Vimala Pons : « Le but d’une thérapie n’est peut-être pas de trouver l’équilibre »

« Sous le soleil de Platon », une émission de Charles Pépin sur France Inter, a reçu mardi 24 décembre dernier Vimala Pons. Les questions du corps, du mouvement, du déséquilibre font partie du fondement de ma clinique avec les personnes que je reçois en tant que psychothérapeute et psychanalyste. Entendre et apprendre d’autres univers m’enrichit continuellement, ainsi il en a été avec cette émission. Je vous souhaite tout autant ce plaisir. Le texte ci-dessous présente cette artiste et ses recherches. Je vous invite aussi à écouter l’émission dans sa totalité.

Pour ecouter l’émission, suivre ce lien : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/sous-le-soleil-de-platon/sous-le-soleil-de-platon-du-mardi-24-decembre-2024-6059195

« Vimala Pons est une artiste inclassable, en équilibre entre cariatide, jongle, caméra, scène de théâtre, et production musicale, elle passe sa vie à questionner cette notion : qu’est-ce que l’équilibre ? Comme une boussole, elle nous guide pour trouver le déséquilibre.

L’édito de Charles Pépin :

J’aimerais ce matin vous raconter l’histoire d’une fille qui ne veut plus qu’on lui mente. Tout avait commencé il y a bien longtemps, en Inde, devant le Taj Mahal. Elle n’était alors qu’une enfant, mais déjà, il lui avait semblé que quelque chose clochait. Il n’y avait, parait-il rien de plus beau au monde… Cette beauté du Taj Mahal ne pouvait être que l’éclat d’une vérité cachée, des formes parfaites surgies d’un rêve pour figurer dans la matière un idéal de sagesse et d’équilibre. Elle n’était alors qu’une enfant, mais justement, son corps d’enfant traversé déjà d’élans amoureux et de colères furieuses lui soufflait une autre vérité : la vie, ce n’est pas ça ! Cet équilibre parfait, éternel, immuable, figée en une pure immobilité, ce rêve de sagesse et de paix… Ce n’est pas la vraie vie ! Elle avait senti que quelque chose clochait, mais elle n’avait alors pas su le formuler.

Quelques années plus tard, adolescente, elle avait ressenti le même malaise devant une statue d’Apollon… Ce corps parfaitement proportionné, parfaitement équilibré, pur symbole d’une cité harmonieuse – mais quel mensonge ! La vie, ce n’est pas ça !

Et cette fois, elle avait grandi, elle savait trouver les mots : la vie, c’est de sentir en soi des élans et des émotions qui nous font perdre l’équilibre, et si parfois, on réussit à le rétablir, l’équilibre, ce n’est que le temps d’être à nouveau déséquilibré, appelé par la vie, touché en plein cœur, surpris par un regard, emporté par des courants contraires, chahuté par le vent de la nouveauté. Elle finit même par rencontrer une psy qui sut trouver encore mieux qu’elle les mots pour démasquer le mensonge de l’équilibre, et même, au-delà, ce rêve peut-être mortifère de toutes ces sagesses qui nous promettent l’équilibre. Sa psy lui dit un jour, et ce jour-là la jeune trentenaire qu’elle était devenue eut l’envie de l’embrasser : vous savez, le but d’une thérapie n’est peut-être pas de trouver l’équilibre, cela ne veut pas dire grand-chose, être équilibrée, mais peut-être en revanche qu’il s’agit de trouver le déséquilibre qui est le vôtre, de trouver votre déséquilibre et d’entrer en relation avec lui, d’être en paix avec lui. Peut-être qu’il n’y a d’équilibre que dans une bonne relation au déséquilibre…

Pour en parler ce matin, de ce rêve d’équilibre et de tout ce qu’il cache, de la beauté aussi d’un certain déséquilibre, j’ai la joie de recevoir une femme qui lui ressemble peut-être un peu. Actrice, notamment pour Rivette, Dupontel, Alain Resnais ou Bertrand Mandico, à l’affiche, aux côtés de William Lebghil et depuis mercredi dernier, de la comédie Romantique Le Beau rôle de Victor Rodenbach, actrice, mais également circassienne, metteuse en scène, chanteuse, performeuse et bien d’autres choses encore, Vimala Pons nous a rejoints sous le soleil de Platon, dans la caverne de France Inter, pour nous aider à réfléchir à cette difficile question : peut-on, et même doit-on, rechercher l’équilibre ?

Le mythe de l’équilibre parfait remis en question

À l’affiche du film Le Beau Rôle de Victor Rodenbach, Vimala Pons livre une réflexion originale sur l’équilibre, tant physique qu’émotionnel, et remet en question notre quête perpétuelle de stabilité. « Le moment de grâce, c’est quand on ne bouge plus et que ça tient, un peu comme les moments de bonheur dans la vie où tout d’un coup, on ne fait plus rien, et on ne sait pas pourquoi, on a beaucoup de chance, on est heureux. Mais pour atteindre cela, il faut tout le temps piétiner, rétablir, être en action, en mouvement », explique-t-elle. Pour Vimala Pons, l’équilibre absolu est une illusion. S’appuyant sur son expérience d’équilibriste, elle explique que « l’équilibre est amené par le rétablissement du déséquilibre permanent ». Cette vision s’oppose à l’idéal de perfection incarné par le Taj Mahal ou les statues d’Apollon, qui selon elle ne reflètent pas la réalité de la vie. « La vie, c’est de sentir en soi des élans et des émotions qui font perdre l’équilibre », affirme-t-elle.

Une philosophie du mouvement permanent

« Si on arrête de bouger, que l’on porte un objet en équilibre sur sa tête, il tombe. Comme pour la recherche du bonheur. Le bonheur, c’est une manipulation de soi, un acte artificiel. Si on arrête de le chercher, il ne vient à nous tout seul. Je me suis un peu construit une conviction là-dessus. Je ne dis pas que c’est la vérité, mais cela m’a permis de me réconcilier avec mon angoisse, un acte pas facile à faire », déclare l’artiste, développant une vision dynamique de l’existence. Pour elle, il faut « être en action, en mouvement » en permanence. Cette approche s’applique aussi bien à sa pratique artistique qu’à sa conception des relations humaines.

Et pour la question de la singularité de l’être humain : « Je crois vraiment qu’il n’y a pas qu’un seul visage »,souligne la comédienne, et cite Delphine Horvilleur et sa réflexion sur le mot « panim » (visage en hébreu), qui n’existe qu’au pluriel.

L’art comme expression du déséquilibre

Dans son travail, notamment son spectacle où elle porte des objets en équilibre sur sa tête, Vimala Pons explore cette tension permanente entre équilibre et déséquilibre. « Parfois, je porte des choses qui font le triple de ma taille (…) comme la charge mentale dans la vie », explique-t-elle. Cette recherche se retrouve également dans Le Beau Rôle, où elle interprète une metteuse en scène questionnant les dynamiques de soutien au sein d’un couple. « Des fois, je trouve que pour vraiment aider quelqu’un, il faut l’abandonner pour qu’il se retrouve en face de lui-même », conclut-elle. »

Texte par France Inter, original ici.

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