Le billet de Mosimann

Si les billets de Mosimann les mercredis matin sur France Inter sont d’une douceur et d’une puissance incroyables, celui de ce matin a encore plus retenu mon attention. Combien de mes patients consultent pour « changer » ou vouloir que le monde et l’autre changent… De cette difficulté de laisser aller… Je vous offre ce billet à mon tour.

Sur France Inter du 10 décembre 2025, Le « Je t’aime » de Lara Fabian mixé avec les rythmes électro tech de DJ Mehdi, original ici .

 » Il y a des histoires où l’on croit encore que l’amour peut tout.

Qu’il soulève, qu’il répare, qu’il redonne souffle.

Qu’une présence peut suffire à renverser le destin.

On s’invente des trucs complètement dingues, genre croire qu’on peut réparer quelqu’un alors qu’on n’a jamais eu les outils pour soi-même.

Allez venez, on se le dit une bonne fois pour toutes.

On ne peut pas sauver quelqu’un qui se noie si lui-même refuse d’apprendre à respirer.

On s’use, on s’abîme.

On confond patience et sacrifice, loyauté et renoncement.

On dit « je t’aime » en espérant qu’il entende « je t’aide ».

On dit « je suis là » quand, au fond, on voudrait juste dire « j’y arrive pas ».

Et puis un jour, la vérité tombe, simple, brutale :

On ne peut pas sauver l’autre.

Pas d’une addiction, pas d’une emprise,

pas d’un homme qui manipule ni d’une femme qui dévore,

pas de ces violences invisibles qui rampent derrière un

« t’es la seule qui me comprenne ».

On ne sauve pas quelqu’un qui confond l’amour et le pouvoir.

On ne sauve pas quelqu’un qui, pour tenir debout, a besoin qu’on tombe.

Alors il faut apprendre le courage le plus ingrat :

dire « je t’aime » une dernière fois.

Un « je t’aime » comme un cri,

un « je t’aime » qui s’ouvre comme une porte,

un « je t’aime, mais je te libère ».

C’est peut-être ça, en fait, le plus grand geste d’amour qu’on puisse faire : partir !

Partir pour se sauver soi-même,

Sauver la personne qu’on a été, la personne qu’on avait presque effacée sous les excuses, sous les nuits blanches

Je voudrais dire, ce matin, à ceux qui vivent sous emprise, sous l’ombre d’un regard qui juge, d’une main qui contrôle, d’une voix qui casse :

Vous n’êtes pas fous.

Vous n’êtes pas fragiles.

Et vous n’êtes pas seuls.

Alors on ne peut pas vous sauver, non.

Mais on peut marcher près de vous, vous prêter nos mots, vous confier notre souffle, jusqu’au moment où vous déciderez de partir.

Je voudrais dire aussi à ceux qui aiment quelqu’un qui se détruit :

Vous n’avez pas échoué.

Vous avez aimé du mieux possible.

Mais l’amour ne guérit pas à la place de l’autre

Ce matin, j’ai rêvé de Lara Fabian,

parce qu’aucune autre n’a su dire cet impossible-là,

ce « je t’aime » qui tremble, qui serre, qui libère.

Cette chanson a tout compris avant nous.

Et quelque part, entre deux battements, j’ai rêvé que DJ Mehdi ajoutait sa lumière à ce vertige-là. » « 

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