« Gestalt et codéveloppement : deux approches d’un coaching collectif humaniste »

Publié par Thierry Merle, Développeur de coopérations et de projets mobilisateurs, Rennes, 

le jeudi 5 avril 2012, dans « collaborer et innover »

Gestalt praticien depuis une quinzaine d’années, j’ai découvert le codéveloppement professionnel en 2003. Ces deux démarches relient deux enjeux forts de la mobilisation professionnelle :
  • rester centré sur le réel des situations, dans leurs dimensions objectives et subjectives,
  • savoir prendre du recul pour examiner les options qui s’offrent à chacun
 Ces deux cadres contribuent à la puissance et à l’effectivité d’une intervention qui redonne le pouvoir aux participants… qui, par la même occasion, réapprennent à le prendre, contrairement à nombre de formations où on leur demande d’enregistrer sagement un savoir déconnecté de leur vécu professionnel.
J’ai tiré de mon expérience 8 points de convergence dans l’esprit et la façon concrète d’animer les groupes dans ces deux démarches, qu’elles soient conçues comme des formations ou comme des processus d’accompagnement du changement.
1. Le premier point commun aux deux approches est l’attention au processus, notamment au processus de communication à l’intérieur du groupe, et avec l’animateur que je suis. Les participants sont eux aussi responsabilisés sur cette attention à « ce qui se passe » en réaction à leurs interventions.

2. Le second consiste à s’intéresser à la personne en tant que telle, dans sa globalité (connaissances, sentiments, façons d’être et d’agir), dans son contexte, et lui laisser la responsabilité de choisir ce qui lui convient – ou pas – à un moment donné, parmi les propositions ou questionnements de ses pairs, pour avancer sur l’un de ses projets, ou résoudre une difficulté.

3. Du coup, les pairs, comme l’animateur, acceptent donc de ne pas savoir ni comprendre tout ce qui est en jeu pour la personne. Ce qui est pour certains un entraînement difficile.
4. Le codéveloppement propose un protocole relationnel relativement précis, « c’est un cadre strict à l’intérieur duquel une très grande liberté de parole est possible », ainsi que me l’écrivait une participante. Cette liberté de parole est notamment protégée par un engagement mutuel de confidentialité.
5. Un point intéressant du codéveloppement concerne la dynamique du groupe en tant que tel, et la capacité de ses membres à se considérer progressivement comme un collectif en construction, et pas seulement une juxtaposition de personnes ayant individuellement intérêt à l’échange. En cela, nous retrouvons quelques éléments de la Gestalt de groupe.
6. Si le codéveloppement, conçu initialement à destination de managers, fait la part belle à la parole par rapport aux autres registres expérienciels, la réalité d’un groupe qui se donne comme objectif d’être un groupe d’entraide authentique fait nécessairement et progressivement de la place à une dimension émotionnelle des relations (ici et maintenant, et là bas dans l’action). Pas nécessairement de grandes effusions, mais des attentions perceptibles :
« Je suis en vacances demain, j’ai beaucoup de travail en attente, mais je tenais à venir à cette rencontre pour vous témoigner de tout ce que j’ai pu mettre en place grâce à nos échanges, des changements provoqués, au-delà de mes espérances, et du plaisir que je retrouve à aller travailler. »
Sans un minimum de lien affectif vis-à-vis du groupe, cette personne aurait sans doute plutôt réglé ses affaires courantes. En tout cas, il n’y est plus interdit de parler d’émotions au travail.
Les « outils » de la Gestalt, en tant que propositions expérientielles (amplification, polarités, chaise vide…) peuvent parfois être utiles, mais ne sont pas essentiels . La plupart du temps, le groupe sait très bien trouver quel genre d’expérience il se propose à lui-même. Une intervention trop directive de l’animateur pourrait constituer une prise de pouvoir inadéquate (même si le groupe, peu habitué à l’autonomie, n’y voit que du feu, voire se sent rassuré car pris en charge, ce qui n’est pas le but du jeu…).
7. Par contre, la position d’accompagnement que tient l’animateur, et sa préoccupation permanente de faire prendre conscience au groupe de son propre fonctionnement, ce qui se passe ici et maintenant dans les interactions, et les miroirs qu’il tend au groupe, me semble fondamentalement Gestaltiste. Chaque participant est invité à s’interroger : est-ce que ce que j’ai l’intention de dire est vraiment utile à ce moment ? Est-ce la bonne manière ? Ou bien est-ce que je réalise que c’est surtout pour me valoriser que je veux prendre la parole ?
8. Coïncidence ou influence ? Dans la méthode codéveloppement, chaque séquence est clairement structurée comme un cycle du contact, avec un temps explicite de précontact entre le client et le groupe, un phase de validation de la demande, avant l’engagement commun de travailler sur une thématique et d’une façon convenue entre les participants, jusqu’au retrait et au temps de réflexivité sur l’expérience vécue, pour chacun et pour le groupe.
Pour en savoir plus sur le codéveloppement : http://tinyurl.codev35
La Société des Coachs Gestaltistes : www.coach-gestalt.org
Ce billet est une version simplifiée d’un texte paru dans « L’ETRE », revue de la SCG, société des coachs Gestaltistes – n°5, octobre 2011, sous le titre « La Gestalt au service du Codéveloppement professionnel »

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