Vacances !

Le temps est venu pour moi de prendre quelques jours de congés de mon activité professionnelle. ll arrive plus qu’on ne le pense que la forme de nos vacances est faite d’automatismes, d’habitudes ou encore est une forme de fuite du quotidien. Certains ont l’habitude de partir toujours au même endroit avec les mêmes personnes, sans s’interroger sur leurs besoins et envies du moment.

D’autres vont prévoir des congés emplis d’activités physiques ou culturelles, pensant cela différent et enrichissant par rapport à leur quotidien, alors qu’ils auraient, à ce moment précis, besoin de poser un transat sur une plage et de ne rien faire. Conserver les bénéfices de ses vacances demande en amont à ralentir, se poser et prendre le temps de se connecter à soi pour identifier son niveau de fatigue et clarifier de quoi on a besoin, avant de les organiser. Je vous souhaite de trouver la forme de vacance qui vous convienne, et avec plaisir de nous reprendre nos entretiens au retour.

Quelques mots par Serge Hefez , psychiatre et psychanalyste, sur comment il vit ses vacances (original publié ici) :

« En vacances, j’aime partir pour des destinations lointaines, où je peux me confronter à des façons bien différentes de vivre, de se comprendre, de se relier… Au fond, je continue le travail d’immersion propre à mon métier, sinon que ce n’est pas dans la culture d’un individu que je plonge, mais dans celle d’une collectivité. Je deviens moins psy qu’anthropologue. Si des proches me parlent de leurs problèmes conjugaux ou familiaux, je réagis en m’appuyant sur mes propres expériences de mari, de père, d’homme… mais pas du tout de psy.

En revanche, si – comme cela arrive trop souvent – des inconnus me demandent des conseils, je leur dis que ce n’est ni le lieu ni le moment. Je déteste les conseils stéréotypés. Répondre à une demande en tant que psychanalyste, c’est entrer dans une trajectoire de vie, et cette parole a besoin d’être recueillie dans un cadre spécifique. D’ailleurs, tous mes patients le sentent : quoiqu’ils aient mon numéro de portable, jamais ils ne s’en servent en vacances. Preuve qu’ils savent combien le cadre n’est pas une contrainte mais un espace de liberté pour eux, pour leur thérapie.

Je n’ai aucune difficulté à partir, car c’est ce que l’on apprend dans ce métier : s’immerger totalement dans la vie et l’âme des patients lorsque l’on est avec eux, laisser résonner leur souffrance avec notre vie intérieure, puis émerger hors de cette histoire affective afin d’entrer dans une autre – celle du patient suivant ou la nôtre. Et peu importe la durée des vacances : au retour, c’est comme si nous nous étions quittés la veille, tels deux très bons amis. Une forme de magie opère qui permet de reconstituer aussitôt toute la trame émotionnelle de la relation. »

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Et puis un peu d’humour avec le billet de Lison Daniel, humoriste, dans le 7/9 sur France Inter : « Lison, aujourd’hui vous êtes Yvan le psychanalyste et vous êtes en vacances« 

=> Billet à écouter ici :

=> Billet à lire ici :

 » Nicolas Demorand : Lison, aujourd’hui vous êtes Yvan le psychanalyste et vous êtes en vacances.

Lison Daniel alias Yvan : Je prends mes quelques jours annuels, mais manifestement il n’y a que moi que cela réjouit. A chaque fois c’est pareil, dès que je m’absente, c’est la catastrof. Toute ma patientèle est aux abois, c’est un défilé de complaintes : comment tenir trois semaines sans vous parler ? Mais que vais-je bien pouvoir faire avec ces 220 euros économisés ? J’ai mon astuce pour éluder : je fais comme vous avec les auditeurs Nicolas, je fais semblant d’écouter et hop je change de sujet. Merci Christiane !

Mais en même temps, c’est normal que ce soit dur pour eux, avec mon départ, ils revivent un traumatisme primaire d’abandon. Ils se sentent comme ces petits chiots abandonnés sur l’échangeur de Montélimar, c’est horrible.

Et puis quand leurs vacances à eux sont arrivées, c’est encore pire. Sans moi, ils n’ont plus de boussole, ils n’ont plus aucun surmoi, et c’est le “ça” pulsionnel qui prend le dessus. Et là ils ne contrôlent plus rien : le cubi de rosé tiède dès onze heures du matin, les merguez “prix malin” à tous les repas, les bouteilles de soda à même la table, et le laisser aller esthétique de la tong ou de la médouze. La Médouse Léa, vous savez la sandale translucide qui nous renvoie au concept jungien de transparenz, la médouze cache et révèle dans un même mouvement.

Elle refuse la bestialité de marcher à même les rochers, en enfermant la patte dans une petite écrin de plastique ridicule, mais EN MEME TEMPS, montre dans toute sa majesté le petit peton et tous les orteils.

Mais je ne m’étend pas sur les méduses. Si ça vous intéresse, c’est tout un chapitre de mon séminaire : psychopathologie de la tong, des rives de Thessalonique aux pédiluves de la Grande Motte

Tout ça pour dire : le spectacle pathétique des vacanciers débraillés, ce sont surtout des patients en mal de cure, causés par les congés de leurs thérapeutes.

Mais bon, moi, pour être un bon psychanalyste, il faut que je prenne des vacances. J’ai la tête comme une tomate farcie du malheur des autres, et j’ai besoin de me ressourcer.

Cette année je pars avec des amis du séminaire. Nous allons faire du trekking en Bavière, et un peu de visites culturelles et architecturales. L’été, ce n’est pas ma saison, je ne supporte pas le soleil Claude, j’ai la peau très fine. Alors quand il fait trop chaud, je me débrouille toujours pour être à l’ombre d’un bâtiment du Bahaus tardif, qui me protège des OU-V.

Ca s’annonce joyeux, nous allons admirer les résineux de la forêt noire, et boire du maté, qui est amer comme la vie.

Le seul problème quand on part en vacances à plusieurs psychanalystes c’est de gérer le budget des vacances…Hé oui, au moment de se partager les dépenses, tout le monde dit aux autres “c’est important que toi tu payes”’ pour que tu ressentes vraiment le repos, et que tu sois actif dans la récupération estivale…Par conséquent au restaurant, nous payons chacun la totalité de la note. En liquide bien sûr. Donc au moins pendant que mes patients se scarifient en attendant mon retour, les saisonniers allemands eux sont heureux.

Et puis pendant le séjour le naturel reprend nécessairement le dessus : “Christian, quel ordre moral tentes-tu de molester en laissant ton maillot de bain traîner dans l’entrée ?”, hihi nous sommes impayables.

Enfin, je vous souhaite à tous de belles vacances. Rappelez vous qu’une bonne analyse se fait aussi entre les séances. Et puis si vous ne rentriez pas dans vos familles pathogènes de temps en temps, franchement on parlerait de quoi à mon retour ? Allez tchüss. »