quelque chose » et l’ont placé au cœur de leur vision de l’humain et de sa croissance. « Tout organisme est en relation avec un environnement et aucun organisme ne subsiste sans échange », rappelle Chantal Masquelier-Savatier. Le contact peut être ouvert, aisé, créatif, mais il peut aussi se révéler résistant, difficile, source d’angoisses… Le travail thérapeutique vise alors à le rendre plus conscient et plus fluide.

Avec cet arrière-plan théorique, la danse apparaît comme une voie intéressante pour explorer le contact. « La thérapie est aussi un art. Elle relève davantage du domaine des arts que de celui des sciences », a écrit Laura Perls. La danse permet d’être dans « l’ici et maintenant », autre notion chère à la Gestalt. Elle oblige à s’exposer et à être regardé, à ajuster l’amplitude de ses mouvements, fait prendre conscience de sa capacité – et de ses limites – à toucher et à être touché. Elle demande d’être attentif à l’autre et à soi dans son rapport à l’autre.

Au cours du stage, elle fait aussi surgir des émotions, parfois puissantes. De la tristesse ou de la joie, qui dessinent sourires ou larmes sur les visages, lors d’un exercice où chacun est invité à chorégraphier un épisode important de sa vie devant un partenaire. Elle suscite une jubilation et une légèreté presque enfantines dans les temps de « co-création » improvisée. Une douce gravité toujours…

La présence du groupe permet aussi de sonder la confiance envers autrui, comme dans cet exercice dansé où les danseurs se laissent tomber, à tour de rôle, en sollicitant juste auparavant l’aide du collectif par un appel. Tout le groupe se rassemble alors pour empêcher la chute et soulever le danseur à bout de bras… « La Gestalt cherche à équilibrer le pôle intellectuel, le pôle corporel et le pôle affectif, à leur accorder autant de place, alors que nos habitudes privilégient plutôt l’intellect », souligne Célestine Masquelier.

Entre les moments dansés, les mots trouvent leur place. Celui qui le souhaite peut évoquer une difficulté de sa vie personnelle, sollicitant l’attention et l’aide de la thérapeute et du groupe. Ce week-end-là, les situations de vie partagées sont particulièrement douloureuses : viol, inceste, violence d’un père, rivalité avec une mère, sentiment d’être rejeté…

Particularité de la Gestalt, la thérapeute s’investit dans cet accompagnement : elle partage ce qu’elle ressent, dialogue, propose une reformulation, parfois un exercice physique « pour initier par le mouvement une transformation intérieure ». Une fois cet échange refermé, les membres du groupe peuvent proposer des « feed-backs », qui ne sont pas des conseils, mais le partage d’un ressenti, d’une réaction. « On parle de soi et on ne prétend pas savoir à la place de l’autre », rappelle la formatrice.

En Gestalt-thérapie, le travail en groupe est considéré comme un accélérateur. « Le groupe est une caisse de résonance, il permet souvent de travailler plus vite que dans une thérapie individuelle où il est plus facile d’esquiver », estime Célestine Masquelier-Demulier.

Au fil du week-end, la confiance que se témoignent les participants frappe. Elle questionne aussi par son caractère très affectif. « Certains découvrent avec la Gestalt qu’il est permis de se prendre dans les bras, de pleurer, que l’on peut être écouté quand on parle… Pour certains, c’est révolutionnaire », décrypte la formatrice.

La parole sur soi est libre, parfois un peu abondante, comme en excès après avoir été longtemps retenue. « Il peut y avoir une sensibilité légèrement hystérisante qui pousse à être démonstratif quand on commence un travail, mais c’est une étape et pas la fin de l’histoire »,analyse la thérapeute, qui glisse : « Le travail intérieur le plus important n’est pas toujours le plus démonstratif »…

Élodie Maurot
article original : ici

« La gestalt-thérapie aujourd’hui : un survol », Journal des Psychologues, 2018/7 (n° 359)

 » Sous l’impulsion de Frederick S. Perls, Paul Goodman et Ralph Hefferline, c’est en 1951 que les contours de la gestalt-thérapie commencent à se dessiner, présentant un tournant 37316381_1747289308641615_7924258701714653184_ndans la théorie et la pratique de la psychothérapie. Ouvrant à un paradigme novateur – le contact –, elle implique un changement de méthode thérapeutique, basée alors sur la description du perçu et du ressenti de et dans l’expérience,… (…)  »

Dossier – La gestalt

Actualités thérapeutiques

Page 10 à 10

Le renouveau de la gestalt-thérapie

La relation au cœur de la thérapie

Page 12 à 17

La gestalt-thérapie aujourd’hui : un survol

Page 18 à 23

La recherche en gestalt-thérapie

Page 24 à 29

Une thérapie gestaltiste du trauma

De l’usage de la technique de la chaise vide

Page 30 à 35

Psychotraumatisme et gestalt-thérapie : une approche relationnelle

Page 36 à 41

Impasses développementales et gestalt-thérapie

Page 42 à 45

La gestalt-thérapie et les groupes

Page 46 à 51

Travailler avec les dynamiques corporelles en gestalt-thérapie

Page 52 à 57

Perspective de la gestalt-thérapie sur la psychopathologie

Clinique des attaques de panique

Page 58 à 63

Bibliographie

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