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« Derrière les arbres » par Frédéric Pommier

Un témoignage important et fort, à lire.

Sur France Inter le 16 avril 20256, à re-écouter en podcast ici : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-7h50/l-invite-de-7h50-du-jeudi-16-avril-2026-3658779

Frédéric Pommier, journaliste à France Inter, publie « Derrière les arbres » (Flammarion). Dans ce livre, il raconte les viols qu’il a subis, entre ses 4 ans et ses 7 ans, par quatre hommes différents.

« Sur le papier, les faits sont prescrits, mais les faits ne seront jamais prescrits dans mon livre », affirme Frédéric Pommier, sur France Inter, jeudi 16 avril, alors qu’il publie Derrière les arbres (Flammarion). Dans cet ouvrage, le journaliste de France Inter raconte avoir été victime de viols, de ses 4 ans à ses 7 ans, par quatre hommes différents. Il explique avoir voulu « écrire pour finalement avoir une parole plus forte », mais aussi « pour redonner vie au petit garçon qu’on a tué ». « Ce livre, c’est pour rendre justice au petit garçon que j’étais et au petit garçon qu’on a bousillé à quatre ans, à cinq ans, à six ans, à sept ans et qui lui, pour survivre, a oublié pendant très longtemps », souligne-t-il.

« Pour survivre d’abord au viol, moi, mon cerveau à ce moment là, a totalement déconnecté », confie Frédéric Pommier. « C’était de la neige ou c’était comme de la buée sur la vitre d’une voiture. Alors on met la main dessus pour essayer de dégager davantage d’espace. Et puis on voit des silhouettes, on voit des formes, on entend éventuellement des mots, des phrases. Il y a des odeurs qui surgissent parfois », détaille l’écrivain.

« Comme un puzzle »

Pendant toute son enfance, il se réveille avec des images en tête qui « ne trouvent pas de cohérence ». « C’était comme un puzzle, mais des images qui me rendaient très triste chaque matin pendant très longtemps », explique-t-il, ajoutant qu’il a par la suite eu des voix dans la tête au début de son adolescence. « Je ne comprenais pas pourquoi ces voix qui là encore me rendaient très malheureux, qui m’empêchaient beaucoup d’avancer, qui m’empêchaient de vivre, qui des fois me disait des choses affreuses, qui me disaient de me tuer par exemple. »

À 34 ans, Frédéric Pommier subit une agression dans le hall de son immeuble, un homme lui plante un couteau dans le cou. « Ce jour là, je me défends parce que je suis adulte (…) et je crois que le fait de m’être défendu a provoqué comme un déclic dans mon corps, c’est-à-dire qu’à ce moment là, je n’ai pas été une victime, en tout cas j’ai refusé de l’être », raconte le journaliste. C’est là que les souvenirs des viols vécus dans son enfance lui reviennent, « ils sont revenus par les visages à ce moment-là ».

Une confrontation de 3 heures

Dans son livre, il évoque notamment un agresseur qui était un ami de ses parents, qui a été maire et député. « Je ne donne pas son nom parce que ce n’est pas mon sujet », « parce que mon histoire est plus grande que lui » et « parce que pendant plus de 40 ans, j’ai tenté de lutter contre son emprise et que j’en suis sorti de cette emprise-là », précise Frédéric Pommier. « Voir son nom écrit m’est assez peu supportable, de l’entendre m’est assez peu supportable », confie-t-il. Et d’ajouter : « C’est un violeur parmi d’autres dans mon histoire. »

L’écrivain a porté plainte contre cet agresseur. Malgré la prescription des faits. Il y a eu une confrontation entre les deux, « un moment d’émotion forte et puis en même temps un massacre, parce que pendant plus de 3 heures, j’ai entendu l’un des hommes qui a bousillé mon enfance et une partie de ma vie dire ‘non, ce n’est pas vrai' ». Cette confrontation lui a tout de même servi à dire sa « colère » et son « dégoût » à cet homme, à lui dire « je suis toujours vivant et il ne m’a pas eu, et ils ne m’ont pas eu et j’ai gagné avec ce livre ».

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