Le psy, ce «héros» des temps modernes

Par Pascale Senk
09/05/2011

Depuis une dizaine d’années, les représentations de psychanalystes ou psychothérapeutes dans les films, séries télé et romans n’ont cessé de se multiplier. Un bon point pour le métier?

C’est Woody Allen qui, le premier, a osé les sortir du huis clos protecteur de leur cabinet. Eux? Les psychanalystes, bien sûr. Ces incontournables partenaires du plus célèbre névrosé new-yorkais apparaissent dans chacun de ses films. Qu’il soit régulièrement consulté, devienne un personnage clé de l’histoire centrale ou soit simplement évoqué par le narrateur -comme Alvy, par exemple, dans Annie Hall, qui affirme à propos de son analyste: «Je le vois depuis quinze ans. Je lui donne encore un an, après je pars à Lourdes»-, «le psy» dont le grand public ignorait tout jusque-là a pris consistance au fur et à mesure de ces fictions. Mais avec quelle image!

«Pendant longtemps, les personnages de psy étaient surtout caricaturés, estime Gonzague Masquelier, psychothérapeute, directeur de l’École parisienne de Gestalt. Manipulateurs, assoiffés d’argent, silencieux et froids, ces silhouettes assises derrière le divan et fumant la pipe apparaissaient la plupart du temps comme dérangées psychiquement elles-mêmes, et se soignant par patients interposés.»

Puis, peu à peu, les scénaristes hollywoodiens se sont rendu compte que le métier des professionnels de la psyché ne se limitait pas seulement aux échanges froids et distants préconisés par les psychanalystes traditionnels. Les téléspectateurs de séries télévisées américaines -en France, les tentatives de productions ne se sont pas avérées concluantes- ont ainsi pu découvrir l’étendue des compétences possibles d’un professionnel du psychisme: accompagner des couples en crise (Tell Me You Love Me), aider un parrain de la mafia aux prises avec une culpabilité rampante (Les Soprano) ou être capable d’analyser les émotions refoulées d’un criminel grâce à l’observation de ses micro-expressions (Lie to Me).

Mais c’est un psychothérapeute auteur de romans, le Dr Irvin Yalom, qui a sans doute le plus contribué à une nouvelle compréhension de ce métier si particulier et ne se limitant pas aux cadres de l’analyse freudienne. Dès 1974, il demandait à l’une de ses patientes, elle-même écrivain bloquée depuis des mois par le syndrome de la page blanche, de le payer en comptes rendus écrits de manière impressionniste et intime après chaque entretien. Leurs billets respectifs donnent une restitution précise et profonde de ce qui s’est passé durant leurs mois de rencontre. L’ensemble, un récit d’apparence romanesque mais entièrement basé sur le réel, vient d’être enfin traduit en français. Par la suite, Yalom n’a eu de cesse de raconter des psychothérapies dans le détail: comment les patients peuvent manipuler leur psy (Mensonges sur le divan), comment l’amour romantique survit mal à la psychothérapie (Le Bourreau de l’amour) ou comment une thérapie de groupe peut aider à accepter la mort (Apprendre à mourir. La méthode Schopenhauer).

Restitution authentique

À chaque fois, Yalom tient le même fil: montrer avec précision de quoi est fait son métier, ce qui réjouit Gonzague Masquelier: «Trop longtemps, on a convoqué les psys, notamment dans les médias, pour en faire des experts qui expliqueraient comment vivre ou quoi penser. Enfin, grâce aux livres d’Irving Yalom ou à une série télévisée comme En analyse (In Treatment, NDLR), le grand public peut découvrir le sel de notre pratique, le déroulement d’une psychothérapie. Et c’est le plus important, car ce qui se joue dans une séance entre un psy et son patient est souvent le reflet de ce que ce dernier met souvent en place dans l’ensemble de sa vie pour échouer… ou réussir.»

En analyse, l’une des dernières productions ayant pour héros un psychothérapeute, parvient en effet à être en série télévisée ce que sont les romans d’Irvin Yalom: une restitution profondément authentique de la relation thérapeutique. «En regardant cette série, on s’aperçoit que le métier que nous faisons est un vrai métier, se réjouit la psychanalyste Virginie Megglé. Nous avons souvent été critiqués, mais à travers cette fiction magnifique, les néophytes peuvent comprendre que la fameuse neutralité bienveillante qui doit nous habiter, et qu’on a trop souvent prise pour de la froideur, est le résultat d’un travail intérieur complexe.»

Paul Weston, le psychothérapeute mis en scène dans En analyse est en effet capable de tenir compte des sentiments qu’il éprouve face à ses patients sans les envahir avec ses émotions. Cependant, il n’est pas parfait. On le voit aussi se débattre avec ses problèmes personnels, son envie de sauver l’autre, son sentiment d’impuissance parfois. «D’ailleurs, lui-même est supervisé, précise Virginie Megglé, et c’est ce processus qui donne vraiment corps à ce métier.» Ainsi, en humanisant les psys, les fictions ont sans doute réussi à les emmener bien au-delà du pré carré dessiné par la seule théorie.

dans Le Figaro.fr

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