« Lorsqu’on manque de temps, on manque d’humanité »

Si ce manifeste parle de la situation au Canada, en France nous y sommes, également. Ouvertures de numéros verts et mises en place de remboursements pour un nombre (très) limité de séances sont des trompe-l’oeil ; bons pinceau et poudres de soleil ne suffisent pas à masquer la situation désastreuse depuis des années de la psychiatrie de secteur, et tenter d’ « annexer » les professionnels psys libéraux avec des propositions inacceptables tout autant pour eux que pour les consultants afin de pallier à un système au bord de l’asphyxie, non ! A lire et diffuser.

Publié le 30 mars 2021 par Radio Canada, original ici.

Manifeste de Nicolas Lévesque : « Lorsqu’on manque de temps, on manque d’humanité »

L’auteur, éditeur et psychologue Nicolas Lévesque_Photo : Radio-Canada / Hamza Abouelouafaa

« Moins on les soigne bien, plus les gens reviennent dans le système; plus on prend le temps de s’en occuper, moins ils reviendront l’engorger. » Ce qui semble une évidence pour Nicolas Lévesque ne l’est pas dans la réalité. Une enquête du Journal de Montréal démontre qu’il faut entre 6 et 24 mois d’attente pour consulter un psychologue ou un psychiatre au Québec, et ce n’est que la pointe de l’iceberg, selon Nicolas Lévesque, qui dénonce un système plein de failles. Pour mieux comprendre cette situation, l’auteur et psychologue suggère la lecture de l’ouvrage Manifeste d’un psychiatre outragé, d’Hervé Bokobza, et en profite pour rendre un hommage à ses idées révolutionnaires.

Pour écouter l’émission, cliquer ici : https://ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/plus-on-est-de-fous-plus-on-lit/segments/chronique/349353/nicolas-levesque-manifeste-psychiatre-herve-bokobza

Un extrait du manifeste de Nicolas Lévesque en hommage à Hervé Bokobza :

Au lieu de parler des fous, parlons avec les fous, disons non avec eux. La folie est aussi un problème de la relation, un rapport politique qui crie un grand non à l’intrusion et à l’appropriation.

Non aux assureurs de plus en plus intrusifs, aux programmes d’aide aux employés de plus en plus contrôlants et aux bureaucrates de la santé qui continuent d’attaquer le cadre thérapeutique chaque année avec plus de vigueur et de perversion; soigner, c’est d’abord créer et défendre un espace de liberté, d’affection, d’inventivité et de singularité pour y accueillir l’autre, son étrangeté, dans une vraie hospitalité.

Non à la fausse idée que les psys quittent le système public pour avoir de meilleurs salaires, parce que ce n’est pas la vraie raison; ils quittent parce qu’on contrôle abusivement leur espace de pratique, qu’on méprise leur approche, qu’on les empêche d’installer un cadre humanisant, souple, doux et créatif qui permet de soigner; ils fuient la violence gestionnaire. « On ne discute pas avec une machine » : soit on se soumet, soit on s’enfuit.

Non à l’exclusion du patient de ses propres soins; non à l’effacement de sa langue, de sa parole, de son histoire, de son droit à une présence et une constance, de son droit à un transfert.

Non au fantasme de soins uniformisés, quantifiables, mesurables.

Non à une clinique qui ne serait pas artisanale.

Non au délire bureautique : le dossier avant le patient, le plan de cours avant l’étudiant…

À lire :

Manifeste d’un psychiatre outragé, de Hervé Bokobza, Les éditions TAMAM (offert seulement à la libraire Le Port de tête ou à La Livrerie)
« Comment faciliter l’accès aux soins de santé mentale », Jean-Benoit Nadeau, L’actualité, 3 mars 2021

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