« L’institution de la liberté » par Muriel Fabre-Magnan

Ouvrage paru en octobre 2018, il mérite notre attention et intérêt, et aussi (mais pas que) dans le contexte actuel. Extrêmement documenté, infiniment pédagogique et accessible, terriblement dense et enrichissant …

Un extrait, juste pour le plaisir de savourer et mettre en appétit :

« La liberté entendue comme un droit général à l’autodétermination, càd. comme faculté de faire des choix et de mener sa vie comme on l’entend, recèle ainsi de nombreux pièges dans lesquels la Cour (européenne des droits de l’homme) se laisse prendre. (…) (elle) s’y engouffre , et se laisse enfermer dans l’idée que la liberté comme autonomie personnelle aurait pour seule définition et pour seule exigence la libre expression de ses choix par la personne, et donc pour seul critère le consentement de celle-ci. (…) L’équation consentement = liberté est cependant, en droit, un peu courte. »

Bonne lecture !

 » L’interdit est-il l’ennemi de la liberté ? Celle-ci est-elle toujours du côté du permis ? Cet ouvrage montre que la réponse à ces questions n’est pas si simple. Le consentement et le contrat ne suffisent pas à garantir la liberté, et ils en sont même parfois les fossoyeurs ; à l’inverse, l’interdit ou la dignité n’en sont pas toujours les ennemis.
La simple non-ingérence de l’État ne suffit en réalité pas pour assurer l’autonomie des personnes et le pluralisme des choix de vie. Le droit a alors un rôle à jouer pour soutenir la liberté, entendue comme le projet et le processus d’émancipation de tous et de chacun. La liberté des modernes et les droits de l’homme doivent être défendus. Mais conforter les acquis de la liberté individuelle suppose de s’intéresser à ce dont elle a besoin pour être instituée, et ce afin d’éviter qu’elle ne se délite ou ne se retourne contre les plus faibles. La liberté ne peut pas être la liberté de détruire ce qui protège et garantit la liberté. « 

Professeure de droit à l’université Paris 1 (Panthéon-Sorbonne), Muriel Fabre-Magnan est l’auteur de nombreux ouvrages, principalement aux Puf, d’introduction générale au droit, de droit des contrats ou encore de droit de la responsabilité civile.

Le coronavirus ou la liberté retrouvée ? par M.Terestchenko

Un récent article d’un de mes professeurs de philo que j’apprécie.

 

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par Michel Terestchenko, philosophe en date du 18 mars 2020, original ici.

Le coronavirus ou la liberté retrouvée ?

La situation présente conduit, on le voit au vide des rues, au silence des villes, au confinement forcé dans l’espace restreint de notre habitation, à une restriction, inimaginable hier encore, de nos libertés fondamentales. Cependant, nul n’en conteste les raisons et la nécessité, de sorte que ces mesures ne remettent pas en cause, du moins pas pour l’instant, le régime démocratique dans lequel nous vivons. Mais pourquoi donc, après tout ?
Etonnamment parce qu’avec la pandémie, c’est la liberté retrouvée. Les contraintes qui hier encore se présentaient comme inexorables, celles de la rigueur budgétaire, les lois de l’économie qui encadraient les politiques publiques et l’activité des entreprises sont, tout d’un coup, balayées au profit de décisions politiques commandées par les circonstances et la nécessité, alors que l’histoire humaine présente à nouveau un visage tragique et que l’imprévisibilité des événements n’a jamais été aussi inquiétante.
La nécessité sanitaire, à la différence de la nécessité économique, n’annule pas la liberté de la décision politique. Tout au contraire : plus rien n’est impossible lorsqu’il s’agit de faire face collectivement, et comme il convient, à l’insidieuse propagation du mal. Grand retour de Machiavel ! Éclairés par les scientifiques, ce sont les politiques qui prennent les mesures appropriées, non les décideurs économiques.
Nous sommes peut-être confinés mais les portes s’ouvrent et nous retrouvons, alors que l’inquiétude règne et que la mort se répand alentour, le sens de ce qui compte, le rapport au temps qui n’est plus celui de l’immédiateté, la relation avec nos proches et, à distance, ce sont des formes de vie plus humaines qui se retrouvent. Quel paradoxe ! Quel changement radical de paradigme !
Il restera demain à mettre cette liberté retrouvée en situation d’urgence, ces moyens financiers colossaux, au service de l’environnement.. Nous savons que c’est nécessaire et désormais que c’est possible. Nous n’aurons vraiment plus aucune excuse !
Nous ne devrons, cependant, jamais perdre de vue notre devoir de vigilance. Le grand danger qui nous guette, dans les mois et les années à venir, est le retour d’un autoritarisme consenti, suscité par les situations d’exception. Hier le terrorisme, aujourd’hui la crise sanitaire, demain la catastrophe écologique. Le retour du politique n’est jamais sans risque ni péril.
Reçu second à l’agrégation de philosophie en 1981 (premier à l’écrit), après voir été diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris, Michel Terestchenko est également docteur-ès-lettres de l’université Paris 4 Sorbonne. Il enseigne comme maître de conférences de philosophie à l’Université de Reims et à l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence, où il dispense des cours d’enjeux de la philosophie politique et d’éthique et politique.
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