« Je suis seulement venue pour utiliser le téléphone »

 » Gabriel Garcia Marquez, prix Nobel de littérature, décrit ce qui arrive à une jeune femme dont la voiture est tombée en panne sur une route de campagne sous une pluie battante et qui essaye qu’on la prenne en stop jusqu’au prochain téléphone. Après un long moment, elle est prise par un chauffeur de fourgonnette dans laquelle dort un groupe de passagers recouverts de couvertures. Comme la jeune femme a froid et est trempée, la femme qui est assise à côté du chauffeur lui donne une couverture a elle aussi.

Au bout d’un moment, la fourgonnette s’arrête. Elle sort en même temps que les autres passagers et pénètre dans un bâtiment. Elle rencontre une femme en uniforme et lui dit qu’elle désire donner un appel téléphonique. On lui ordonne de rejoindre les autres femmes dans le dortoir commun. Soudain elle se rend compte qu’elle est dans un hôpital psychiatrique et elle essaye de s’enfuir. En vain. A ses explications, ses protestations et ses tentatives de quitter le bâtiment, on répond par la force et par des calmants et tout échoue. Le lendemain, elle est présentée au directeur de l’hôpital. Il la traite de manière très amicale et patiente. Elle essaye de le convaincre qu’elle est seulement venue pour passer un coup de fil et demande à maintes reprises qu’on l’autorise à appeler son mari afin de l’informer où elle se trouve. Le directeur lui parle d’une voix paternelle lui disant : « chaque chose en son temps » et met fin à la conversation.

Quelques semaines plus tard, elle se débrouille pour envoyer un message à son mari. Le prix à payer est élevé : pour y parvenir, elle a du répondre aux avances sexuelles d’une infirmière de nuit. La visite de son mari à l’hôpital, visite dont elle attend sa libération, commence par une conversation entre son mari et le directeur de l’hôpital. Ce dernier explique au mari la maladie mentale de sa femme. Il parle d’états d’excitation, de crises violentes d’agressivité et d’idées fixes (surtout celle de donner un coup de fil) ; un traitement supplémentaire ainsi qu’une coopération compréhensive du mari est strictement indiquée pour l’évolution positive de la maladie.

Après avoir reçu ces informations, le mari voit sa femme. Il la calme, la rassure sur le fait qu’elle va bientôt se sentir mieux et promet de lui rendre visite régulièrement. Dans un premier temps, elle est perplexe ; puis elle commence à tempêter et à hurler comme une maniaque. A la visite suivante de son mari, elle refuse de le voir. Le docteur lui dit calmement : « C’est une réaction typique. Cela passera. » « 

In Cultiver l’incertitude. Frank-M. Staemmler. Éd. L’exprimerie, Bordeaux (2003)

(texte intégral dans Gabriel Garcia Marquez, Douze contes vagabonds, Poche, 1992)

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