La patience, par Gérard Pilet

Une autre perle, encore, pour accompagner notre weekend et au-delà..

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Extrait de « Sagesse du coeur » par Gérard Pilet, éd. Kan Jizaï (2008)

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La patience

Les maîtres de la transmission ont mis l’accent sur l’importance de la patience sur le chemin de l’éveil. Bouddha l’a classée parmi les six paramita, les pratiques excellentes. Vimalakîrti en fait une caractéristique de l’éveil. Maître Deshimaru en parlait souvent durant les sesshin ou lorsqu’il y a avait des zazen un peu longs, il disait :  » don’t move, don’t move, patience very important. » Ne  bougez pas, ne bougez pas, la patience c’est très important.

Mais qu’est-ce au juste que la patience ? Pourquoi est-elle pratique d’éveil ?

Le mot français patience vient du latin patior qui signifie souffrir dans le sens d’endurer, de supporter. Par exemple, quand Maître Deshimaru nous disait durant zazen:  » don’t move, don’t move, patience very important », cela signifiait : supportez la douleur, le mal aux genoux.

Mais il faut bien comprendre l’attitude intérieure qui préside à la pratique juste de la patience. Cette attitude intérieure n’est pas celle de résister, de s’opposer, de lutter contre. Quand on a mal durant zazen, si on résiste à la douleur, si on la refuse, si on lutte contre elle, elle ne fait que se renforcer. Elle devient insupportable et on est dans l’impatience. En revanche, si on est en unité avec la douleur elle devient supportable et on est patient. Tel est le coeur de la pratique de la patience : être en unité avec ce qui se passe, ne pas le refuser, ne pas résister.

Avec les pensées durant zazen, c’est la même chose : si on veut lutter contre elles, elles se manifestent encore plus fortement, si on est en unité avec elles, sans saisie ni rejet, elles s’apaisent naturellement.

L’ego aime résister, s’opposer, se démarquer. Abandonner la résistance, être patient, c’est abandonner l’ego. C’est pourquoi la patience est une paramita, pratique excellente sur le chemin de l’éveil.

Cette absence de résistance, de refus, de rébellion qui constitue le coeur de la patience, cette pratique de l’unité avec ce qui est, la vie quotidienne nous invite à la mettre en oeuvre. Lorsque la vie nous met face à des difficultés, à des situations qui nous font souffrir et qu’il ne dépend pas de nous de pouvoir changer, alors nous pouvons pratiquer vis-à-vis d’elles la patience. Nous mettre en révolte, en rébellion, ne changera pas la situation et ne fera qu’accroître la souffrance. En revanche, si on sait lâcher prise avec le refus, la résistance, l’opposition, si on sait se mettre en unité avec ce qui est ici et maintenant, la souffrance née de la situation diminue considérablement et on approfondit par là même la pratique du lâcher-prise et de l’esprit fluide, de l’esprit souple.

Cette sagesse de la patience est contenue dans certains de nos proverbes tels que « faire contre mauvaise fortune bon coeur ».

Cette absence de résistance n’est cependant pas la résignation. Dans la résignation, il y a encore le ressentiment de l’ego face à ce qui est, l’ego est toujours là tapi dans l’ombre. La vraie patience n’est ni résistance ni résignation face à ce qui est ; elle est la voie étroite du milieu au-delà de ces deux extrêmes. Cette voie étroite, c’est la voie d’être en unité avec, la voie de l’abandon de l’ego.

Cette pratique s’applique aux situations que l’on ne peut pas changer. Quand on peut changer une situation qui cause du désagrément à soi et autrui, ne pas le faire serait du masochisme. La pratique de la patience comporte un enjeu considérable. Si nous savons être patient au sens qui vient d’être donné, les souffrances nées de la vie n’auront pas le pouvoir de nous fermer le coeur, de nous rendre dur et insensible comme cela se passe souvent quand il y a refus de la souffrance et ressentiment incrustés à l’égard de ceux qui ont pu contribuer à la déclencher ; elles seront au contraire des opportunités d’agrandir notre coeur et d’actualiser le potentiel d’éveil en chacun de nous.  »

 

Né en 1949, Gérard Chinrei PILET est le président de l’association Kan Jizai. Professeur de GerardPilet150philosophie, il devint disciple de Maître DESHIMARU en 1974, reçut de lui l’ordination de moine en 1978 et le suivit jusqu’à la mort de ce dernier en 1982.
Il a reçu la transmission du Dharma de Yuko Okamoto Roshi.

Depuis cette date, il enseigne au Dojo Zen de Paris (rue de Tolbiac) ainsi qu’à celui de Quincampoix, dirige des sessions de pratique en France et à l’étranger et donne de nombreuses conférences sur le Dharma et sa pratique.

 

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