Tobie Nathan, « De la chose et de l’objet … en contribution à une théorie générale de l’influence thérapeutique »

« De la chose et de l’objet :

… en contribution à une théorie générale de l’influence thérapeutique »

voir l’article complet sur le blog de Tobie Nathan :

http://tobienathan.wordpress./theorie-generale-de-la-psychotherapie/%E2%80%A2-de-la-chose-et-de-lobjet/

EXTRAIT :

 » La cure : une aventure intellectuelle

L’humain en tant qu’objet manufacturé, texte, nom ou eau, voilà donc quelques devenirs proposés par des thérapies assez bien connues et dont on peut facilement rencontrer des représentants en Europe. L’idée que j’ai empruntée à Deleuze, celle du devenir, permet de dépasser une indécision sur laquelle butent les pensées sur la psychothérapie qui oscillent entre les deux questions : « Doit-on définitivement allouer au patient un rôle de dupe, d’enfant à éduquer, d’être immature à protéger et voir dans le processus mis en œuvre un théâtre d’illusions ? Ou peut-on faire le pari du contrat librement engagé ? » Il me semble que l’on peut voir ici se dessiner une hypothèse tout autre, ni affaire de dupes ni contrat de type capitaliste libéral, une hypothèse qui permettrait de remettre au patient, à son entourage, à d’éventuels groupes de représentants une part de l’expertise mise en jeu dans les cures qui, pour l’heure, ne revient qu’aux professionnels. Nous touchons là, bien sûr, une question politique urgente[46] [46], mais aussi une question technique. Je suis en effet persuadé que l’on gagnera à la fois en compréhension des mécanismes et en capacités d’innovation en trouvant le moyen d’attribuer au patient un autre rôle que celui du dupe, de l’enfant ou du manager de multinationale.

Si l’on m’a suivi jusqu’alors, on a sans doute compris qu’un dispositif thérapeutique était une invitation – en cela, il est vrai, il comporte une part de séduction. « Si tu t’engages avec moi dans l’aventure du devenir-eau, le secret des fluides te sera révélé… » Ce type d’énoncé, pourtant à mon sens le plus honnête pour décrire les dispositifs thérapeutiques, comporte une part d’incroyable, de spéculation métaphysique, pourrait-on dire, mais je crois que cette part est inhérente à la psychothérapie. C’est en cela que la psychothérapie peut se révéler subversive et non pas du fait des contenus théoriques qu’elle véhicule, toujours « récupérables », absorbables par les pouvoirs politiques en place. Mais le revers de la médaille est que le dispositif thérapeutique produit spontanément des adeptes. C’est aussi en raison de sa capacité à séduire, à enrôler, à constituer des groupes, à construire des hiérarchies parallèles que les autorités se méfient des dispositifs thérapeutiques[47] et tentent de les contrôler[48].

C’est par la reconnaissance du caractère à la fois risqué et spéculatif de l’entreprise thérapeutique que l’on pourra réintroduire l’expertise des patients, de leurs familles, de leurs représentants, autant d’acteurs qui seraient alors invités à témoigner que le pari d’un devenir-eau ou d’un devenir-lettre pourrait constituer une bonne affaire. « 

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